Ordinary People de Jana Svobodová et Wen Hui, textes collectifs en tchèque et en chinois

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

 

Festival d’Avignon:

Ordinary People de Jana Svobodová et Wen Hui, textes collectifs en tchèque et en chinois (surtitrés en français et anglais)

L’une est tchèque, l’autre chinoise, l’une, artiste et metteuse en scène et l’autre, danseuse. Elles ont souhaité confronter leur expérience de vie dans un état totalitaire communiste et leur aspiration à la liberté. Ces démarches se ressemblent : «Raconter des histoires réelles et travailler avec de vrais gens : “des  gens ordinaires“ »

Qui sont ces gens ordinaires? Qu’ont-il à raconter? Un projet commun entre Wen Hui, et Jana Svobodová et Ondrej Hrab, le fondateur de le compagnie présent sur scène, qui dirigent respectivement le Living Dance Studio de Pékin et l’Archa Théâtre de Prague. Ils ont invité des personnes de leur entourage, artistes, musiciens et techniciens de tout  âge à s’exprimer sur les événements qui ont marqué leur vie. On les retrouve tous ici à dire leur vécu intime, inévitablement lié à l’histoire mouvementée de leur pays, Chine et République tchèque.

Cette création collective rassemble trois danseuses et un musicien chinois, trois musiciens, un scénographe et un créateur lumière tchèques et un ancien ouvrier rencontré par Jana Svobodova pendant ses vacances: « Le langage théâtral d’Ordinary People grandit à partir de l’expérience singulière de chacun. Pendant les répétitions, nous aimons mettre nos collaborateurs au défi de s’exprimer comme ils le souhaitent. »

Un prologue musical, derrière des barrières métalliques :  Vladimir Tuma, le plus âgé de la bande, né en 1942, ancien ouvrier et figurant à l’Opéra, chante en tchèque, ironique : « Je suis perdu mais c’est le plus joyeux des mondes. » enjoignant le public à reprendre le refrain en chœur : «Tralala… » Le jeune musicien Wen Luyuan, le rejoint avec des riff de guitare électrique endiablés.

Puis, sous des lumières changeantes, chacun des interprètes y va de ses souvenirs, en une succession de petits monologues. Des histoires pleines de détails personnels croisent des grands événements politiques. Les langues tchèques et chinoise s’entremêlent, donnant une dimension planétaire à ces vécus anecdotiques qui se répondent, sans vraiment se ressembler. La scénographie et les lumières accompagnent ces récits : on déplace des cartons où se cache parfois une danseuse et ils finissent par être empilés en une tour éphémère. Une petite estrade est avancée pour les parties chantées. Deux barrières métalliques s’ouvrent ou se ferment: tantôt grille de prison, tantôt frontière ou barrage policier…Jolies images.

Sont ainsi évoqués le Printemps de Prague puis son invasion par les chars russes, le soulèvement et la répression de la place Tien’Anmen. Une jeune danseuse parle de son homosexualité: une honte dans l’Empire du milieu. Une autre, de la famine qui sévit à sa naissance, les privations expliquant sa petite taille… Mais il n’y a pas de pathos dans tous ces récits et tout finit par un joyeux déchaînement, dans un rock and roll libératoire. Un des (trop) rares moments où les corps prennent le relais.

Ceux qui sont venus voir de la danse seront déçus car une vague gestuelle accompagne les paroles des uns et des autres : les metteuses en scène ne se sont pas focalisées sur le mouvement à tout prix, privilégiant des postures subtiles. La théâtralité se cherche, en pointillé avec une manipulation astucieuse du décor qui anime la scène et des effets d’éclairage qui créent de belles images-fantômes, et d’autres interactions lumineuses inventives.

Les textes assez peu travaillés traînent parfois en longueur mais la sincérité l’emporte. Il est toujours bon de se rappeler la révolte de la place Tien’ Anmen ou l’arrivée du communisme en Tchécoslovaquie, et bien d’autres dates marquantes telles que les ont vécues, “en vrai“, les gens de ce touchant et sympathique spectacle.

Mireille Davidovici

Les 17,18, 20, 21 et 23 juillet, Salle Benoît XII, rue des Teinturiers, Avignon.

Du 5 au 9 novembre, Théâtre de la Ville-Les Abbesses, Paris; les  20 et 21 novembre, Théâtre des Louvrais-Scène nationale, Pontoise (Val- d’Oise)

 


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