En ce temps-là l’amour… de Gilles Segal, mise en scène de Christophe Gand

En ce temps-là l’amour… de Gilles Segal, mise en scène de Christophe Gand

 

©Denis Koransky

©Denis Koransky

Le titre, simple, doux et nostalgique s’entend comme une invitation au passé… Z. vient d’être grand-père. Ému et face au temps qui passe, il se décide à enregistrer pour son fils, sur des bandes magnétiques, un souvenir gravé à jamais dans sa mémoire : sa rencontre avec un père et son jeune garçon dans un train. Il n’est pas nécessaire dans dire plus… Vous aurez la curiosité de découvrir ce rendez-vous imprévu, extravagant et terrible à la fois : «Et tout à coup, au milieu de ce merdier, j’entends, tout près de moi, une voix… je veux dire une voix normale ! »

Le texte, en partie autobiographique, est dense de théâtralité. La construction du drame, les personnages, l’espace-temps et le contexte historique de la fiction, constituent un matériau dramatique très riche. Christophe Gand s’est emparé de cette  pièce en respectant les didascalies au plus près.  Cela se passe dans un coin de l’atelier d’ horloger (métier de Z, à présent en  retraite), espace à vivre encombré par des dossiers  poussiéreux et des livres, un imper accroché au mur, cartons, ustensiles, pendules, réveils, quelques chaises… Et élément important, un magnétophone Revox installé sur une table en bois. Le choix musical varié mais pertinent et harmonieux, intervient judicieusement dans le spectacle comme pour dans ce train, ouvrir une fenêtre sur un ailleurs, un « autre part !», devenus hors d’atteinte. La bande-son procure au public ému, stupéfait, quelques instants de répit. Histoire de reprendre son souffle devant l’inimaginable et la folie, ici assassine ou/et merveilleuse qui parcourt le drame : -«Pa-pa, balbutiait-il tout bas. Pa-pa… Ce n’était pas un appel, pas une question. » (…) « Il semblait seulement écouter le son qui sortait de ses lèvres, s’émerveillant peut-être que cette syllabe si simple, si élémentaire, puisse signifier tant de choses. »

  Il y a en effet, à travers ce récit, dans ce qu’il a de plus glorieux, comme de plus diabolique, un face-à-face entre la vie et la mort exprimé avec une tension dramatique, étrange et déstabilisante. Ce contexte existentiel à fleur de peau renforce l’imaginaire, bouscule la pensée et interroge vivement notre conscience personnelle mais aussi l’actualité européenne, sociale et politique en ce XXI ème siècle. C’est une des qualités littéraires de la pièce qu’il serait intéressant, dans une volonté de modernité, de développer quant il s’agit de faire la faire passer sur le plateau.

Mais le travail de Christophe Gand, quoique peu inventif côté mise en scène, permet entre autres, de bien entendre le texte et l’attention du spectateur, touché par cette histoire incroyable, est au rendez-vous. Cependant le réalisme présent sur le plateau, la scénographie, l’interprétation de David Brécourt, seul en scène, parfois trop en force et à la limite du pathos malgré une belle et émouvante présence, nous laissent perplexes. « En ce temps-là l’amour… » demeure enfermé dans l’espace historique du XX ème siècle et de sa mémoire. Aucune puissance dionysiaque, aucun décalage poétique… Vu le drame qui nous est conté, cette absence de théâtralité, est très décevante.

Dommage de n’avoir pas conçu pour ce conte théâtral initiatique, émouvant, tragique, et d’une brûlante actualité, une mise en scène plus inventive et plus habitée poétiquement. Le train, l’homme, le jeune garçon et son père : mauvais rêve ou réalité ?

 Elisabeth Naud

Le spectacle a été joué au Théâtre du Coin de la lune, 24 rue Buffon, Avignon. T. : +33 04 90 39 87 29

Le texte est publié chez Lansman Editeur.

 


Archive pour 30 juillet, 2019

On est sauvage comme on peut, création du collectif Greta Koetz

 

On est sauvage comme on peut, création du collectif Greta Koetz

Photo Dominique Houcmant

Photo Dominique Houcmant

Une belle surprise, produit d’une écriture collective qui casse les codes de la bienséance. Sans révéler le déroulé de cette “autodestruction dînatoire collective“, il faut féliciter Marie Bourin, Antoine Cogniaux, Sami et Thomas Dubot, Léa Romagny, pour leur folie et leur engagement total dans ce qui aurait pu être un repas cordial entre amis. «C’est notre manière à nous de changer d’air», dit l’un d’eux.

Après quelques échanges avec le public, le dîner commence tranquillement.  On y sert une cuisine préparée en direct sur le plateau et les convives se parlent amicalement de choses et d’autres mais avec peut-être trop de détails. On vante la beauté de Belle du Seigneur d’Albert Cohen offert par l’un des invités au maître de maison. On évoque un reportage exceptionnel sur les manchots de l’Antarctique… Mais le ver est dans le fruit et nous devinons que la soirée va se dégrader… pour notre plus grand plaisir. La bonne éducation de chacun va peu à peu s’effriter jusqu’à un délire collectif étonnant.

Nous avons tous probablement rêvé de casser les codes de la bienséance, lors de ces dîners de cons, Qui n’a pas imaginé que son hôte s’étrangle avec une cacahuète ? Qui n’a pas voulu embrasser, devant son mari, la parfaite maîtresse de maison ? Qui n’a pas eu envie de flanquer un coup de casserole sur la tête de son voisin de table ? La compagnie belge l’a réalisé, avec une justesse et une précision d’orfèvre. Tout ici s’enchaîne parfaitement pour  finir dans une apothéose jubilatoire qui rappelle une scène du film de Peter Greenaway,  Le Cuisinier, le voleur, sa femme et son amant, sorti il y a trente ans. Une pièce qu’il faut voir absolument si cette troupe croise votre chemin.

Jean Couturier

Théâtre des Doms, 18 rue des Escaliers Sainte Anne, Avignon, jusqu’au 27 juillet.

 

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