V Theater à Las Vegas (suite)

V Theater à Las Vegas (suite)

The Crazy Gauchos

Anciennement Los Latin Cowboys, les Crazy Gauchos sont un duo argentin fondé en 1984 par le créateur et producteur italo-argentin Jorge Di Paola. Première apparition à Las Vegas en 1992 dans Splash au Riviera pendant huit ans!, puis au Flamingo, au Plaza, au Sands, etc. puis au Planet Hollywood.

Eduardo Lome et Hugo Latorre incarnent des gauchos, version sud-américaine des cow-boys. Ce divertissement remonte à une vieille coutume de l’époque des conquistadores espagnols: deux gauchos se livrent « une bataille », accompagnés d’un bombo, (grand tambour précolombien), et d’un boleadoras, une arme de chasse avec deux cordes et une boule de pierre ). En suivant le rythme complexe du tambour, le gaucho qui  balance cette arme en en contrôlant le rythme avec une danse à claquettes. Cette danse traditionnelle autour des feux de camp dans les voyages et les parties de de chasse, était aussi une forme de compétition entre gauchos. Un homme interprète une danse avec des poses et son adversaire essaie d’en répéter les mouvements en y ajoutant d’autres de son choix ; cela se poursuit jusqu’à ce qu’il ne puisse plus en copier la chorégraphie complète.
Oui, mais voilà cette première attraction est une catastrophe. Malgré l’indéniable maîtrise de leurs instruments, cette petite comédie, navrante et vulgaire, dure une éternité! On ne comprend vraiment pas comment ce duo a pu réussir à Las Vegas aussi longtemps avec un tel numéro qui n’a pas bougé d’un iota. Ou l’art de se reposer sur ses lauriers et se satisfaire de la médiocrité pendant plus de quinze ans !

 Yasu Yoshikawa

Iouri et Gabor 4 - copieCe gymnaste japonais, onze fois champion du monde de roue Cyr, est l’un des récents derniers dans la distribution de V Theater.  Il a commencé à faire du sport  à l’Université puis a suivi une formation, tout en étant enseignant à Nara, au Japon. Il donnait en parallèle des cours d’initiation à la gymnastique sur roue et puis gagna sa vie avec cette discipline, en montant un numéro…

Inventée en 1998, la roue Cyr est une discipline circassienne. Son inventeur, Daniel Cyr  a fondé le Cirque Éloize en 1993 et a développé tout un vocabulaire technique autour de cette roue: un grand anneau en acier ou aluminium et d’environ dix cms de plus que l’acrobate. La base : une « valse », mouvement giratoire décrit comme un tourbillon de pirouettes à répétition et semblable à celui d’une pièce de monnaie tournant sur la tranche.

Une excellente performance… Yasu Yoshikawa commence par faire du hula-hoop avec une séries de cerceaux devenant de plus en plus petits et passe au travers en se contorsionnant. Il tourne ensuite à l’intérieur puis réalise des figures avec effet de fluorescence. Enfin il se met debout sur sa roue ! Ce comédien facétieux ne se prend pas au sérieux, ce qui donne un contre-poids intéressant aux mouvements techniques d’une grande difficulté qu’il réalise.

 Jason Byrne 

Jason Byrne 1 - copieNé à Fribourg (Suisse), il part très tôt vivre aux Etats-Unis à Windsor (Ontario) et à six ans, commence à s’intéresser à la magie à Rocky River (Ohio), un jour de Noël. Sous le sapin, il y avait un cadeau de son grand-père, une boîte qui faisait disparaître un petit lapin en éponge qui réapparaissait sur ordre du magicien. Jason Byrne se passionne vite pour cette discipline merveilleuse, en regardant le cousin de sa mère faire des tours dans les réunions familiales et en fréquentant assidûment un magasin de magie près de chez lui. Ses parents encouragent cette passion et lui offrent des cours avec Johnny Ould, un magicien spécialisé en magie pour enfants. 

Il rencontre ensuite l’illusionniste Scott Rawlings (Steven Scott) et le magicien Jerry Deneweth. À quatorze ans, il devint l’assistant de Rawlings qui lui apprend les bases de l’illusion et de la manipulation. Son troisième professeur, Deneweth, est propriétaire de la Calvacade of Magic Shop. Jason Byrne rencontre le magicien Brett Daniels qui l’aide à construire son futur numéro qui lui vaudra les premières places au Michigan Magic Day en 1989, au Abbott Get Magic, au Columbus Magi-Fest et au Magie Montréal. Puis il rencontre aussi le légendaire Channing Pollock en 1991: c’est le départ d’une nouvelle carrière et d’une reconnaissance internationale. A vingt-et-un ans, embauché au Magic Castle à Hollywood, il devient vite un habitué des restaurants-théâtres de la région et en 1997. Il fait la couverture du Magic Magazine et est nommé un an plus tard, Magicien de scène de l’année, par l’Academy of Magical Arts…

Jason Byrne s’est produit partout: au Japon, à Hong Kong, en Chine, à Taïwan, en Allemagne, au Canada, aux Pays-Bas, en Espagne et en France… Il s’installera définitivement à Las Vegas au milieu des années 1990 et apparaîtra dans une vingtaine -un nombre record- d’hôtels-casinos dans des revues ou spectacles de variétés...puis au Planet Hollywood. Il fait depuis 2004 dans le spectacle V, son numéro Post Modern Magic, où il renouvelle une discipline populaire de la magie classique : l’apparition d’oiseaux…

Mais il introduit de nouveaux accessoires comme des écharpes, origamis, argile et même yo-yo pour faire apparaître colombes et perroquets. Elégante, gracieuse, rythmée et techniquement parfaite, ce numéro est influencé par le maître en la matière, Channing Pollock. Mais Jason Byrne apporte une vraie plus-value grâce à une gestuelle très précise et originale de tous ses mouvements. Costume et accessoires aux belles couleurs accentuent le symbolisme des effets magiques de ce numéro parfait.

