L’Homme à tête de chou , paroles et musique originale de Serge Gainsbourg, version enregistrée pour le spectacle par Alain Bashung, chorégraphie de Jean-Claude Gallotta

L’Homme à tête de chou, paroles et musique originale de Serge Gainsbourg, version enregistrée pour le spectacle par Alain Bashung, chorégraphie de Jean-Claude Gallotta

©Guy Delahaye

©Guy Delahaye

 En 2009, Alain Bashung devait être sur scène avec ses musiciens pour une création chorégraphique, à partir de l’album de Serge Gainsbourg. Il avait enregistré une maquette pour « se tester » disait-il. Quand la mort le rattrape, l’aventure artistique se poursuit sans lui et la pièce est créée à la Maison de la Culture de Grenoble.  Dix ans plus tard, la chaise est toujours là, vide, sur le plateau mais la musique de Serge Gainsbourg, arrangée pour la danse par Denis Clavaizolle, la poésie érotique des paroles et la voix cassée d’Alain Bashung comblent l’absence de ces grands artistes et donnent à la chorégraphie un supplément d’âme. Aujourd’hui, seuls quatre des douze interprètes actuels étaient présents à la création et la pièce a été augmentée de quelques aménagements.

 Le titre de l’album-concept (1976) vient du nom d’une sculpture de Claude Lalanne acquise par Serge Gainsbourg : « J’ai croisé L’Homme à tête de chou dans la vitrine d’une galerie d’art contemporain. Sous hypnose, j’ai poussé la porte, et j’ai payé cash.» L’œuvre qui figure sur la pochette du disque, lui a  raconté son histoire :  « Journaliste à scandale, tombé amoureux d’une petite shampouineuse assez chou pour le tromper avec des rockers, il la tue à coup d’extincteur, sombre peu à peu dans la folie et perd la tête qui devient chou. » « Moitié légume, moitié mec », le gratte-papier chante sa tragédie en un long retour en arrière.  Marilou, volage et sensuelle, sublimée par la danse, apparaît au centre de la chorégraphie, se démultipliant en six femmes et affolant six hommes… « Les femmes, c’est du chinois », disait Serge Gainsbourg…

©Guy Delahaye

©Guy Delahaye

 Du disque de trente-et-une minutes, Jean-Claude Gallotta tire un spectacle d’une heure et quart  dont le scénario suit scrupuleusement les douze morceaux. Pour chacun, les costumes diffèrent : tenue de jeune cadre pour les hommes et talons- aiguille pour les femmes, quand ils ne sont pas à moitié dénudés. Le noir et blanc domine, à l’exception de quelques robes colorées pour les danseuses. Des scènes de groupe, aux gestes synchronisés, font place à des solos et duos, à un trio parfois. De ce chœur mixte, ou distinguant hommes et femmes, de ces combinatoires variées, nait une dynamique inépuisable. Séquence après séquence, affleurent les fantasmes érotiques de l’homme jaloux : le chorégraphe ne recule pas devant les postures évocatrices mais sans jamais tomber dans la vulgarité. 

 Dans le trio sado-maso Flash forward, Marilou en petite culotte s’ébat et s’abandonne en sandwich entre deux amants encagoulés : « Elle semblait une guitare rock à deux jacks » ! Variations sur Marilou (sept minutes trente) la présente en six exemplaires puis en solo, jeans ouverts, « baby doll » se masturbant : «Tout en jouant avec le zip/De ses Levi’s/Je lis le vice/Et je pense à Caroll Lewis« …. Dans Aéroplanes, le narrateur a une tête de singe : il est Cheeta le singe de Tarzan. Marilou («Jane») saute de Tarzan en Tarzan («de lianes en lianes ») et le singe la suit « à travers la savane ». Elle le traite de  vieux con et de pédale. Plus romantique, Ma Lou Marilou est une séquence tendre et lascive.

