Festival d’Aurillac édition 2019 Conférence des choses par la 2B company

Festival d’Aurillac édition 2019
Conférence des choses par la 2B company

Pierre Mifsud, comédien lausannois, prononce une étrange conférence dans la grande salle  du cinéma Cristal d’Aurillac qui remplace le Normandie  ouvert en 1945. Aucun élément de décor, juste une table de réunion et même pas de chaise. Il installe un minuteur pour ne pa s dit-il, ne pas dépasser le temps imparti soit très précisément 53,33 minutes. Il va ensuite décliner les Dix Commandements, les Tables de la loi . Puis évoquer le poireau, « emblème du pays de Galles », avant de brandir un drapeau vert avec un dragon rouge, « Trois cent ans avant Jésus Christ, dans la Chine traditionnelle !  » (…) « Je connais la musique, toujours trahir avant d’être trahi !».

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Il se perd dans des évocations bizarres : « Chasser les étrangers, une méthode qui n’a pas encore fait ses preuves. » puis évoque les douze travaux d’Hercule, le jardin des Hespérides, Hercule entre dans sa caverne, le lion de Némée, Atlas demandant qu’on le libère du poids de la voûte céleste, Atlas rapportant les trois pommes et remplaçant Hercule, les Saintes Marie et Marthe allant à la rencontre de Jésus qui ressuscite Lazare qui lui aussi attend le Christ… ».

Cette errance fort bien maîtrisée par un orateur de haut vol exerce sur le public une véritable fascination; l’étrange discours  de Pierre Misfud ne laisse personne indifférent: longs applaudissements…

Edith Rappoport

Spectacle vu le 21 août, au cinéma le Cristal. Conférence différente chaque jour,  avec une intégrale de huit heures, le 24 août à 13 h.


Archive pour 22 août, 2019

Festival de Bussang Suzy Storck de Magali Mougel, mise en scène de Simon Deletang

Festival de Bussang

Suzy Storck de Magali Mougel, mise en scène de Simon Deletang

Crédit Photo : Jean-Louis Fernandez.

Crédit Photo : Jean-Louis Fernandez.

Séduit par l’écriture de cette auteure qui réside désormais à Epinal, Simon Deletang présente  sa mise en scène pour le spectacle dit « de soirée » qui, porté par des acteurs professionnels, s’attache à une écriture contemporaine. Créée d’abord en anglais par Jean-Pierre Baro au Gate Theater de Londres, la pièce connaît ici sa première en français, avec le soutien du Centre Dramatique National de Besançon.

L’univers de Magali Mougel,  dont on a pu suivre la production littéraire depuis une dizaine d’années, explore les réalités cinglantes de personnages culturellement démunis, soumis à l’offre et à la demande du marché du travail. Où les femmes sont  confrontées à de multiples formes d’oppression sexuelle et sociale… Ici, l’auteure place Suzy Storck, le personnage féminin,  au centre d’un mécanisme qui se détraque et dont elle a conscience mais qu’elle ne peut enrayer.

« Chacun sa croix, c’est l’arrangement » : cela pourrait résumer la vie de Suzy Storck, au moins avant que tout ne déraille. Construit comme une spirale, remontant à ce jour fatal du 17 juin, le récit circulaire donne la parole à une jeune fille qui a eu le choix « entre le poulet, les couches et les tétines », produits fabriqués par trois usines de sa région qui emploient puis licencient tour à tour… Elle a donc « fait dans le poulet » puis se présente à un entretien d’embauche dans un magasin de puériculture. Vrai moment de bravoure dans l’écriture, que la comédienne Marion Couzinié porte à un niveau de cruauté sociale délirante.

Faute d’emploi, le mariage peut devenir la solution dans ce milieu sans avenir. Mais l’enchaînement des grossesses non désirées enlaidit la vie. Les injonctions brutales de la Mère à supporter son sort (excellente Françoise Lévy)  et les colères maritales devant une maison qui part à vau-l’eau, usent les petites résistances de la ménagère qui mécanise peu à peu ses gestes et part dans ses rêves. 

Très inspirée par Heiner Müller, Magali Mougel retraverse certains thèmes d’Hamlet-Machine : «Je déterre de ma poitrine, l’horloge qui fut mon cœur. » Le drame est déjà arrivé quand commence le spectacle. Simon Deletang, tel un chroniqueur social à la télé, assis sur une machine à laver dont l’œil rond nous regarde, introduit et commente au micro les différents tableaux. Seul objet réaliste, ménager, il concentre sur l’actrice le poids du dérèglement.

L’écriture présente une fine approche de ce que peut vivre une jeune femme de milieu modeste qui subit des rapports sexuels sans désir et qui s’enlise dans une vie sans amour à donner. Mais on peut regretter le traitement à gros traits du personnage masculin qui ne laisse guère à Charles-Antoine Sanchez qu’une partition monocolore de mâle sans finesse. Le drame est celui de Suzy Storck mais on ne saura jamais ce que traverse son homme.

La mise en scène est d’un brutalisme assez déconcertant : néons aveuglants, intermèdes sonores assourdissants et direction d’acteurs, en particulier de la comédienne, orientée vers le hurlement. On reste d’un trait dans le même tempo et Simon Deletang abandonne l’intimité du sujet. On peut accepter qu’il souhaite donner un cadre imposant à l’écriture contemporaine (ce qui n’est guère l’usage, puisqu’elle est souvent cantonnée dans les petites salles de nos institutions). Mais on frôle ici, dans un très grand espace, le surclassement. L’écriture, qui joue finement sur la cruauté des rapports sociaux, sur la consternation devant le réel, sur la mise en absence de soi-même, aurait mérité un  traitement plus acéré et peut-être plus humble.

Texte publié aux Editions 34

Marie-Agnès Sevestre

Théâtre du Peuple à Bussang ( Vosges) du mercredi au samedi à 20h, jusqu’au 7 septembre.

 

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