 Kellie Eastwood

Née dans une famille d’artistes. Mère: Heidi Eastwood, danseuse et acrobate, père: Wally Eastwood, jongleur de renommée mondiale et présentateur de V. (voir l’article précédent sur ce spectacle dans Le Théâtre du Blog). Dans une numéro d’imitation, elle interprète en play-back des chansons. Costumée en Prince, Justin Bieber, Michael Jackson, Bruno Mars, Britney Spears, Lady Gaga, Katy Perry et Beyonce… Pour passer d’un artiste à un autre, elle utilise le « quick-change » et elle assure la chorégraphie, accompagnée par des danseurs qui l’aident à changer de costume. Le numéro se termine avec trois changements de robe successifs derrière les grandes ailes d’un ange…

Ce numéro, créé il y a un an,  n’est pas rodé: les phases de transition entre personnages manquent de fluidité et certains changements de costume sont approximatifs ou trop longs. Bref, il y a encore du travail en perspective…

Russ Merlin 

Avant de s’installer définitivement à Las Vegas, le jongleur, magicien et comédien s’est produit un peu partout dans le monde dans des théâtres et casinos, sur des navires de croisière… Il travaille ensuite à Atlantic City, avant de rejoindre la capitale du Nevada comme attraction dans plusieurs hôtels-casinos,  avant de poser ses valises au Venetian et au Planet Hollywood avec V, dont il est un des piliers avec Wally Eastwood.

A la fin des années 1990, Russ Merlin abandonne la jonglerie et la magie pour  créer un numéro qui devient vite un succès public et commercial jusqu’à aujourd’hui. Son Random act mélange comédie, marionnettes et participation active du public. Il demande à quatre volontaires de s’asseoir sur des chaises disposées en ligne et affuble chaque spectateur d’un masque caricatural. Il leur demande de faire un geste précis à chaque fois qu’il leur tapera sur l’épaule (OK, avec les pouces, Moyen, avec la main droite, faire coucou et envoyer un baiser, jouer au chef d’orchestre)… Russ Merlin joue avec ces volontaires comme avec des marionnettes et leur donne ensuite trois ballons à gonfler dans une sorte de concours joué d’avance mais les dés sont pipés (le dernier spectateur étant le bouc émissaire de la séance). Un divertissement qui fait participer tout le public, sans ridiculiser les volontaires: une valeur sûre de Las Vegas.

Iouri et Gabor

Ils ont voyagé dans les plus grands cirques du monde, avant de rejoindre les revues à Las Vegas. Iouri vient d’une école d’acrobatie russe et fait partie du cirque de Moscou. Gabor a travaillé à Budapest et dans d’autres villes de Hongrie et a été membre du Cirque international hongrois. Ils sont allés aux États-Unis après avoir reçu le prix Ringling. Ces athlètes présentent une performance parfaite de main à main avec des équilibres défiant les lois de la pesanteur. Un numéro d’une incroyable démonstration de force, endurance et précision, avec des mouvements très difficiles et sans effort apparent, qui captivent le public. Cette discipline s’est démocratisée au début des années 2.000 et il faut être le plus original et le meilleur pour sortir du lot. Iouri et Gabor nous offrent un moment rare où l’exigence physique, la concentration et la confiance entre artistes sont indispensables. Fin du spectacle avec ce numéro parfait.

Le public est ensuite invité à rejoindre la sortie où les attendent tous les artistes de la soirée, Wally Eastwood en tête qui essaie de vendre ses DVD. Puis tous prennent place sur une étrange estrade comme des mannequins dans une vitrine que l’on a juste le droit de regarder…Comme tout spectacle avec enchaînement de différents numéros, le résultat est donc inégal.  On est obligé de juger malgré soi, que l’on ait aimé ou non ; c’est la règle du jeu et il en faut pour pour tous les goûts. A part les Crazy Gauchos dont le numéro n’a pas sa place à Las Vegas, l’ensemble est de bonne facture  et d’une grande diversité et de vrais beaux moments. Pour un prix modique, comme toutes les productions Saxe, le spectacle est au rendez-vous et le public ne s’y trompe pas en venant depuis dix-huit ans !

 Sébastien Bazou

 Spectacle vu au V Theater, Planet Hollywood  à Las Vegas.

 


Archive pour septembre, 2019

V, The Ultimate variety Show de David Saxe

V The Ultimate Variety Show - copieV, The Ultimate variety Show de David Saxe

Un spectacle familial par excellence dans la tradition de la variété et des plateaux d’artistes et présenté  la première fois au Venetian en 2001. Trois ans plus tard,David  Saxe ouvre son propre théâtre pour accueillir cette création et développer d’autres productions. Il choisit le Planet Hollywood. L’Ovation Theater, qui deviendra vite le V Theater, est né…

Une douzaine de numéros composent ce spectacle avec sept numéros qui changent selon la disponibilité des artistes. Présenté depuis sa création par l’indéboulonnable jongleur et comédien Wally Eastwood, dont le charisme et la complicité avec le public font de lui une valeur sûre. David Saxe est né dans le milieu du spectacle : mère danseuse dans la revue historique des Folies Bergère et père saxophoniste dans le célèbre groupe The Rat Pack. Il a grandi dans les coulisses de Las Vegas, aidant à la production de spectacles, organisant des soirées pour les dîners d’entreprise, arrangeant des instruments de musique pour des groupes et allant même jusqu’à concevoir du matériel théâtral pour créer ses propres effets spéciaux.

Ses deux sœurs, Suzanne et Melinda sont aussi devenues artistes. À dix-sept ans, David Saxe produit le premier spectacle de Melinda, « la première dame de la magie », au Bourbon Street Hotel and Casino,  ce qui fait de lui le plus jeune producteur de l’histoire de Las Vegas. Sa carrière décolle rapidement et il ouvre son premier théâtre à San Francisco; à trente ans, il a produit vingt-cinq spectacles sur les scènes d’Atlantic City, du lac Tahoe, de Branson, de Philadelphie mais aussi au Japon.

