Laterna Magica d’Ingmar Bergman, mise en scène de Dorian Rossel et Delphine Lanza

©Carole Parodi

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Festival d’Avignon

 Laterna Magica d’Ingmar Bergman, mise en scène de Dorian Rossel et Delphine Lanza

Avignon nous aura permis de découvrir le travail de ce metteur en scène genevois avec un spectacle pour enfants d’une grande finesse, L’Oiseau migrateur. Toute aussi délicate, cette pièce tirée de Laterna Magica du cinéaste suédois nous a séduits. « Ce spectacle est une réinvention pour le plateau, de la fausse autobiographie d’Ingmar Bergman, dit Dorian Rossel. Entre mémoires et exutoire, il se raconte.»

 Devant un écran fortement éclairé, évoquant une lanterne magique et qui se démultipliera en d’autres surfaces blanches, Fabien Coquil incarne le réalisateur et il évoque son enfance, ses frère et sœur, un père pasteur strict, une mère soumise à sa férule. Aucun extrait de l’œuvre du grand maître ne sera montré, comme on pourrait s’y attendre, mais ceux qui connaissent ses films les projettent de mémoire sur l’espace vide et immaculé, agrémenté à cour et à jardin par des feuillages et de grands lys.

 Les personnages dont il parle passent comme des fantômes derrière une mousseline tendue au milieu de la scène. Ils prennent parfois la parole mais l’essentiel du récit revient à cet acteur au physique d’éternel adolescent, en empathie réelle avec son texte. Formé à l’école de la Comédie de Saint-Etienne, il sait relayer une émotion sans pathos, entre humour et désenchantement.

Laterna magica est une confession hors de toute chronologie, les seules dates marquantes étant les deuils : mort de Mère, puis de Père, départ d’une amoureuse… Bergman revient à son enfance pour dire la sévérité de son éducation, la peur et la culpabilité inculquées par une religion obsédée par le péché. Il décrit la sécheresse affective et les sévices physiques infligés par celui qu’il ne nommait que Père :  «On vous enfermait, pour un temps plus ou moins long, dans une penderie bien particulière. J’étais complètement terrorisé. » (…) «Cette forme de punition ne m’effraya plus quand découvris une solution: cacher dans un coin, une lampe de poche. Lorsqu’on m’enfermait, je cherchais ma lampe dans sa cachette et je dirigeais son faisceau de lumière contre le mur en imaginant que j’étais au cinéma. » Son frère, lui, a fini paralysé et sa sœur s’est « effacée ». Sa mère a caché toute sa vie son chagrin, qu’elle avait couché dans un carnet secret découvert dans un coffre de la banque après son décès…

 Le cinéma et le théâtre ont sauvé le petit Ingmar… Ici, on explore en quoi cette créativité lui a permis de respirer, de s’échapper. «Je veux montrer dans ce spectacle, dit Dorian Rossel, les entrailles d’un homme dans toutes ses contradictions et sa complexité. » Il y parvient en une heure vingt. Et c’est magique. Laterna Magica, créé en avril au Théâtre Forum Meyrin en Suisse, est sans doute promis à un bel avenir.

Mireille Davidovici

11 Gilgamesh Belleville, 11 boulevard Raspail Avignon. T. :  04 90 89 82 63, jusqu’au 23 juillet à 10 heures 30.

 

 

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