Melone Blu, texte et mise en scène de Samuel Valensi

Melone Blu, texte et mise en scène de Samuel Valensi

© Damien

© Damien

Au Théâtre de Belleville, avait été présentée L’Inversion de la courbe, première écriture et mise en scène de ce jeune auteur (voir Le Théâtre du Blog). Avec la même équipe, il a réalisé ce conte philosophique. Thème: l’écologie. Cela se passe dans un lieu non identifié, sans doute en Europe du Sud et à une époque récente, voire presque contemporaine, ont vécu trois générations. La première avec Felice Verduro, un pêcheur bon connaisseur des chemins marins et qui a découvert l’île de Melone Blu, quand il était jeune et beau. Là, pousse un fruit aux vertus fabuleuses  et  la famille Verduro s’y installe pour le cultiver. Ce qu’un chœur de cinq hommes et deux femmes va nous raconter. Le fruit va enrichir la région mais aussi provoquer une véritable révolution sociale et financière. Les enfants Verduro et leurs proches vont en effet exploiter l’eau de mer qui, mêlée à la liqueur de ce fruit, devient un carburant qui va faire fonctionner des automates pour les aider à vite récolter ces melons…La boucle est bouclée et bien entendu, l’auteur joue le parallèle avec notre époque cupide et menacée de dérèglements climatiques de plus en plus importants.

Cette apparition du machinisme industriel va en effet entraîner d’inévitables conflits entre élus, préfet et les agriculteurs. Les hommes et les femmes entrevoient la fin de leurs illusions… D’autant qu’à la suite des prélèvements disproportionnés, le niveau de la mer commence à baisser sérieusement… Et la troisième génération sent bien que l’époque dorée qu’ont connue leurs grands-parents et parents, est révolue. Un frère s’enthousiasme pour la révolution, l’autre pour prolonger les acquis… et surtout ne pas courir vers une super-productivisme… Erreurs dont personne ne sortira gagnant comme si ces générations différentes qui n’ont pas réussi à maîtriser le « progrès », étaient toutes condamnées et à court terme par une sorte de fatalité. Tel est, si on a bien compris, le sens de cette fable théâtrale…

“C’est un conte populaire, chaleureux qui respecte la tradition de l’oralité qui transporte les mythes fondateurs, dit l’auteur-metteur en scène qui s’envoie des fleurs un peu vite. Tout le monde le connaît, le raconte, se l’approprie, ajoute son détail. C’est un socle commun, notre roman historique. Melone Blu est l’histoire de nos progrès et de leurs conséquences.” On veut bien mais cela donne quoi sur le plateau? Une belle scénographie: juste quelques praticables en palettes de récupération et des dizaines de cordes qui pendent, le tout éclairé avec virtuosité. Brice Borg, Michel Derville, Paul-Eloi Forget, Valérie Moinet, Alexandre Molitor, Maxime Vervonck
, Emmanuel Lemire (en alternance avec François-Xavier Phan) ont tous une bonne diction et une gestuelle remarquable. Aucun temps mort dans cette mise en scène précise…

Oui, mais voilà! Le texte n’est pas du tout à la hauteur du travail scénique: maladroit, touffu et souvent peu clair (Samuel Valensi était élève d’ H.E.C. : on voit qu’il connaît les mécanismes administratifs mais bon, cela ne suffit pas..)  la dramaturgie est mal établie et les personnages flous! Les petits scènes  bavardes, souvent plus proches du récit, se succèdent sans fil rouge apparent. Il y a parfois comme une teinture de théâtre d’agit-prop dans certaines scènes mais ces deux heures au langage très conventionnel n’apportent pas grand chose et durent une éternité… Et on a la nette impression que l’auteur aurait pu nous en épargner la moitié. Gérer le temps dramatique, cela s’apprend et là on est trop loin du compte!

Du coup, cette fable philosophique n’a rien d’efficace et distille très vite un ennui profond. Au théâtre, les bonnes intentions n’ont jamais donné un résultat tangible et vous l’aurez compris: inutile de vous déplacer… Ce Melone Blu, vraiment peu convaincant, n’apporte rien à l’écologie sinon une vague sensibilisation. Même si, pour chaque place achetée, il y a un arbre planté: un argument souvent employé dans ce que l’on appelle le « marketing » des grandes marques. Mais ici, cela fait un peu trop mélange des genres et n’est vraiment pas souhaitable…

Philippe du Vignal

 Théâtre 13 Seine, rue du Chevaleret, Paris (XIII ème) jusqu’au 22 septembre.

 


Répondre

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...