En 2004, il ouvre le V Theatre à Las Vegas pour accueillir V – The Ultimate Variety Show, toujours à l’affiche aujourd’hui. Et il a produit plus d’une trentaine de spectacles dans cette salle et beaucoup sont magiques : The Mentalist, Marc Savard Comedy Hypnosis, Melinda – the First Lady of Magic, The Magic and Tigers of Rick Thomas, La Femme Magique, Scarlett – Princess of Magic, Showgirls of Magic.

Il inaugurera en 2010 un deuxième théâtre, Le Saxe Theater avec VEGAS! The show, puis Beatleshow et Nathan Burton, Comedy Magic. Au fil des années, David Saxe Productions est devenue la plus grande société de divertissement de Las Vegas. Avec un centre ultramoderne de 20.000 m2 comprenant salles de répétition, département marketing, équipe de graphistes, studios avec écran vert pour incrustations numériques, studios photo et entrepôt d’accessoires…

 Le spectacle commence par la projection vidéo de vieilles images de « visuels » ayant fait de Vegas, la ville de toutes les disciplines de la scène : cirque, magie, comédie, musique… Une tradition qui va revivre ici avec Wally Eastwood comprenant exercices de jonglage et scène de comédie… Wally Eastwood était le plus ancien jongleur comique de l’histoire de Las Vegas. Né en 1964 à Alexandria (Virginie)  dans une famille américano-mexicaine de trapézistes-acrobates sur six générations, Les Padilla, aussi connus au Mexique que les Ringling aux Etats-Unis).

 E9C1033A-D5CC-46C0-9D83-4E19FEAB4BE3Wally Eastwood acquière très vite les techniques de cirque et de gymnastique  et commence à se produire en public à sept ans avec sa famille. Un an plus tard, il porte un costume de gorille dans un numéro comique et de douze à quatorze ans, conduit un monocycle au cirque Carson & Barnes où il rencontre le Canadien Réjean St. Jules qui l’initie au jonglage. Ils travaillent ensemble et à la fin de la tournée, Eastwood participe à la performance de St. Jules. Mais après avoir  chuté de son monocycle, il se concentrera uniquement au jonglage. Et il créera ensuite un premier solo énergique de sept minutes où il associe vitesse et sens du spectacle… Très influencé par son idole, le jongleur allemand Francis Brunn, il unit sa discipline à la danse et donne une touche chorégraphique à son numéro avec pirouettes et sauts périlleux.

 Au milieu des années 1980, le jeune Wally Eastwood tourne dans les grands cirques d’Amérique comme Le Vargas Circus, Le Royal Hanneford Circus ou Le Shrine Circus et se présente comme « le jongleur le plus rapide du monde ». Il fait ensuite une grande tournée mondiale, traversant plus de vingt-cinq pays, avant de poser ses valises à Las Vegas dans les années 90. Le très rapide Wally Eastwood a aussi  la capacité de se connecter avec tout le public, ce qui n’est pas facile pour les jongleurs  qui se concentrent sur leur technique. Présentateur de V.,  Il introduit les différents artistes et présente lui-même trois numéros. En jonglant avec des massues de plus en plus vite. Puis avec des chapeaux, et des balles de ping-pong dans la bouche. Et enfin avec trois balles sur une structure qui crée des sons, puis ensuite avec quatre, sur un synthétiseur qui produit des mélodies différentes.

Les passages sont parfaits et l’artiste a un vrai sens de la comédie. Il ne nous épargne pas ce qui fait la spécificité de la plupart des spectacles à Vegas depuis longtemps : la séquence émotion et la « success story » du rêve américain… Il nous parle donc de sa famille circassienne, photos de famille à l’appui, et de son passé d’immigré mexicain qui a réussi dans ce magnifique pays que sont les Etats-Unis !

 A suivre..

Sébastien Bazou

Spectacle vu récemment à Las Vegas

Orlando, d’après le roman de Virginia Woolf, mise en scène de Katie Mitchell

Orlando, d’après le roman de Virginia Woolf, adaptation d’Alice Birch, mise en scène de Katie Mitchell (en allemand, surtitré en français)

© Stephen Cummiskey

© Stephen Cummiskey

Ce roman (paru 1928, il a donc  déjà presque un siècle) avait été inspiré à l’écrivaine par son amoureuse Vita Sackville-West et on avait pu en voir en 93 sur ce même plateau une adaptation et une mise en scène de Bob Wilson, avec une seule actrice Isabelle Huppert. La britannique -et très féministe- Katie Mitchell, déjà connue en France par La Maladie de la mort de Marguerite Duras, Orphée et Eurydice d’Elfriede Jelinek ou Zauberland (Le Pays enchanté) (voir Le Théâtre du Blog) prend sur ce même plateau le relais  mais cette fois avec un dispositif scénographique d’Alex Eales et les remarquables acteurs et techniciens de la célèbre  Schaubühne de Berlin…

Cela se passe sous le règne d’Elizabeth I. et un noble anglais, Orlando, va continuer à vivre jusqu’à nous c’est à dire jusqu’en 1928 chez Virginia Wooolf et ici dans une Angleterre tout à fait contemporaine avec ses manifestations contre le Brexit. Dans ce roman tout à fait étonnant, Orlando a trente-six ans et aura donc vieilli d’une vingtaine d’années en plus de trois siècles et demi. Mais devenu femme, il garde la même identité intérieure. Sur le grand plateau de l’Odéon, une impressionnante scénographie, signée comme les costumes Sussie Juhlin-Wahlen, qui reprend celle des spectacles de Katie Mitchell:  un vrai faux studio de cinéma avec caméras et perches un peu partout, un travelling en bord de scène, quelques parois sur roues et des éléments de décor (cheminée « en pierre » grande table de château avec assiettes, pots en étain, chandeliers et bougies allumées, lits, etc. assiettes mais aussi cuisine et salle de bains contemporaines, rangées de sièges d’avion !) Le tout avec de gros moyens et dirigé avec une grande virtuosité pour servir de décor, parfois avec incrustation, aux scènes d’intérieur que l’on verra se succéder  à celles tournées en extérieur. Le tout  sur grand écran au-dessus de la scène. Au même niveau, une cabine où une actrice va dire au micro, quand il n’y a pas de dialogues, le récit de cette incroyable aventure imaginée par Virginia Woolf qui se demande, dans un geste queer absolument inédit à son époque, pourquoi les hommes ont-ils accès à la richesse et à la gloire, alors que les femmes en sont dépossédées ?

