Orphelins de Dennis Kelly, mise en scène de Sophie Lebrun et Martin Legros

Orphelins de Dennis Kelly, traduction de Philippe Le Moine, mise en scène de Sophie Lebrun et Martin Legros

 © Virginie Meigné

© Virginie Meigné

Cela se passe dans la cuisine d’un jeune couple anglais Elen et Dany. Leur enfant dort chez sa grand-mère et ils en profitent pour se faire un petit dîner entre amoureux. Tout va bien, Elen attend un bébé et Dany et elle ont l’air de bien s’entendre. Ils se mettent à table quand, sans prévenir (il a la clé!) arrive le frère d’Elen, Liam (photoci-contre) dans un état lamentable et couvert de sang. Il lui servent un verre de vin mais se doutent qu’il est arrivé quelque chose de grave. Dany surtout veut tout savoir de cette histoire pas nette et veut appeler la police. Elen n’est pas d’accord mais Liam a bien du mal à faire un récit correct des événements. Comment décider de quelque chose, de façon à ne porter ni à l’ado ni à Liam… Mission impossible et c’est le couple qui va devoir encaisser cette histoire…

Il s’agit d’un grave accident de circulation où un adolescent aurait été retrouvé inconscient et en sang sur la chaussée. Quelques minutes après, ce serait lui qui aurait agressé Liam, lequel aurait répliqué à coups de couteau. Mais son récit est loin d’être clair : « Je suis pas fier de, vous savez, vous avez votre monde, ce monde tout beau et c’est comme si j’avais ramené un chat mort ici et que je l’avais laissé sur le canapé, sur votre beau canapé de chez John Lewis en disant «regardez, regardez, un chat mort, putain. Mais bon des chats morts il y en a dans le monde, Danny, il y en a des chats morts Hels. » Liam s’emmêle les pinceaux mais là où le dramaturge Dennis Kelly est très fort: ce dérapage mental finit par contaminer Elen et Dany qui vont s’engueuler. Un prétexte pour Dennis Kelly pour parler sécurité et violence dans la société occidentale. Pourquoi et comment cette violence nait-elle chez les gens?  A quel point de non-retour, se situe le mal ?  Les répliques fusent, les personnages se coupent la parole et n’arrivent plus à communiquer.

Sophie Lebrun et Martin Legros ont choisi une scénographie tri-frontale (une mise en abyme de ces trois personnages ?) Il y a juste une table et des chaises en stratifié rouge foncé très années cinquante, un four à micro-ondes et quelques accessoires de cuisine, et une table dans le fond où la metteuse en scène lit au micro les didascalies et fait les bruitages en direct, un vieux procédé un peu usé mais bon…

Et cela fonctionne ? Non pas vraiment : la tri-frontalité  -dont ne voit pas ici la raison d’être- est, on le sait, très difficile à maîtriser et comme Julien Girard et Céline Ohrel mais surtout Martin Legros (Liam) n’ont pas une excellente diction et qu’ils sont souvent de dos: on ne les comprend pas toujours bien. Ce qui est ennuyeux quand on a affaire à une écriture volontairement banale mais très ciselée. On suit mal le propos de metteurs en scène : pourquoi, au lieu de faire les choses simplement comme Arnaud Anckaert à Avignon il y a six ans,  » envisager ce travail sur cette pièce comme un laboratoire permanent. « Introduire la fiction dans la société, jouer dedans. » (… ) « De quoi a-t-on besoin pour qu’il y ait théâtre ? » (…) « Comment la fiction vient-elle perturber le réel? » Et ce théâtre dans le théâtre, une des tartes à la crème du théâtre contemporain qui ne date pas d’hier ( XVI ème siècle!)  n’a rien d’efficace. Désolé, mais nous sommes plus exigeants et ici le compte n’y est pas.

Alors à voir ? Peut-être mais si vous n’êtes pas trop difficile. Vous découvrirez au moins une des meilleures pièces d’un auteur britannique maintenant connu dans le monde entier et qui a déjà été beaucoup joué en France…

 Philippe du Vignal

 11 Gilgamesh Belleville, 11 boulevard Raspail, Avignon, à 20 h 35. T. : 04 90 89 82 63

Le texte est publié chez L’Arche Éditeur.

 

 

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