Humiliés et Offensés d’après Fiodor Dostoïevski, adaptation et mise en scène d’Anne Barbot

Festival d’Avignon

 

Humiliés et Offensés d’après Fiodor Dostoïevski, traduction d’André Markowicz, adaptation et mise en scène d’Anne Barbot

PARCOURS 1 7416 - copie  C’est une mise en scène revue et corrigée, après celle que Philippe du Vignal avait vue cette saison à Fontena-sous-bois et qui ne l’avait pas vraiment convaincu (voir Le Théâtre du Blog). Cette adaptation théâtrale suit la trame de l’œuvre, en la déclinant en quatre Parcours. Deux seulement sont repris ici. C’est donc une autre réalisation.
 
Publié en 1861, le roman est la première œuvre marquante de l’écrivain russe. En partie autobiographique, il relate l’histoire d’Ivan Petrovitch (Vania), romancier solitaire et plein de promesses : il aime désespérément Natacha, laquelle aime Aliocha, fils du prince Valkovski. Mais le Prince, homme d’affaires sans scrupule veut marier son héritier à Katia qui représente une dot de trois millions.

 Dans le Parcours 1 intitulé Nous aurions pu être heureux pour toujours ensemble, Natacha quitte son fiancé Ivan et abandonne père et mère pour vivre avec Aliocha dont le père est en procès avec le sien. Mais Aliocha la délaisse sans explication et sans ressources.Mais Ivan la console et joue les médiateurs entre les amants. En insert, intervient en miroir le récit d’Elena, une orpheline dont la mère a elle aussi tout quitté et est morte dans la misère après avoir été dépouillée de son argent et abandonnée par son séducteur . Parcours 3 : Nous existeront tant que le monde existera rassemble Ivan et le prince, dans une longue confrontation, puis Aliocha, qui oppose ses idées utopistes à son père. Natacha devient l’objet d’enjeux qui la dépassent…

 Bouleversant la structure narrative, la pièce met en scène quatre personnages humiliés. Chaque Parcours est structuré autour de l’absence d’un personnage dont on a parlé longuement: Aliocha, personnage central pour Natacha n’apparaît qu’en fin de Parcours 3 Nous existerons tant que le monde existera. Son personnage est porteur de grandes idées humanistes annonçant l’aube des Révolutions futures.

Après un prologue un peu laborieux où les acteurs incarnant Natacha et Ivan accueillent le public et bavardent avec lui, le spectacle prend des allures de croisière et l’on s’attache aux personnages et à leur histoire. Cette nouvelle version scénique se focalise sur l’opposition entre les jeunes gens et leurs aspirations, face au monde des adultes bourrés de préjugés et obsédés par des valeurs anciennes, qui aux yeux de leurs enfants n’ont plus cours. La sincérité des uns se heurte à une société malade et racornie…La scénographie soignée et la musique bien dosée mettent en valeur cette lecture actuelle d’Humiliés et Offensés qui nous a convaincus; nous attendons la suite…

 Mireille Davidovici

Théâtre des Lucioles, 10 rue Remparts Saint-Lazare, à 13 h 45 jusqu’au 28 juillet (relâche le mardi). T. 04 90 14 05 51.


Archive pour 20 juillet, 2019

En ce temps-là l’amour, de Gilles Ségal, lecture dirigée par Jacques Connort

Festival d’Avignon: suite 

En ce temps-là l’amour, de Gilles Ségal, lecture dirigée par Jacques Connor

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Festival d’Avignon: suite 

En ce temps-là l’amour, de Gilles Ségal, lecture dirigée par Jacques Connort

 Proposer dans la programmation du Off, plusieurs mises en scène ou formes d’une même œuvre : lecture, chorégraphie… est un des atouts du festival d’Avignon, à la renommée mondiale. Un phénomène assez fréquent dans ce festival, notamment pour les pièces antiques ou/et classiques et qui a tendance à se développer pour le théâtre contemporain.

Comme cette pièce en partie autobiographique qui a donné lieu à plusieurs créations, dont celle Au Coin de la Lune,  (voir Le Théâtre du Blog). Un texte dramatique sur le temps, la mémoire, l’innommable, l’amour, au cœur de l’Histoire et de l’intime : Z. vient d’être grand-père. Emu et face au temps qui passe, il se décide de transmettre à son fils un souvenir gravé à jamais dans sa mémoire : sa rencontre avec un père et son jeune garçon dans un train. Le temps du trajet, ce père va profiter de chaque instant pour transmettre à son fils l’essentiel de ce qui aurait pu faire de lui un homme…  