 «Orlando, dit-elle, était devenu une femme – la chose est incontestable. Mais à tout autre égard, Orlando restait exactement tel qu’il avait été. Le changement de sexe, bien qu’il altérât leur avenir, n’altéra aucunement leur identité.» (…) «Le changement semblait s’être réalisé sans peine et jusqu’à son terme et d’une manière telle qu’Orlando elle-même n’en laissait paraître aucune surprise. Bien des gens, prenant cela en considération, et tenant qu’un tel changement de sexe est contre nature, n’ont eu de cesse de prouver : 1° qu’Orlando avait toujours été une femme, 2° qu’Orlando est à cet instant un homme. Que les biologistes et les psychologues en décident. Il nous suffit de poser ce simple fait : Orlando fut un homme jusqu’à l’âge de trente ans ; moment où il devint une femme et l’est resté jusqu’à ce jour sans désemparer. »

Ici, on devine, plus qu’on ne voit vraiment, le décor en train d’être monté par les techniciens, cadreurs, habilleuses et maquilleuses avec une précision rare sur une scène française. C’est une sorte de ballet incessant où tout arrive comme par magie à se mettre en place à la seconde et à l’endroit précis. Aucune rupture de rythme dans ces changements de scènes… Sans doute le procédé n’est pas neuf et les metteurs en scène allemands maîtrisent parfaitement au théâtre cette transmission sur grand écran d’une scène en train d’être filmée. Mais ici, c’est du grand art et on assiste avec plaisir à cette mise en abyme, même si l’essentiel est donc du cinéma et se passe donc sur l’écran, puisqu’on devine plutôt qu’on ne voit ce qui se passe  sur le plateau volontairement peu éclairé. Et  le plus grand  plaisir  pour le public est bien entendu -et cela marche à tous les coups- de voir un acte artistique en train de se faire- et de savourer aussi la fabuleuse interprétation des acteurs allemands de la Schaubühne de Berlin. Il ont d’une scène à l’autre une  très rare maîtrise de l’espace et du temps… 

Seul bémols : quelques longueurs vers la fin qui arrive subitement et où la metteuse en scène ne semble pas aussi sûre d’elle et des sur-titrages en français sur l’écran pas toujours bien lisibles. Même si on n’est pas forcément attiré par la dramaturgie de cet Orlando à travers les siècles et par cette mise en abyme, ce spectacle participe d’une leçon de théâtre réussie, avec, d’une qualité exceptionnelle: l’ intelligence du jeu,  la pertinence de la scénographie et la virtuosité de la mise en scène…

 Philippe du Vignal

Jusqu’au 29 septembre, Théâtre de l’Odéon, 2 rue Corneille, Paris (VI ème). T. : 01 44 85 40 40

 

Tout doit disparaître, direction et chorégraphie Philippe Decouflé

Tout doit disparaître, direction et chorégraphie de Philippe Decouflé

©Jean Couturier

©Jean Couturier

L’événement de cette rentrée : c’est la première fois en France, qu’un chorégraphe montre un condensé de sa longue carrière avec des extraits de spectacles et de performances dansées. Soit une traversée de quatre à cinq heures dans  les nombreux espaces du Théâtre National de la Danse de Chaillot. Avec soixante personnes impliquées dans cette aventure!  Soit quarante danseurs, comédiens, acrobates mais aussi des élèves du Conservatoire Supérieur de Musique et de Danse de Paris, neuf musiciens  et le chanteur Nosfell. «La compagnie D.C.A.,  n’a jamais constitué un répertoire, dit le chorégraphe. Au bout de quelques années, une pièce cesse de tourner et  fait place à la suivante. Et avec Tout doit disparaître, j’ai voulu rassembler tous les interprètes de ma compagnie et reprendre des extraits de pièces, au plus proche de ce qu’elles ont été, avec celles et ceux qui les ont créées.»

Soit trente-cinq ans de vie qui défilent… Nous avons l’immense plaisir de revoir des fragments de pièces emblématiques comme Tranche de cake (1.984), Triton (1.990), Decodex (1.995), Shazam! (1.997)…Visites guidées, parades et expositions s’ajoutent à ce feu d’artifice visuel. Nous redécouvrons le côté artisanal, inventif et novateur des créations des années 80 et 90 qui, à l’époque, n’étaient pas polluées par des effets numériques, trop répandus aujourd’hui. Philippe Decouflé rend par la même occasion un sublime hommage à ses danseurs: on revoit ainsi avec émotion Christophe Salengro, disparu il y a quelques années. Un admirable voyage dans le passé et on perçoit comment  le chorégraphe dirige maintenant ses interprètes dont certains, telle Nancy Rusek, ne sont pas montés sur un plateau depuis au moins dix ans. Elle reprend un rôle dans Petites pièces montées et retrouve le sien dans un extrait de Decodex. «Philippe, confie-t-elle, est moins dirigiste qu’à la création et nous dit d’y aller à fond, de trouver l’énergie de faire comme l’on peut!  Mon corps retrouve ses automatismes mais, après de longues journées de répétition,  il est sensible et douloureux parfois.»

Un travail de mémoire corporelle et une expérience unique qui obligent l’artiste à faire un retour sur lui-même. «Avec l’aide, précise Nancy Rusek, d’une musique jouée en direct : chacun des interprètes s’adaptent à la renaissance corporelle, dans la posture et le mouvement du danseur.» Pour Decodex, elle a remis le costume d’écorché  qu’elle portait il y a vingt-quatre ans: une expérience troublante pour elle car le corps change! Nous retrouvons aussi la magie des costumes de l’époque conçus par Philippe Guillotel et Laurence Chalou : un véritable défilé de mode… Philippe Decouflé vient du cirque et ses créations gaies et festives ont toujours mêlé danse, acrobatie, burlesque… Il faut aller découvrir ce gigantesque livre de souvenirs  et goûter sans modération à ces  friandises d’un autre temps.

