IRIS/A Space Opera, réalisation d’André Chemetoff et Armand Béraud, musique de Justice.

justice - Iris - copie

 

IRIS /A Space Opera, réalisation d’André Chemetoff et Armand Béraud, musique de Justice.

 «Bienvenue au ciné-concert», des mots qui nous ramènent à la naissance du cinéma et à l’âge d’or des films muets, quand les salles étaient équipées d’un proscenium ou d’une fosse d’orchestre et où se croisaient musique, film et parfois théâtre et magie. Mais cette séance est d’un genre spécial et inédit. Ici, pas de système 3D ou 4D avec images en relief et autres attractions sensitives et olfactives, comme dans les parcs d’attractions. Ici, minimaliste total. Iris, une performance créée spécialement pour les salles de cinéma, est une adaptation du monumental Woman Worldwide, inspiré de la tournée 2017/2018 du groupe électro français Justice, sous les lumières de Vincent Lérisson.

Et cette séance unique, à part deux avant-premières en mars et juin, aux Etats-Unis et en France, a été diffusée le même jour et à la même heure dans une centaine de salles, comme une invitation à une messe électro célébrée par les gourous de la french touche… Gaspard Augé et Xavier de Rosnay, accompagnés de leur croix symbolique ont été révélés en 2003 avec D.A.N.C.E. et We are your friends. Le duo Justice fait maintenant partie des grandes figures de la musique électro dans le monde, comme les Daft Punk. Moins médiatisée mais tout aussi talentueuse avec des compositions aux sources du rock, la musique de Justice  mêle disco, électro, heavy metal et house…

L’album Woman Worldwide sorti l’an passé , est issu de la tournée du même nom, est un chef-d’œuvre maniériste où Justice se réinvente constamment dans un remixe hybride et hallucinatoire de leur répertoire. Un monument de maestria musicale utilisant les thèmes connus des tubes du groupe pour mettre en avant des bizarreries et pépites méconnues, comme Pleasure, Newjack, Civilization ou Heavy Metal, DVNO, avant le climax en apothéose d’Audio Video Disco.

Cela commence par un interminable documentaire de trente minutes sur les coulisses du projet Iris avec tous les réalisateurs, techniciens du film qui donnent leur point de vue souvent  plombé d’autosatisfaction. Comme si on vous expliquait le film que vous allez voir de peur que vous ne compreniez pas très bien de quoi il s’agit… Malgré la lourdeur d’interviews consensuelles, il y a quand même quelques informations intéressantes.

Comment se démarquer de l’éternelle captation des concerts avec plans de la scène et du public et arriver à un résultat esthétique satisfaisant ? Justice s’est ici inspiré des Pink Floyd et de leur mythique concert à Pompéi (1972) filmé sans public. Occulter cet élément indispensable à la réussite d’un concert où l’énergie dégagée et le partage sont au cœur de l’expérience, était un pari ambitieux….

L’équipe de Justice a essayé d’atteindre « la précision des documentaires de la NASA, avec de très longs et lents plans ». Présenté comme un « vortex musical et visuel » par les deux musiciens, le film se veut « une immersion, une nouvelle manière d’explorer l’univers musical ». Arrive enfin le concert tant attendu ! Soit une heure d’un voyage spatial-musical fascinant : cet objet sonore et visuel non identifié se réfère aux films de science-fiction comme entre autres Star Wars, Alien, Blade Runner et 2001, l’Odyssée de l’espace.

Sur le plateau, un énorme vaisseau spatial à propulsion analogique dont le tableau de bord a été remplacé par des synthétiseurs et tables de mixage…. Une machine hybride pour découvrir d’autres constellations et conquérir la galaxie. Autour de la cabine de pilotage, une structure flottante composée de treize cadres mobiles indépendants avec chacun, quatre panneaux rotatifs à LED, miroirs et lumières chaudes aux combinaisons infinies.

Une vraie prouesse : Justice propose avec chaque morceau, des univers différents grâce à une structure en constante évolution, avec de nouveaux paysages visuels et… sans aucun recours à la technologie. Le film est ponctué de quelques séquences en images numériques qui se fondent parfaitement dans l’esthétique de cette installation. Des envolées lyriques et cosmiques très bien conçues.

Dans une séquence saisissante, la croix de Justice se détache d’une planète pour flotter dans l’espace, tel un symbole christique universel et mystique rappelant le monolithe kubrickien dans 2001. A un autre moment magnifique, on voit la Terre éclipser le soleil et former un iris ; cosmique et organique sont ici réunis et la rétine fusionne avec l’image, dans une sorte de boucle vertigineuse.  Fascinant : nous sommes emportés dans un tourbillon spatio-temporel….

Dans une très belle transition, un rayon de lumière se transforme en une étoile filante et va dessiner dans l’espace des constellations représentant les différents signes du Zodiaque, jusqu’à se focaliser sur celui de la balance, symbole de la Justice ! Le plus fascinant dans le film : une porosité constante entre Terre et espace, univers macro et micro, et infini. Ici, la musique va plus vite que l’image contemplative filmée au ralenti. Et de longs travellings ou plans-séquences laissent place à l’intensité musicale et à la pulsation lumineuse.

Une caméra en apesanteur et toujours en mouvement nous fait voyager dans l’espace de Justice avec des lumières imposantes réfléchies par un sol satiné. Et l’image ici se transforme en un kaléidoscope géant aux compositions à la symétrie parfaite. Mais pourquoi ne pas avoir filmé cette expérience sans les musiciens, alors que l’installation se suffit à elle-même ? C’est la grande intelligence du groupe Justice qui a imaginé ce théâtre d’ombres aux silhouettes presque inanimées, bougeant au ralenti…

Véritable expérience immersive et sensorielle, Iris est un ovni à la croisée de la musique, du cinéma, de la scénographie et de l’installation plastique. Avec ce coup de maître, Justice réalise un superbe écrin visuel pour accueillir une sélection de morceaux de son formidable dernier album. Fonctionnant comme un voyage hypnotique et contemplatif, les sons et images se fondent dans un maelstrom expérimental où l’émotion des spectateurs est au cœur du processus. Filmée sans public dans un entrepôt suréquipé d’une machinerie infernale pour nous mettre au centre d’un dispositif hallucinatoire, Iris est une étape importante dans la manière de concevoir la musique et la captation des concerts…

 

Sébastien Bazou

Cinéma Olympia, Dijon (Côte-d’Or), le 29 août.

 

 

 

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