Jacques Connort sur les conseils de Gérard Desarthe avec qui il a travaillé à plusieurs reprises (Les Estivants, Home…), découvre ce livre. Comme il l’exprime si bien, il est troublé par ce récit et lui vient cette réflexion: « Devant la menace de l’effacement de la mémoire et de l’Histoire, une menace sans vrai visage devenue plus précise et d’autant plus forte qu’elle semble se développer et se banaliser. » (…) « Il faut agir. »

Pour le metteur en scène, cela ne fait aucun doute. Ce témoignage et drame autofictionnel de l’horreur et de la barbarie du XX ème siècle en Europe, possède aussi à ses yeux, une dimension théâtrale hors du commun. La forme dramaturgique de l’écriture et la construction du texte qui a été ici adapté, mettent en œuvre une tension singulière. Et la répartition de la parole de chacun des personnages tenue par un seul narrateur: le grand-père, y contribue sensiblement : «Il ne termina pas sa phrase. L’enfant s’endormait déjà, et murmurait dans son demi-sommeil « Maman…mam… »  Alors l’homme lui demande : « Sais-tu pourquoi le Roi et la Reine d’Angleterre n’ont pas le droit de voyager ensemble ? … Non ?… c’est pourtant simple. Pour éviter le risque qu’ils disparaissent tous les deux dans un même accident ! »

Pour Jacques Connort, parallèlement à la fable stricto sensu la pièce, au caractère prémonitoire, pose la question face à l’évolution à travers le monde, de la barbarie à visage moderne, de l’humanité. Pièce romantique et politique où se lie l’intime et l’universel, la mémoire de l’Histoire et l’avenir pour un monde plus bienveillant. Et c’est dans cet axe esthétique et éthique, qu’il entend la pièce et veut la monter. Dans cet objectif, Jacques Connort a délibérément souhaité explorer l’oeuvre sous différentes formes et la lecture mise en espace est déjà ici une étape de travail. 

Metteur en scène de La Rose Jaune d’Isabelle Bournat créée à La Condition des Soies, à Avignon en 2014, il pensa aussitôt à Nathan Willcocks qui jouait dans cette pièce.  On a pu apprécier cet acteur trilingue, au théâtre, dans une trentaine de pièces au Royaume-Uni et en France, à la télévision en Espagne, en France …mais aussi au cinéma dans Lost in London (2017)  de Woody Harrelson aux Etats-Unis et dans  Dernier amour (2019) de Benoît Jacquot, aux côtés de Vincent Lindon. Heureuses retrouvailles pour eux ! Dès lors, point d’hésitation pour le metteur en scène, lorsqu’on lui propose dans ce premier contact avec le public, le Théâtre de l’Étincelle à Avignon. Lieu calme et plein de charme, déjà familier en ce festival 2019 pour le directeur de la lecture, avec sa mise en scène  de Marie Stuart d’après Stéphane Zweig.

Cette pratique de la lecture-mise en espace est de plus en plus  appréciée et a tendance à devenir un genre esthétique à part entière. Elle n’autorise aucun dérapage: tout se voit et tout s’entend, encore davantage que dans un spectacle ! C’est aussi une passionnante mise à l’épreuve, souvent riche d’informations pour le metteur en scène désireux de monter une pièce. Révéler la richesse théâtrale d’une écriture contemporaine avec pour seul bagage: une voix/un corps, est une expérience à fleur de peau. Un peu à l’image du funambule, seul sur son fil, acrobate de lumière. Tous avec lui, retiennent leur souffle…

Nathan Willcocks dans le rôle du grand-père-narrateur, est incroyable de vérité et d’émotion avec rien sinon le texte et il brillamment honoré ce premier rendez-vous avec le public. La poésie et l’effroi, le merveilleux aussi, envahissent le public qui reste sans voix… Première phase réussie ! En cette lecture, une mise en tension  forte et exaltante a traversé l’oeuvre. Le travail de Jacques Connort et sa direction du jeu, offrent aux spectateurs l’impression de se sentir inclus dans cette autofiction. Comme si le quatrième  mur avait disparu. 

En collaboration avec Nathan Willcocks, la démarche de Jacques Connort, une étape dans le processus de création, pourrait constituer une sorte de prologue en regard de la future mise en scène, déjà en route. Le texte sera joué en français, mais aussi en anglais, et en espagnol avec le même comédien qui parle parfaitement les trois langues. Belle possibilité et ouverture : le sujet est brûlant pour l’avenir de l’Europe et du monde ! Bouleversant moment, d’une grande intensité théâtrale… La lecture mise en espace de ce texte nous a donné l’envie de découvrir son aboutissement !

Elisabeth Naud

La mise en espace de la lecture a eu lieu le 15 et le 16 juillet au Théâtre de L’Étincelle, 14 place des Études, Avignon T.  : 04 90 85 43 91.
Le texte est publié chez Lansman éditeur.

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