Jean Couturier

Théâtre National de la Danse de Chaillot, 1 place du Trocadéro,  Paris (XVI ème). T. : 01 53 65 30 00. Du 27 septembre au 6 octobre.
Début du parcours: entre 18 h et 19 h, du mardi au vendredi, entre 15 h 30 et 16 h30 le samedi; et entre 12h et 13 h, le dimanche.

Festival mondial des Théâtres de marionnettes 2019 à Charleville-Mézières (Ardennes) L’Enfant, adaptation de La Mort de Tintagiles de Maurice Maeterlinck, mise en scène d’Elise Vigneron

 

Festival mondial des Théâtres de marionnettes à Charleville-Mézières (Ardennes)

L’Enfant, adaptation de La Mort de Tintagiles de Maurice Maeterlinck, mise en scène d’Elise Vigneron (tout public dès quatorze ans)

©Benoît Schupp

©Benoît Schupp

Cette comédienne-marionnettiste et metteuse en scène, diplômée de l’ E.S.N.A.M. est passionnée de recherches plastiques. Elle s’est emparée de cette pièce (1894) réputée irreprésentable, avec des marionnettes à fils, moins pour conduire un récit que pour en révéler le symbolisme. Avec au-delà de la fable, une vision métaphysique, mystique autour du thème du passage: vie et mort, visible et invisible, fini et infini, en libérant des lignes de démarcation approximatives.

 Ygraine, une des sœurs du garçon, est incarnée par une comédienne mais Tintagiles, lui, est représenté par une marionnette gracieuse, suspendue à de longs fils qui donnent à cet enfant une corporéité flottante, des mouvements amples et lents. Soit un personnage apaisé à la tranquillité intérieure et proche d’un fantôme. L’Enfant, assis dans les bras sororaux, a une blancheur lumineuse mais la Reine, dévoreuse d’Enfant, représente un menace.

 L’espace, dont Elise Vigneron a imaginé la scénographie, invite à un vagabondage et à une immersion physique visuelle et sonore. C’est une ode poétique construite et déconstruite à chaque représentation, au rythme de l’arrivée du public sur le plateau : métaphore de l’impermanence du monde et d’un rapport sensoriel et immédiat à l’acte théâtral… Le son épouse ici la dramaturgie : Julien Tamisier et Pascal Charrier se sont inspirés de la partition de Jean Nougues pour composer une pièce musicale à partir d’un piano préparé: cordes frappées, tapées, impacts, grondements… Un univers entêtant où se mêlent voix, vibrations et sons organiques.

 Nous sommes accueillis dans un couloir obscur; sur les murs, sont écrites à la craie quelques lignes de Maurice Maeterlinck. Ygraine mène une danse poétique savante, proclamant avec une conviction fébrile, sa volonté de se libérer d’une reine tyrannique et de préserver l’Enfant. Puis, nous pénétrons dans une salle délabrée du château abandonné et prenons place sur des tronçons de bois ou sur le sol couvert de gravats. Des jets de poussière tombent du plafond: dégradation et manque d’entretien tangibles… Dans ce vaste palais endormi et jadis fastueux, cette salle est éclairée par un lustre aux cristaux éblouissants mais aussi par d’humbles petites bougies tremblantes. En guise de murs intérieurs, des parois en planches et des lambris donnent à la pièce la chaleur requise. Trois portes la font respirer quand elles s’ouvrent mais elles sont vite refermées par des servantes de scène: l’autre sœur, Bellangère et les femmes de chambre de la Reine, peut-être : des manipulatrices qui œuvrent dans le silence de la nuit.

 Pour se protéger de la volonté d’usurpation de la Reine, Ygraine s’enferme avec l’Enfant dans la pièce principale. Dans l’ombre, les portes claquent et les  interprètes mettent des planches en croix pour faire barrage à l’intruse. Un temps médiéval est au rendez-vous et nous sommes invités à voir un conte fantastique où l’Enfant disparaît, saisi par la Reine et la Mort. Ygraine pourtant rattrapera le petit disparu, le touchant presque et l’invitant à revenir à la vie… Un moment de théâtre admirable de tension où l’Enfant est un roi, bercé dans les bras de la sœur, protégé et choyé par celle qui l’aime et que ce même amour sauvera. Avec trois complices, la comédienne Stéphanie Farison, la marionnettiste Sarah Lascar et Elise Vigneron. Une installation poétique et une invitation à aller dans un château mystérieux et joliment «habité ».

 Véronique Hotte

Spectacle joué à Charleville-Mézières (Ardennes), les 20, 21 et 22 septembre.

Le Misanthrope de Molière, mise en scène d’Alain Françon

©Michel Corbou

©Michel Corbou

 

Le Misanthrope de Molière, mise en scène d’Alain Françon

Alain Françon à qui on doit de magnifiques mises en scène, aura monté les plus grands auteurs contemporains comme, entre autres, Edward Bond, Peter Handke, Botho Strauss  ou des classiques : Ibsen, Tchekhov, Goldoni… (voir Le Théâtre du Blog) et aussi Le Menteur de Corneille. Mais il n’avait jamais encore mis en scène une comédie de notre auteur national qui créa Le Misanthrope en 1666, alors qu’il écrivait une nouvelle version de son Tartuffe pour obtenir enfin l’autorisation de le jouer en public. Succès limité: vingt-quatre représentations mais trois siècles après, la pièce, au style et à la langue en alexandrins absolument admirables, n’en finit pas d’être  jouée et souvent par de jeunes compagnies.

