Les Naufragés, d’après Les Naufragés, Avec les clochards de Paris de Patrick Declerck, mise en scène d’Emmanuel Meirieu

Les Naufragés, d’après Les Naufragés, avec les clochards de Paris de Patrick Declerck, adaptation de François Cottrelle et Emmanuel Meirieu, mise en scène d’Emmanuel Meirieu

Les Naufragés, avec les clochards de Paris - Mise en scène d'Emmanuel Meirieu, d'après le roman de Patrick Declerck, adaptation de François Cotrelle et Emmanuel Meirieu, avec François Cottrelle  - Chanteur : Stéphane Balmino - Costumes Moira Douguet Une scénographie somptueuse : lumière, décor et vidéo de Seymour Laval, Emmanuel Meirieu et Jean-Michel Adam, pour ce spectacle à la grande beauté formelle rappelant le célèbre Radeau de la Méduse (1818) de Théodore Géricault. Mais ici, les survivants sont enfouis dans un abîme et ces naufragés invisibles ont tous basculé au séjour des morts. Sur un plateau couvert de sable fin, avec en vrac, un fouillis de tiges, planches fines et croix de bois…

 Au lointain, la proue d’un bateau et  es reflets de la mer… Sur des piliers sont projetées des scènes de vie et des figures d’exclus. Des images fantomatiques et muettes d’un film en noir et blanc. La destruction des vies par l’existence est la métaphore filée, égrainée sur scène, selon l’imaginaire collectif, de la catastrophe avec son lot de survivants. Catastrophe est en effet la vie vécue par ceux qui n’y ont pas eu accès.Le romancier Patrick Declerck a suivi pendant plus de quinze ans les clochards de Paris. Psychanalyste, il ouvrit au C.A.S.H. (Centre d’Accueil et de Soins hospitaliers) de Nanterre, la première consultation d’écoute destinée aux S.D.F.

Attaché à ces morts-vivants installés entre  vie et mort, l’auteur, comme le comédien François Cottrelle, dit avoir haï ceux qui ne sont rien, leur odeur de saleté et leur regard alcoolisé… Un rappel de présences infimes sans vitalité, de ces presque cadavres que la société ignore, misérables rejetés de toute vie sociale et refusant des soins. Le protagoniste fait le récit douloureux et sincère de son engagement auprès des sans-abri et des laissés pour compte. Sont ainsi répertoriés quelques cas significatifs de leur misère extrême : une femme ne pense qu’à être enceinte pour bénéficier des allocations familiales et devenir riche! Un jeune homme, en grande souffrance physique, refuse toute aide et veut être seul maître de sa mort, un misérable recueilli dans le métro, entre la vie et la mort, s’éteint, en tenant la main d’un thérapeute impuissant : « C’est difficile… »

 Raymond, presque un ami pour le narrateur (Stéphane Balmino, chanteur et diseur de poésie), est mort de froid devant le centre d’accueil de Nanterre, sous un abribus… Il avait longtemps été serveur à la cantine de ce centre. Après avis d’une assistante sociale, il l’avait quitté depuis deux mois pour aller dans un foyer de réinsertion sociale. Mais en vain. Trop seul, trop démuni, préférant un abandon radical à l’alcool et à l’errance, il avait essayé de se fuir un désastre personnel mais ce naufragé était un noyé en sursis…

 Le naufrage existentiel et physique ne se révèle pas un passage initiatique quand on ne peut prendre son destin en main. Mais quand la réinsertion citoyenne est tragiquement impossible, doit-on en imputer la responsabilité à une société coercitive et oppressive, tendue par le mythe mensonger de la construction de soi égoïste et de la réussite ? Ne faut-il pas plutôt malgré tout, œuvrer à intégrer une personne différente  et à la libérer enfin d’elle-même? Faire du beau sur la misère du monde nous place en situation de voyeur et ce spectacle dont la forme artistique élaborée peut déranger… Un peu léger et démago sur le traitement de pathologies difficiles, il désigne un peu facilement les responsables…

 Véronique Hotte

 Théâtre des Bouffes du Nord, 37 bis boulevard de la Chapelle,  Paris (X ème), jusqu’au 2 octobre. T. : 01 46 07 34 50.

 

 

 


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