Blanche-Neige, histoire d’un Prince de Marie Dilasser, mise en scène Michel Raskine

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

Blanche-Neige, histoire d’un Prince de Marie Dilasser, mise en scène Michel Raskine

 

Il était une fois… Pourquoi, on s’arrête toujours à une fois? Mais à la fin des contes, quand la Princesse et le Prince sont heureux, ils peuvent vivre très longtemps. Alors, les choses se répètent:  Blanche-Neige grandit, grandit, le Prince vieillit, vieillit, les cent un nains de la forêt travaillent, travaillent au royaume de la forêt sans arbres et  aux montagnes aplaties. Souillon aux cheveux jaunes, la servante (le régisseur) tire les ficelles et joue à l‘occasion les messagers. Plus un écureuil à se mettre sous la dent, les ventres sont creux, la terre est épuisée, la lune ne répond pas et le soleil s’en fiche. Le Prince est jaloux de Monsieur Seguin, comme si c’était le moment. Et pourtant le bonheur : « Le bonheur nous a collé aux poulaines, aux ballerines, aux basques, mais il ne colle plus à mes bottes, ce fabuleux bonheur, cette onctueuse insouciance. »

Bien mélancolique, tout ça, réellement mélancolique. Et pourtant, «Si Peau d’Âne m’était conté , j’y prendrais un plaisir extrême» et ce n’est pas non plus de la tarte, malgré le gâteau de Catherine Deneuve et Jacques Demy. Ce/cette Blanche-Neige histoire d’un Prince est un bijou d’écriture qui ravit les enfants, comme les vieux enfants. On appelle ça une « commande », c’est plutôt une symbiose entre Marie Dilasser et Michel Raskine, une complicité évidente, un même regard. Eux, ils disent « ping-pong ». Aucune complaisance, pas d’eau de rose, la planète est foutue: on a trop « chasse-cueilli », bande de prédateurs que nous sommes…

Mais il nous reste le mieux du mieux, le fin du fin, le langage et l’humour de toutes les couleurs. Rien que les noms des cent un nains de la forêt sans arbres. Tiens, on vous donne les sept premiers : Poulmouyé, Oualdisné, Malfoutu, Tetaklak, Dakodak, Pétincou, Beufoju ; cherchez les quatre-vingt quatorze autres! Et le pire, donc le mieux : les enfants entendent avec jubilation ces ortografes fantaisistes.

Il nous reste aussi le théâtre: ne pas manquer les délicieux et impressionnants bricolages dus à Stéphanie Mathieu (scénographie), Olivier Sion (objets mécaniques) et Claire Dancoisne (collaboration artistique), la reine des corps transformés, transcendés en œuvres plastiques (voir sa Green Box, d’après L’Homme qui rit de Victor Hugo, à Présence Pasteur). Ne pas manquer mais cela va de soi, Marief Guittier, l’actrice par excellence, qui a tout joué –surtout avec Michel Raskine, son frère de scène, même s’il a joué son fils – et qui peut tout jouer. Ici, elle est le Prince vieillissant qui fume en cachette et revient bredouille de la forêt sans arbres, empêtré dans son inconscience de riche et le bonheur tourmenté de vivre avec sa Blanche-Neige si grande…

On ne peut qu’enchaîner les adjectifs : glaçante, bouleversante,  irrésistible, précise, tendre, unique. Et bien accompagnée par le gigantesque Tibor Ockenfels, qui se permet en plus d’être un grand acteur (Blanche–Neige), et par le précieux Alexandre Bazan (Souillon aux cheveux jaunes), qui vaque au bon moment et au bon endroit pour manipuler ses apparitions mécaniques, d’autant plus magiques qu’on en voit les ficelles.

On aura compris que ce/cette Blanche-Neige, histoire d’un Prince est un spectacle sans concession ni indulgence : on ne va pas faire de cadeau à ce Prince qui a exploité à mort la forêt, la terre et les cent un nains. Et cette rigueur fait le plaisir extrême de ce spectacle : on ne se moque pas de nous, enfants de tous âges (les petits sont ravis), on ne fait pas semblant. Nous savons très bien ce qui ne va pas, dans le monde ; nous savons que les contes terrifiants sont là pour nous aider à affronter les vraies terreurs. Et l’on nous donne ici ce que l’on peut trouver de plus précieux : du théâtre sensible, intelligent, drôle et mélancolique. Zut, re-voilà la kyrielle d’adjectifs. Donc, ne gardons un seul mot : un régal.  Et on a envie de dire : encore !

Christine Friedel

Chapelle des Pénitents Blancs, Avignon,  à 11h et à 15 h,  jusqu’au 12 juillet.

Comédie de Valence (Drôme) du 1er au 4 octobre, Le Bateau Feu à Dunkerque (Nord), du 8 au 12 Octobre; le Rive Gauche,  Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine- Maritime)  et le 15 octobre, Théâtre du Gymnase, Marseille (Bouches-du-Rhône). Les 6 et 7 novembre, Théâtre du Vellein, Villefontaine (Isère), les 21 et 22 novembre. Comédie de Saint-Etienne (Loire) du 4 au 6 décembre et Théâtre Molière, Sète (Hérault) les 19 et 20 décembre.

La Maison, Nevers (Nièvre) du 7 au 9 janvier, Théâtre de la Croix-Rousse, Lyon( Rhône) du 21 au 25 janvier; Le Château Rouge, Annemasse (Haute-Savoie) les 30 et 31 janvier..

Le texte de la pièce est publié aux Solitaires Intempestifs.

 

 

 

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