 Meurtre à l’extincteur sera pour certaines, assez mal vécu dans le climat actuel de mobilisation contre les féminicides. La victime, culotte baissée, passe violemment d’homme en homme, avant d’être ensevelie sous la neige carbonique, figurée par la chemise blanche d’homme qu’elle portait. Serge Gainsbourg apparaît ici sous le jour cru du dandy macho qu’il était. Le chorégraphe et les danseurs s’engagent à fond dans son univers mais sans jamais verser dans le salace. L’ensemble reste d’un esthétisme froid mais on est séduit par ces textes subversifs flirtant élégamment avec l’argot et la poésie savante, provocateurs. La puissance des mots et de la musique, l’humour et la folie abrupte du personnage, son ambigüité même,  l’emportent sur l’indignation.

 Jean-Claude Gallotta rend une fois de plus un hommage vibrant à la musique rock, qui nous avait déjà valu My Rock et My Ladies Rock ( voir Le Théâtre du Blog). Pour la danse, la poésie et la musique, il faut voir ce spectacle.

Mireille Davidovici

Jusqu’au 29 septembre, Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, Paris (VIII ème) . T. : 01 44 95 98 21.

 Le 15 octobre, Théâtre Edwige Feuillère, Vesoul (Haute-Saône); le 19 octobre, Le Channel, Calais (Pas-de-Calais).
Le 7 novembre, Les Salins, Martigues (Bouches-du-Rhône) .
Du  17 au 19 décembre, MC2 Grenoble (Isère).
Le 14 janvier, Théâtre Liberté, Toulon (Var) ; le 30 janvier, Le Reflet, Vevey (Suisse).
Du 11 au 14 février, Maison de la Danse, Lyon (Rhône).
Le 6 mars, La Coopérative de mai, Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme); le 31 mars, l’Odyssée, Périgueux (Dordogne).
Le 23 avril, Théâtre d’Ajaccio (Corse) , le 28 avril Le Carré magique, Lannion (Côtes-d’Armor).
Le 26 mai, Le Bateau-Feu, Dunkerque (Nord).

L’album de Serge Gainsbourg est sorti sous le label Philips. La version d’Alain Bashung est sortie en 2011 chez Barclay.

 

 


Archive pour 19 septembre, 2019

L’Homme à tête de chou , paroles et musique originale de Serge Gainsbourg, version enregistrée pour le spectacle par Alain Bashung, chorégraphie de Jean-Claude Gallotta

L’Homme à tête de chou, paroles et musique originale de Serge Gainsbourg, version enregistrée pour le spectacle par Alain Bashung, chorégraphie de Jean-Claude Gallotta

©Guy Delahaye

©Guy Delahaye

 En 2009, Alain Bashung devait être sur scène avec ses musiciens pour une création chorégraphique, à partir de l’album de Serge Gainsbourg. Il avait enregistré une maquette pour « se tester » disait-il. Quand la mort le rattrape, l’aventure artistique se poursuit sans lui et la pièce est créée à la Maison de la Culture de Grenoble.  Dix ans plus tard, la chaise est toujours là, vide, sur le plateau mais la musique de Serge Gainsbourg, arrangée pour la danse par Denis Clavaizolle, la poésie érotique des paroles et la voix cassée d’Alain Bashung comblent l’absence de ces grands artistes et donnent à la chorégraphie un supplément d’âme. Aujourd’hui, seuls quatre des douze interprètes actuels étaient présents à la création et la pièce a été augmentée de quelques aménagements.

 Le titre de l’album-concept (1976) vient du nom d’une sculpture de Claude Lalanne acquise par Serge Gainsbourg : « J’ai croisé L’Homme à tête de chou dans la vitrine d’une galerie d’art contemporain. Sous hypnose, j’ai poussé la porte, et j’ai payé cash.» L’œuvre qui figure sur la pochette du disque, lui a  raconté son histoire :  « Journaliste à scandale, tombé amoureux d’une petite shampouineuse assez chou pour le tromper avec des rockers, il la tue à coup d’extincteur, sombre peu à peu dans la folie et perd la tête qui devient chou. » « Moitié légume, moitié mec », le gratte-papier chante sa tragédie en un long retour en arrière.  Marilou, volage et sensuelle, sublimée par la danse, apparaît au centre de la chorégraphie, se démultipliant en six femmes et affolant six hommes… « Les femmes, c’est du chinois », disait Serge Gainsbourg…

