Adieu Jacques Nichet

Adieu Jacques Nichet

1FE5F2E3-85D1-41B3-8A1A-89D26DE425D9 Il avait soixante-dix sept ans. Auteur de quelque trente mises en scène, toutes d’une très haute qualité, l’homme, d’une immense culture, était aussi discret qu’efficace ; peu connu du grand public mais reconnu par toute la profession, c’était un excellent metteur en scène, et un grand directeur d’acteurs… Nous avions vu la plupart de ses mises en scènes et à chaque fois, on restait étonné par sa rigueur et en même temps son sens de l’humour.

Encore élève de l’Ecole Normale Supérieur rue d’Ulm, il créa en 65  une compagnie universitaire le Théâtre de l’Aquarium, puis reçut au concours de l’agrégation de lettres classiques, il enseigna ensuite à l’Université de Paris VII. Et en 1972, avec Jean-Louis Benoît et Didier Bezace, Karen Rencurel… il créa le Théâtre de l’Aquarium à la Cartoucherie de Vincennes.  A quelques dizaines de mètres de celui de la Tempête de Jean-Marie Serreau et de celui du Soleil fondé par Ariane Mnouchkine. S’y succédèrent de remarquables spectacles  comme Marchands de ville (1972), Ah Q, (1975), La jeune Lune tient la vieille lune toute une nuit dans ses bras (1976), Correspondance (1980)… qui contribuèrent avec ceux des autres théâtres de la Cartoucherie à en faire un lieu emblématique de la création théâtrale…

Puis en 86, Jacques Nichet dirigea  le Centre Dramatique National de Montpellier. On lui doit des remarquables mises en scène d’auteurs aussi bien des pièces d’auteurs modernes comme Le Balladin du monde occidental de Synge, La Savetière prodigieuse de Federico Garcia Lorca, Sik-Sik, Le Haut-de-forme d’Eduardo De Filippo, ou contemporains (Domaine ventre de Serge Valetti, La Tragédie du roi Christophe d’Aimé Césaire ou classiques comme Le Magicien prodigieux de Pedro Calderon de la Barca, Le Triomphe de l’amour de Marivaux.

En 1998, Jacques Nichet prend la direction du Théâtre National de Toulouse Midi-Pyrénées  avec Richard Coconnier puis Jean Lebeau jusqu’en 2007 et mettra surtout en scène des auteurs contemporains La Ménagerie de verre de Tennessee Williams, Le jour se lève, Léopold ! de Serge Valetti, Silence complice de Daniel Keene, Combat de nègre et de chiens de Bernard-Marie Koltès Les Cercueils de zinc de Svetlana Alexievitch.
Mais il mettra aussi en scène des classiques comme Mesure pour mesure de William Shakespeare, les tragiques grecs avec Antigone de Sophocle et une admirable Alceste d’Euripide. Sa dernière création à Toulouse: Le commencement du bonheur d’après des textes de Giacomo Leopardi. En 2009-2010, il fut titulaire de la chaire de création artistique au Collège de France. Et l’an passé, il monta Compagnie de Samuel Beckett au T. N.T.. Il est aussi l’auteur d’un film La Guerre des demoiselles  (1984) qui avait pour thème, une révolte des paysans ariégeois en 1830.

Avec Jacques Nichet, disparaît un des meilleurs artisans au sens le plus noble du terme, du théâtre contemporain. Il sut rendre accessible au plus grand nombre les œuvres d’auteurs qu’il aimait profondément. Et cela avec la plus grande rigueur.

Philippe du Vignal

Les obsèques de Jacques Nichet auront lieu jeudi 8 août à Béziers. Un hommage lui sera rendu dimanche 13 octobre au Théâtre de l’Aquarium, Cartoucherie de Vincennes. Au programme de 15 h au 17 h : Hommage suivi de 17 h à 18h d’un verre amical. Et de 18 h à 19 h 15 de  Compagnie de Samuel Beckett  interprété par Thierry Bosc et qui fut la dernière mise en scène de Jacques Nichet .