Dans Le Misanthrope, dit Alain Françon, «Pas de bourgeois prosateur inconscient, de marâtre intéressée ni de pater familias sous la table, pas de servante pour raisonner, pas de médecin pour entuber, pas de coups de bâton, de cassette ni de galère, de petit chat ni de poumon -pas de ridicule? Exit la famille, exit la bourgeoisie. Cette pièce est singulière dans la production théâtrale de Molière.» Une analyse tout à fait juste. Ici, la parole chez ces grands bourgeois est un instrument capital (voir Dario Fo) et le texte, le moteur de l’action. Avec des personnages jeunes et fougueux auxquels la Cour du Roi et ses codes servent de référence permanente…

Alceste, un homme jeune intelligent mais du genre intransigeant, déteste l’hypocrisie et prône la sincérité. Pas vraiment ridicule, il reste sympathique jusque dans ses excès quand il trouve laid, le genre humain et reste, contre toute attente, amoureux jusqu’au bout de cette veuve, belle et coquette et… assez insupportable. La jeune Célimène entend vivre sa vie mais lui pourrit la sienne en cherchant des appuis dans  une  société mondaine qu’il exècre. Elle ment aussi avec finesse en permanence ou presque, ce qui exaspère cet amoureux qui n’a pas tort de se méfier et qui exige d’elle plus de clarté… Ce qu’elle ne supporte pas.

Philinte, le grand ami d’Alceste lui fait gentiment remarquer que le mensonge ou du moins la dissimulation sont à la base même de toute vie en société. Mais rien à faire, Alceste a envie d’en découdre et le stupide Oronte qui se prétend poète, fera les frais le premier de cette intransigeance. Il écoute à peine Arsinoé qui, lui dessine un portrait peu flatteur de cette Célimène, menteuse et hypocrite, mais la douce Eliante, elle,  lui montre toute son affection. Un véritable ami, deux amoureuses : Alceste n’est donc pas seul et a des atouts mais rien à faire, il continue à aimer cette séductrice patentée et voudrait même l’épouser. Mais voilà, rien n’est dans l’axe et il y a un évident conflit d’intérêts comme on dit maintenant: Célimène a son réseau de relations mondaines et ne se prive pas de cultiver une certaine perversité avec les hommes qu’elle rencontre. Notamment avec les petits marquis de son entourage et avec Oronte, ce faux écrivain dont Alceste a durement critiqué un poème…

Et à la fin, même quand il découvre la cruauté dont Célimène fait preuve envers ses «amis», grâce à des lettres d’elle qui seront lues en public, il est encore prêt à lui pardonner. Et dans la très belle scène finale, Célimène descendue en flèche par ses proches, reste bien seule et triste… Peut-être pas pour longtemps?  Complètement aveugle, Alceste tire ses dernières cartouches et lui propose alors bizarrement de se retirer avec lui dans un désert ! Il n’a plus guère le choix : il n’attire plus Arsinoé et Eliante, elle aussi lucide, a choisi de vivre avec Philinte. Alceste en homme radical intransigeant est prêt à tout pardonner à Célimène mais plus cynique et plus lucide aussi, elle lui refusera un mariage voué à un échec évident… Une fin amère : l’orgueilleux Alceste quittera ce milieu où il n’a jamais voulu ou su prendre vraiment sa place: «Trahi de toutes parts, accablé d’injustices, je vais sortir d’un gouffre où triomphent les vices./Et chercher sur la terre un endroit écarté/Où d’être homme d’honneur, on ait la liberté. » Quel texte formidable sur les relations entre hommes et femmes où on sent l’amertume de Molière…

Sur le plateau, une remarquable scénographie signée Jacques Gabel : une antichambre carrelée avec un mur blanc aux baguettes légèrement dorées doté de trois fenêtres et côté jardin, un autre mur couvert de boiserie sombre avec une la seule entrée.  Cela pourrait se passer dans un hôtel particulier XVII ème à Paris. Quelques banquettes au velours rouge ou bleu pâle et aux pieds dorés. Et en fond de scène,  une grande photo d’arbres couverts de givre. Sur le petit plateau de l’Espace Cardin, malcommode et sans dégagements, ce décor intimiste est une vraie réussite. Belle lumière d’hiver imaginée par Joël Hourbeigt. Costumes trois pièces noirs ou sombres, chemise blanche et cravate pour les hommes et tailleur-pantalon tout aussi noir puis longue robe fendue, encore noir et blanc pour Célimène. Bref, ce n’est pas la folle gaieté…

Le grand mérite de cette mise en scène est l’impressionnante direction d’acteurs d’Alain Françon avec, au centre bien entendu, Alceste joué avec une grande subtilité par Gilles Privat. On en a vu des Alceste mais rarement avec cette présence et cette vérité… Le jeu de tous les acteurs sans exception est toujours juste et précis, fondé sur l’expression de l’alexandrin. Avec une unité exceptionnelle: aucun vedettariat, aucune criaillerie, aucune boulage de texte, aucune scorie visuelle ou sonore mais un juste équilibre entre les éléments scéniques et un plaisir extrême à  écouter la langue de Molière.«Il s’est agi, dit Alain Françon, de trouver le bon rythme, en accord avec le sens, faire que la métrique épouse la syntaxe. Avec les acteurs, nous avons travaillé vers après vers. Je leur demandais de choisir – car c’est un problème de choix – sur quel mot porter une intonation particulière; de penser à ce qu’ils voulaient donner à entendre. » Pari réussi : on entend le texte comme jamais dans un bon rapport scène salle grâce à des acteurs à l’unité de jeu exceptionnelle. Et  Gilles Privat est bien entouré  par Pierre-François Garel (Philinthe), Régis Royer (Oronte), Marie Vialle (Célimène), Lola Riccaboni ( Eliante, Dominique Valadié (Arsinoé), Pierre-Antoine Dubey (Acaste) David Casada (Clitandre).

