Cabaret dans le ghetto de Justine Woljtyniak

Cabaret dans le ghetto de Justine Woljtyniak

justine_wojtyniak_cabaretL’auteure née en 1978 en Pologne, vit et travaille à Paris depuis 2002. Quatre ans plus tard, elle rencontre Bogdan Renczynski, un des acteurs du Théâtre Cricot 2 de Tadeusz Kantor dont elle devient l’assistante. Ils transmettent «l’expérience kantorienne» au cours de nombreux stages-créations en France, Pologne et Belgique. Ils créent ensemble Seuil et Répétitions avec la réalité et Rebeka, ma mère au Théâtre du Radeau, au Mans.

En 2011 elle ouvre un « Laboratoire Impossible », un espace-temps d’expérimentation où elle cherche sa propre poétique et entame des recherches sur le thème de la mémoire, le processus du souvenir puis rencontre Stefano Fogher, contrebassiste et compositeur de musique de scène qui l’accompagne depuis dans toutes ses créations. En 2013, elle crée (T)erre d’après la véritable histoire de Maurice Maeterlinck. Et Portrait Nu de l’homme , un montage de textes poétiques de Tadeusz Kantor dans un dispositif de café-théâtre et Performance La Danse Macabre au Parc de Buttes Chaumont et en 2014, Cuisine à vif , une performance culinaire mêlant textes et musiques.

Notre classe crée en 2017 au Théâtre des Halles à Avignon, ouvre le diptyque Blessures du silence, qu’elle consacre à la part cachée de son identité juive et à la mémoire de ses morts. Elle crée le deuxième volet l’an passé: Cabaret dans le ghetto, un spectacle sur le poète Wladyslaw Szlengel, écrivain et acteur né en 1912 et exécuté par les Allemands en 1943 dans le ghetto de Varsovie. 

Elle nous accueille dans une grange aménagée au mas Rasal en Lozère. Sur le plateau, des chaises, un guéridon et un miroir, nous sommes une quarantaine de spectateurs. Justine se présente, elle est née en Pologne, près d’Auschwitz. «Il faut faire revenir les morts pour qu’ils puissent raconter leur histoire, la résistance, c’est la poésie !» Elle ouvre un journal : « Demain aujourd’hui, dans un an… »

Deux hommes s’avancent lentement pendant qu’elle lit, l’un d’eux fouille dans des cendres. Justine Woljtyniak affiche une photo, un acteur lit un poème à ses compagnons d’infortune: joie du shabbat… Une histoire qui appartient toujours aux vivants, parmi les histoires enfouies sous la terre. 40% de la population de Varsovie est enfermée dans le ghetto. Ils ont retrouvé des milliers de pages avec des poèmes de Wladyslaw Szlengel.

Les hommes dansent, s’asseyent, prennent des poses, parlent face à face pendant que l’auteure tape sur une vieille machine à écrire : « Varsovie, le cœur historique, le cœur hystérique !  (…) Le silence du soir, je dis adieu à la ville silencieuse. » (…) « Dans la nuit, une polonaise de Chopin s’écoule du piano». Les hommes tremblotant sur leurs chaise, le vieux joue du violoncelle pendant que le jeune en clown blanc titube et saute.« Alerte, alerte, alerte, soudain une seule des cent sirènes arrache la la ville au sommeil.

11 novembre 2017: 60.000 personnes marchent dans les rues de Varsovie. «J’aimerais bien avoir un passeport pour l’Uruguay, la Bolivie, le Honduras, le Costa-Rica. » (…) « Il n’est guère bon d’avoir un passeport étranger en Pologne aujourd’hui!  Nous survivrons ! ». Justine Woljtyniak affiche une photo d’une femme qui avait treize ans quand les nazis ont enfermé les Juifs dans le ghetto, on entend un dialogue entre un enfant et sa mère. Comment expliquer cet autrefois ?

Le vieux sur sa contrebasse, le jeune assis sur sa chaise esquissent des mouvements, arpentent le plateau penchés à pas rythmés, avec une corne de brume. Beau rythme et belle danse. « Ici, la gare de Treblinka, toute ma maison est partie, il n’y a personne ! » «Les Juifs doivent se souvenir de Pourim et souhaitent lier la fête des cabanes et le souvenir d’une mère au fond de l’enfer. L’un des acteurs lance des feuilles de papier au- dessus du public et danse au son du piano, dans un solo émouvant. Il titube et tombe. « Qui va écouter les morts enterrés dans un pays étranger ? » Ils jouent des claquettes avec la chaise et la contrebasse puis finissent le spectacle avec un trio musical ironique.

Etrange spectacle encore en devenir, dans cette belle soirée chaleureuse.

Edith Rappoport

Spectacle vu le 2 août à au Mas Rasal (Lozère).

 


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Un commentaire

  1. Rappoport dit :

    Merci pour ces utiles précisions et à bientot

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