Confirmer votre présence ( nombre de places limité)  à :hommagejnichet@gmail.com,

 


Archive pour août, 2019

Adieu Edith Scob

Adieu Edith Scob

Photo Philippe Doumic

Photo Philippe Doumic

Le 3 juillet. C’est Elise que je vois d’abord :«Tu connaissais Edith? Mon père est un ami de Georges,  il est musicien lui aussi. Georges et Edith, je les ai vus quand j’étais petite. Le soir, quand Edith jouait au théâtre, Georges se sentait seul, il était très amoureux, alors il venait chez mes parents.  Il n’apportait rien à manger mais une bouteille de  rouge.  Quand j’étais couchée, je les entendais discuter et faire de la musique ».

Encore une fois le Père Lachaise. Même théâtre, même mise en scène. Petits groupes  devant le grand escalier,  d’autres sur les marches, jusqu’en haut. Aristide. Je le revois sur une photo, jeune  Communard  au pied d’une jeune fille debout  sur une barricade,  chemisier blanc,  tête levée vers le drapeau qu’elle tient à bout de bras. C’est Printemps 71  d’Arthur Adamov en 1963 au Théâtre de Saint-Denis. La jeune fille ( Edith Scob) joue Polia, une princesse russe qui combat avec les Communards de Paris.  Je vois Aristide et Edith lisant des textes d’Adamov  à la fête de l’Humanité,  une autre fois chez Lucien Attoun, à l’occasion des Retrouvailles, mise en scène de Gabriel Garran. Edith peut jouer  toutes les femmes d’Adamov, elle sculpte sa voix et son geste pour la frêle jeune fille,  aussi bien  que pour la mère  monstrueuse, façon mère Ubu. 

Arthur Adamov aimait les jeunes filles, il recherchait leur compagnie,  se nourrissait de leur histoire  pour  inventer ces beaux  personnages d’errantes. Il marche  sur un trottoir de Paris, les pieds nus dans des sandales de cuir,  soutenu par une jeune fille, chaque fois une autre, chaque fois la même. Annette, Sally, Brit, Théa, Alma…C’est Edith Scob.

Le même  monsieur Loyal, en haut de l’escalier,   annonce que ça va commencer : «S’il vous plait…d’abord la famille… ensuite… ». Montée des marches. La même grande salle  grise haute de plafond. Salle comble. Au fond, le cercueil. Des fleurs. Georges et ses enfants  au premier rang. Tout près Yannis Kokkos. Georges et Yannis,  les deux piliers grecs d’Antoine Vitez,  présents  dans mon  chant pour Antoine Vitez.  Sur  scène dans La Mouette, François Marthouret parle à Edith : «Il faut  représenter la vie non pas telle qu’elle est, mais telle qu’on la voit en rêve ». Elle part d’un grand éclat de rire.

 «Mesdames et messieurs, la cérémonie va maintenant s’achever. Je vais vous demander de vous lever. Nous allons observer une  minute de silence.  Pendant ce temps de recueillement, chacun pourra se remémorer Edith une dernière fois, avant que celle-ci ne s’éloigne. »

Bruits de chaises. Silence. Remémoration. Ici-même au Père Lachaise, un matin de l’hiver 2.005.  C’était pour Jacqueline  Autrusseau, la femme d’Adamov,  «Jacquie». Edith a lu un texte écrit par Jacquie,  «L. sans personne ». Un  cri étouffé pendant toute sa vie et soudain poussé dehors, in extremis, comme outre-tombe. Son bébé mort dans les bombardements  américains sur Caen. Ensuite sa  vie avec Ern, (Arthur Adamov) lui « quelqu’un » mais elle personne… Jusqu’au jour où elle décide  de le quitter. J’entends la voix d’Edith Scob  (Jacquie) articulant chaque syllabe,  chantante, naturelle. La voix du secret révélé. La silhouette longue et frêle. Les grands yeux bleus. La peau diaphane. Le visage fin.  La frange en manteau d’Arlequin. 

 René Gaudy  

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