Un bémol ? Oui, même un gros… On comprend mal qu’Alain Françon ait emmené ce Misanthrope vers une certaine froideur, une tristesse distinguée et un manque d’humour presque complet. Comme s’il avait oublié que la pièce est bien une comédie ; ainsi la scène avec les petits marquis aurait mérité d’être traitée, sans tomber dans la caricature facile, avec plus de drôlerie Et même si le travail remarquable de Marie Vialle n’est pas en cause, cette Célimène que le metteur en scène a imaginé frise parfois le contre-sens. On comprend mal qu’une jeune femme de vingt ans -c’est dit dans le texte- qui est aussi froide et aussi peu souriante, puisse attirer les hommes comme un aimant. Ici, on ne sent guère exister les passions amoureuses. Dominique Valadié, actrice exceptionnelle, est elle aussi froide et effacée et les petits marquis n’ont vraiment  rien de comique ou si peu…

On aurait aimé qu’Alain Françon nous épargne cette sinistrose qui pèse souvent sur sa mise en scène; même s’il annonce la couleur avec ce fond de scène d’arbres couverts de givre. C’était une représentation de  dimanche après-midi mais le parcours pour arriver jusqu’à l’Espace Cardin avait été difficile et fatiguant à cause de nombreuses station de métro fermées et de rues interdites par des armées de C.R.S. Et ceci explique peut-être cela : le public fatigué restait un peu interloqué devant tant de froideur et ne riait guère et les applaudissements ont été un peu avares.

Bref, une mise en scène remarquable de précision, clarté, solidité et finesse mais comme sans grande empathie pour les personnages imaginés par Molière. Ici, ils restent, surtout Alceste, crédibles mais loin, très loin de nous, sans doute trop sagement joués. Alain Françon nous offre une vision du Misanthrope un peu sèche et on ressort de là déçu. Dommage! Enfin reste le plaisir d’entendre le texte de cette comédie qui, plus de trois siècles après, est toujours aussi exceptionnel.

Philippe du Vignal

 Jusqu’au 12 octobre, Théâtre de la Ville-Espace Cardin, 1 avenue Gabriel, Paris (VIII ème). T. : 01 42 74 22 77.

Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes à Charleville-Mézières (Ardennes)

Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes à Charleville-Mézières (Ardennes).

The Honey Let’s go home opera par le Bread and Puppet Theatre, mise en scène de Peter Schuman

©Reynaldo Castro.

©Reynaldo Castro.

En quelque cinquante ans, la célèbre compagnie aura marqué le monde du théâtre occidental et la culture populaire américaine. Avec des marionnettes géantes ou non, en matériaux pauvres, avec aussi un art au plus près des publics, un engagement politique, un accompagnement musical juste et des signatures qui font la recette d’un activisme festif et artistique. Né en effet au début des années 60 dans l’effervescence de l’activisme politique et de la contre-culture, le Bread and Puppet de Peter Schuman s’est notamment illustré  à New York lors de manifestations contre la guerre au Vietnam… Ce qui aura durablement marqué l’esthétique de la compagnie avec une tendance aux slogans politiques…

Honey Let’s go home, un opéra en carton, utilise les musiques de Monteverdi, Brahms, Mozart, et Berg pour ridiculiser et rendre grotesque l’immense néant et l’oppression de la vie contemporaine.  Avec des cadres de carton  aux des visages dessinés de profil façon B. D.  et impératives et antipathiques, des bouches ouvertes hurlant des ordres, loin de toute humanité. Surgissent sur le plateau des sculptures géantes ou à la taille des interprètes qui déclenchent leurs mouvements avec leur corps.  Ils portent masques et costumes  en papier et  carton, avec des effigies, des marionnettes à figure humaine ou à connotation animale, tout à fait significatives. Ils marchent et avancent sur la scène en un chœur où nul ne se distingue car faisant partie d’une communauté artistique. Avec pour principe : «La Planéité seule peut nous sauver. » Le carton devient ainsi un support pour une révolte contre un système qui gouverne notre vie collective.

Une œuvre colorée, pleine d’humour et d’une poésie fantasque où le carton sert de matériau   pour fabriquer des marionnettes, masques, illustrations de B.D., et costumes. A l’occasion du retour exceptionnel de cette compagnie au Festival, une vingtaine d’habitants se mêlent à ce spectacle participatif pour former le chœur. Ici, la société ultralibérale est montrée du doigt, l’état de la planète, avec humour mais sans vouloir donner  une leçon de morale. On se moque mais, l’air de rien, on chante l’opéra merveilleusement, comme en passant et au milieu d’une foule bigarrée et nombreuse qui, venue de la salle, investit la scène en dansant.

En couleurs vives, le Bread and Puppet délivre un message politique mais il a toujours la capacité d’amuser le public. Cette troupe historique a gardé la ferveur de son engagement et la passion pour une vie meilleure; elle ne connaît ni usure ni lassitude et s’implique encore dans le présent.  Avec ce spectacle, elle met en scène un feu d’artifice qui dénonce la violence, la cupidité, les guerres et la satisfaction grotesque des puissants aveugles…

Véronique Hotte

Spectacle joué à Charleville-Mézières (Ardennes), les 20, 21 et 22 septembre.

 

Le Prix du Lucernaire Laurent Terzieff-Pascale de Boysson 2019

Le Prix du Lucernaire Laurent Terzieff-Pascale de Boysson 2019

Créé il y a juste cinquante ans, dans une ancienne usine de soudure, impasse d’Odessa qui donne sur la rue de la Gaieté et depuis situé rue Notre-Dame-des-Champs, le Théâtre du Lucernaire a depuis vu passer beaucoup d’artistes et connu des hauts et des bas dans sa fréquentation. Pourtant un artiste, et non des moindres, lui a toujours été fidèle : Laurent Terzieff qui a accepté d’y jouer même dans des conditions financières  difficiles.

En mémoire de cette fidélité, Benoît Lavigne, l’actuel directeur du Lucernaire a  donné le nom du grand acteur au prix qu’il a créé, en association avec la S.A.C.D. et les éditions de l’Harmattan, propriétaires du théâtre. Le comité artistique est composé des proches compagnons du couple Terzieff-Boysson et des collaborateurs du Lucernaire. Le prix est destiné à soutenir le texte d’un auteur contemporain et le projet de création qui l’accompagne. La compagnie lauréate reçoit une dotation de 10.000 euros de L’Harmattan mais aussi un soutien financier de la S.A.C.D. Le projet est ensuite programmé au Lucernaire, la saison suivante.

