Le doux parfum des jours à venir de Lyonel Trouillot, mise en scène de Christine Matos

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Le doux parfum des jours à venir de Lyonel Trouillot, mise en scène de Christine Matos

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En donnant naissance à sa fille, cette femme s’est sentie renaître: « Comme si j’avais eu deux enfants, la première née de moi, Toi, la deuxième, née de toi, Moi .» La metteuse en scène a donc conçu un spectacle à deux voix : une comédienne et une chanteuse se partagent le texte du grand auteur haïtien. Un poème dramatique dense et rythmé, organisé en séquences avec des phrases qui reviennent comme des leitmotivs musicaux. Une écriture pleine de parfums: celui de la honte, et les douces effluves des rêves inventés par la mère pour bercer son enfant ; «cette odeur de fruit pur, de rosée franche ».

Avec une extrême douceur, elle évoque sa vie marquée par la violence : celle des hommes et celle de la Nature. Elle a traversé la guerre, erré dans des paysages dévastés par les cyclones et les sécheresses, dans des cités délabrées aux quartiers sordides. Des bourreaux ont marqué sa chair, du sceau de la honte… Mais le texte ne descend pas jusqu’à ces enfers : il file la métaphore du parfum, pour le meilleur et pour le pire. Le doux parfum des jours à venir que délivrent ces interprètes, s’accompagne des compositions épurées de Laure Donnat. La chanteuse joue de plusieurs instruments et sa voix chaude berce ou se révolte, en créole, espagnol, français… La scénographie: rideaux et drapés de tissu rouge et blanc, évoque le cocon maternel mais quelques objets du vaudou rôdent aussi dans l’ombre, d’une inquiétante étrangeté…

Cette pièce tranche par sa douceur avec les nombreux spectacles qui, à Avignon, traitent des mêmes thèmes. Marie-Audrey Simoneau et Laure Donnat forment un duo délicat et puissant dont les éclats de colère restent en sourdine. Il y a une forme de résilience chez cet écrivain engagé qui a tant et si bien chanté son pays meurtri. Ici, aux violences qu’elle a subies, cette mère oppose une parole d’espoir : «Et tu marcheras seule vers la conquête de ton essence. N’oublie pas, mon amour. Le paradoxe du parfum, c’est qu’il libère ce qu’il capture. Capture la vie et libère-la. » Un message qui nous fait du bien.

Mireille Davidovici

Maison de la Poésie, 6 rue Figuière, Avignon (Vaucluse). T. 04 90 82 90 66, du 17 au 28 juillet à 18 h 45.

Le texte est publié chez Actes Sud et inaugure la collection Essences, les réminiscences olfactives embaument le texte entier.

 


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