©Guy Delahaye

©Guy Delahaye

 Du disque de trente-et-une minutes, Jean-Claude Gallotta tire un spectacle d’une heure et quart  dont le scénario suit scrupuleusement les douze morceaux. Pour chacun, les costumes diffèrent : tenue de jeune cadre pour les hommes et talons- aiguille pour les femmes, quand ils ne sont pas à moitié dénudés. Le noir et blanc domine, à l’exception de quelques robes colorées pour les danseuses. Des scènes de groupe, aux gestes synchronisés, font place à des solos et duos, à un trio parfois. De ce chœur mixte, ou distinguant hommes et femmes, de ces combinatoires variées, nait une dynamique inépuisable. Séquence après séquence, affleurent les fantasmes érotiques de l’homme jaloux : le chorégraphe ne recule pas devant les postures évocatrices mais sans jamais tomber dans la vulgarité. 

 Dans le trio sado-maso Flash forward, Marilou en petite culotte s’ébat et s’abandonne en sandwich entre deux amants encagoulés : « Elle semblait une guitare rock à deux jacks » ! Variations sur Marilou (sept minutes trente) la présente en six exemplaires puis en solo, jeans ouverts, « baby doll » se masturbant : «Tout en jouant avec le zip/De ses Levi’s/Je lis le vice/Et je pense à Caroll Lewis« …. Dans Aéroplanes, le narrateur a une tête de singe : il est Cheeta le singe de Tarzan. Marilou («Jane») saute de Tarzan en Tarzan («de lianes en lianes ») et le singe la suit « à travers la savane ». Elle le traite de  vieux con et de pédale. Plus romantique, Ma Lou Marilou est une séquence tendre et lascive.

 Meurtre à l’extincteur sera pour certaines, assez mal vécu dans le climat actuel de mobilisation contre les féminicides. La victime, culotte baissée, passe violemment d’homme en homme, avant d’être ensevelie sous la neige carbonique, figurée par la chemise blanche d’homme qu’elle portait. Serge Gainsbourg apparaît ici sous le jour cru du dandy macho qu’il était. Le chorégraphe et les danseurs s’engagent à fond dans son univers mais sans jamais verser dans le salace. L’ensemble reste d’un esthétisme froid mais on est séduit par ces textes subversifs flirtant élégamment avec l’argot et la poésie savante, provocateurs. La puissance des mots et de la musique, l’humour et la folie abrupte du personnage, son ambigüité même,  l’emportent sur l’indignation.

 Jean-Claude Gallotta rend une fois de plus un hommage vibrant à la musique rock, qui nous avait déjà valu My Rock et My Ladies Rock ( voir Le Théâtre du Blog). Pour la danse, la poésie et la musique, il faut voir ce spectacle.

Mireille Davidovici

Jusqu’au 29 septembre, Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, Paris (VIII ème) . T. : 01 44 95 98 21.

 Le 15 octobre, Théâtre Edwige Feuillère, Vesoul (Haute-Saône); le 19 octobre, Le Channel, Calais (Pas-de-Calais).
Le 7 novembre, Les Salins, Martigues (Bouches-du-Rhône) .
Du  17 au 19 décembre, MC2 Grenoble (Isère).
Le 14 janvier, Théâtre Liberté, Toulon (Var) ; le 30 janvier, Le Reflet, Vevey (Suisse).
Du 11 au 14 février, Maison de la Danse, Lyon (Rhône).
Le 6 mars, La Coopérative de mai, Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme); le 31 mars, l’Odyssée, Périgueux (Dordogne).
Le 23 avril, Théâtre d’Ajaccio (Corse) , le 28 avril Le Carré magique, Lannion (Côtes-d’Armor).
Le 26 mai, Le Bateau-Feu, Dunkerque (Nord).

L’album de Serge Gainsbourg est sorti sous le label Philips. La version d’Alain Bashung est sortie en 2011 chez Barclay.

 

 

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