L’Abattage rituel de Gorge Mastromas de Dennis Kelly, mise en scène de Guillaume Gatteau

©Jean-Luc Beaujault

©Jean-Luc Beaujault

Festival d’Avignon

 L’Abattage rituel de Gorge Mastromas de Dennis Kelly, traduction : Gérard Watkins, mise en scène de Guillaume Gatteau

 Rien ne prédestinait Gorge, un petit garçon ordinaire, plutôt effacé, dans l’ombre de Paul le caïd de la classe, à devenir un monstre. Une adolescence normale avec son lot d’amours contrariées, son dépucelage un soir d’été… La fausse couche d’une amante de passage enceinte. Sa jeunesse nous est allègrement contée par deux compères avec force clins d’œil au public.

Rompant avec ce récit biographique, la pièce bascule alors dans un bureau où se traite une sombre affaire. Une femme rachète une entreprise de famille en faillite, acculant le trop naïf héritier à vendre à vil prix .Un homme assiste à la scène, sorte de gratte-papier servile. La raison du plus fort est la meilleure dans ce dialogue où la prédatrice se vante d’arrêter le temps et de gouverner l’avenir à sa guise. Le monde appartient aux requins de son espèce: «Quand on veut quelque chose, on le prend », telle est sa devise. Dans les scènes suivantes, Gorge Mastromas, l’obscur employé de bureau, en a pris de la graine et rejoint les puissants de ce monde…Il a fait fortune mais son passé le rattrapera et la tragédie s’abattra alors sur lui comme un couperet : il est passé à côté de sa vraie vie !

 Dennis Kelly explore, avec une lucidité cruelle, le système maffieux du capitalisme triomphant mais son personnage principal, tout monstre qu’il est, n’en est pas moins humain, avec ses failles et ses lubies. La construction en forme de puzzle permet de tenir les spectateurs en haleine et leur attention se trouve aussi maintenue par les récitants qui interviennent entre les moments dialogués et assurent le lien entre les différentes parties. Un dispositif scénique mobile et efficace permet de passer d’une séquence à l’autre et le metteur en scène nous donne une lecture fidèle et sobre de cette histoire édifiante, sans tomber dans le moralisme où le texte pourrait conduire.  

 Avec La fidèle Idée, une troupe qu’il a créée après dix ans passés dans la compagnie de Stanislas Nordey, Guillaume Gatteau partage avec ses acteurs une «notion de collégialité» à l’œuvre dans la complicité que les interprètes établissent avec le public. Gilles Gelgon campe un Gorge Mastromas surprenant et les narrateurs Philippe Bodet et Frédéric Louineau se relancent la balle, donnant de la saveur à un prologue un peu trop long, malgré un humour de tout instant souligné par la traduction. Dans cette énième version du Massacre rituel de Gorge Mastromas (voir Le Théâtre du Blog), on retrouve avec plaisir, pendant une heure trente, l’écriture musclée et teintée d’ironie de l’auteur britannique.

 Mireille Davidovici

La Scierie, 15 boulevard du quai Saint-Lazare, Avignon, à 16 h. 30, jusqu’au 26 juillet. T. 04 84 51 09 11.

 

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