La Vie de Galilée de Bertolt Brecht, texte français d’Eloi Recoing, mise en scène de Claudia Stavisky

 

La Vie de Galilée de Bertolt Brecht, texte français d’Eloi Recoing, mise en scène de Claudia Stavisky.

 

Crédit photo : Simon Gosselin

Crédit photo : Simon Gosselin

En Italie, au début du XVII ème siècle, Galilée braque un télescope vers les astres, déplace la terre dans le paysage acquis, abolit le ciel et fait vaciller l’ordre de l’Eglise. L’Inquisition lui fait baisser les bras, abjurer ses théories, sans réussir à l’empêcher de continuer à travailler secrètement à l’écriture de son œuvre majeure, ses Discorsi.

 Inventeur de génie et professeur de mathématiques à Padoue, il réussit en 1610 à confirmer le système de Copernic au moyen de la lunette hollandaise. Heureux et plein d’espoir, il se rend à la cour de Florence pour transmettre ses théories : la lune et la terre n’ont pas de lumière propre mais sont éclairées par le soleil. Le fils de sa logeuse, Andrea Sarti, son élève, est subjugué par un tel talent. Mais les détracteurs du visionnaire le menacent de châtiments physiques, l’accusant d’ôter à l’homme un secours, un espoir, un rêve, une foi qui le fasse « tenir ». En 1616, l’Inquisition est consciente des implications subversives de ce regard neuf et oblige Galilée à se réfuter en 1633, l’emprisonne, puis le libère mais il reste  surveillé.

 Pour Claudia Stavisky,  La Vie de Galilée raconte le vertige d’un monde dont l’ordre se désagrège. Une vision révolutionnaire : l’homme tourne autour des choses, alors que la philosophie aristotélicienne, selon une conception médiévale, installe l’homme et Dieu au centre du monde, la terre étant soumise au ciel et à son Dieu. Mais pour l’homme du peuple, selon Brecht, l’histoire ne débute qu’au jour où il aura conquis sa liberté, une histoire qui ne fraye pas forcément avec l’élan héroïque.

C’est la pièce  représentative du théâtre épique, sans véritable progression dramatique, si ce n’est par  le déroulement de la vie même du savant mathématicien. Philippe Torreton  est convaincant, avec une présence ouverte à l’autre et proche du peuple, sans démagogie qui le situé d’emblée du côté de la vérité et du bien de l’être. Enseignant, il prend plaisir à expliquer le monde et à persuader ses amis et tout le monde du bien-fondé de ses propositions à la logique raisonnante imparable : « L’univers a perdu son centre. Il a suffi d’une nuit pour qu’il s’en découvre un nombre infini. Chacun de nous est devenu le centre, chacun et personne. »

 Pour Galilée, tout change, le monde et l’homme qui l’observe, découvrant l’espace et le doute, en se distançant du monde pour mieux le connaître et le comprendre, une démarche scientifique mature, propice au disciple Andrea Sarti,patiemment initié patiemment. Venise accueille les savants mais les rétribue mal, et Florence censure leurs écrits mais leur offre l’aisance. Entre ces deux options et leurs contraintes, le physicien choisit de travailler à la cour de Florence, la seule liberté étant celle de produire. Entouré de ses humbles compagnons de travail – verrier, fondeur, et de Madame Sarti qui l’encouragent de leur bon sens, jusqu’à sa rétractation finale. Si les astres investissent le ciel, où se trouve Dieu ? demande l’ami Sagredo. «En nous, ou nulle part » : le maître reste confiant en l’homme dont Dieu est la raison, une lumière qui aide à le sortir des ténèbres et une morale du moindre mal.

 Pour illustrer des propos à la fois humanistes et scientifiques de l’inventeur, la création vidéo de Michaël Dusautoy fait apparaître  au lointain la catastrophe écologique dont la planète est victime et a fortiori l’humanité qui l’habite, du fait de notre activité non raisonnée et irresponsable. La banquise se désagrège en morceaux de glace voués à une dérive incertaine, et la Terre des hommes va mal…

 Philippe Torreton est accompagné par des acteurs investis :  Benjamin Jungers dans le rôle d’Andrea adulte, Michel Hermon en méchant Inquisiteur, ou plus tranquille Curateur, Gabin Bastard, Frédéric Borie, Alexandre Carrière, Maxime Coggio, Guy-Pierre Couleau en artisan proche de Galilée, et Matthias Distefano.  Marie Torreton joue la fille du mathématicien et Nanou Garcia Madame Sarti. Elles donnent, face à l’ampleur masculine des personnages, toute la sensibilité attendue.

 Une Vie de Galilée pleine de chaleur, d’espérance et de croyance humanistes.

 Véronique Hotte

 La Scala Paris, 13 boulevard de Strasbourg, Paris (X ème), jusqu’au 9 octobre. T. : 01 40 03  44 30.

Le Liberté,-Scène nationale de Toulon (Var), les 17 et 18 octobre.

La Criée, Centre dramatique national de Marseille (Bouches-du-Rhône)
Équinoxe, Scène nationale de Châteauroux, les 11 et 12 novembre.

Célestins, Théâtre de Lyon du 15 novembre au 1er décembre.

Anthea/ Théâtre d’Antibes (Alpes-Maritimes) du 7 du 18 décembre.
La Comédie de Saint-Étienne, Centre dramatique national,
Maison de la Culture de Nevers ( Nièvre), du  8 au 10 janvier. 

Le Quai, Centre Dramatique National Angers-Pays de la Loire, du 23 au 25 janvier.

 

 


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