Seasonnal Affective Disorder de la compagnie Léla a été lauréat de la première édition du Prix en 2017 et cette création a reçu le prix du Meilleur spectacle de théâtre privé  l’an passé. Le second prix avait été attribué à Jalie Barcilon pour Tigrane de la compagnie Lisa Klax, un spectacle qui sera présenté au Lucernaire cette saison.

F172C578-FBE0-4942-8BA6-7858CF040A55Pour sa troisième édition, le jury a choisi de récompenser à l’unanimité, le 23 septembre, A Bout de sueurs d’Hakim Bah qui co-dirige la compagnie Paupières mobiles. Déjà lauréat de l’Aide à la création attribuée par Artcena, le texte, publié par Lansman éditeur, poursuit, avec cette récompense, une belle reconnaissance professionnelle. Grâce aux soutiens financiers accordés, la compagnie pourra développer son budget de production et créer son spectacle en 2020 au  Lucernaire.

Hakim Bah a écrit A Bout de sueurs, en réaction à des faits bien connus comme la mort de ces deux enfants guinéens, retrouvés gelés dans le train d’atterrissage d’un avion à Bruxelles en 1999 et à d’autres faits, méconnus, comme le rôle d’Internet dans le désir des femmes africaines d’aller vivre en Europe ou de sortir de la contrainte familiale pour rencontrer d’autres hommes. Enfin, il a voulu donner à la ville le statut d’un personnage à part entière avec environnement sonore, couleur des bavardages et sons des radios.

Hakim Bah, né en 1987 en Guinée, a suivi une formation d’ingénierie en informatique puis s’est tourné vers la scène en suivant une formation à Nanterre. Grâce à des résidences d’écriture, en particulier aux Francophonies en Limousin, au Théâtre de l’Aquarium à la Cartoucherie de Vincennes ou au Centre Inter-Mondes de La Rochelle, il a pu faire connaître son écriture si particulière:  celle de la parole et d’une fiction souvent resserrée jusqu’à l’étouffement. Hakim Bah assure aussi la direction artistique du festival L’Univers des Mots à Conakry (Guinée).

Marie-Agnès Sevestre

Théâtre du Lucernaire, 53 rue Notre-Dame-des-Champs, Paris (VI ème).

Zombies , spectacle mort-vivant sur nos smartphones, direction d’ Alexandre Moisescot

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Zombies, direction d’Alexandre Moisescot, écriture et interprétation de Nicolas Beduneau, Alexandre Moisescot, Claire Schumm ou Aurélia Tastet

La compagnie Gérard Gérard, un collectif d’artistes et de techniciens qui travaillent ensemble depuis maintenant treize ans. Issue de l’Ecole du Théâtre National de Chaillot, c’est un outil de création : théâtre (rue et salle), cinéma, musique, danse… et réside au LIT, à Rivesaltes (Pyrénées Orientales). Son nouveau spectacle est fondé sur un thème de  science-fiction à base d’Internet et de smartphones. «Le genre humain, disent les concepteurs,  est en train de muter, il est aux portes du transhumanisme. Progrès technique à l’évidence, quels sont les dangers que ce changement comporte pour l’homme d’aujourd’hui et pour celui de demain ? En quoi et comment nos comportements évoluent-ils au quotidien ? En sommes-nous réellement conscients ? Comment peut-on maîtriser les mauvais symptômes d’un tel virus? Va-t-on, avec ces téléphones intelligents, vers la fin de l’homo-sapiens ? »

Sur un petit plateau au sol noir, deux hommes en combinaison blanche invitent Marie une jeune femme du public à les rejoindre pour effectuer sur elle une série de tests à partir de son seul numéro de portable. on verra alors apparaître sur un écran des éléments essentiels de son identité dévoilée contre sa volonté… Mais il ne lui reste que trois minutes à vivre et ses appels au secours, notamment à sa mère ne lui seront d’aucune utilité. Marie est manipulée les Gardiens de la Lumière bleue et mourra très vite. On verra ensuite son corps allongé sur une table et ces gardiens  le disséqueront et finiront par retrouver sa carte-mémoire. La suite du scénario est moins claire et on a un peu de mal à suivre… Marie accouchera d’un bébé et si on a bien compris, les personnages, guidés par la voix enregistrée et sinistre de Cloud-IA, abandonneront leur corps terrestre. Marie est en longue robe blanche avec une ceinture dorée et les gardiens eux s’enduisent la tête et le buste d’argile blanche,  sang et poussière noire…

« Nous sommes, dit Alexandre Moisescot, à la recherche d’une forme hybride, monstrueuse, composite, à l’image du sujet que nous traitons : mêlant bien sûr acteurs et technologies, chair et lithium mais aussi récit et rêverie, argile et hypnose. » La mise en scène de bonne qualité,  doit beaucoup à la remarquable réalisation sonore de Michaël Filler et aux images vidéo d’Eric Massua. Mais aussi à l’interprétation de Claire Schumm absolument remarquable. Nicolas Beduneau, Alexandre Moisescot font le boulot pour imposer ces personnage pas toujours très crédibles mais on comprend mal cette fin où ils s’enduisent d’argile, de sang et de noir le visage et le buste pendant de longues minutes… Le point faible en effet reste le scénario. La célèbre phrase d’Alfred Hitchcock: un bon film, c’est d’abord un bon scénario ensuite un bon scénario et enfin un bon scénario, vaut aussi  pour le théâtre. (voir Euripide mais aussi Beaumarchais, Feydeau, etc. ). Et les dialogues qui semblent souvent avoir été écrits sur un coin de table. Cette heure-vingt  parait donc longuette. Mais ce travail encore en cours peut encore évoluer… A suivre.

Philippe du Vignal

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Le spectacle a été présenté les 20 et 21 septembre à La Générale, 14 avenue Parmentier, Paris (XX ème)

Le 4 octobre, Festival L’Eveil d’Automne, La Générale à Paris; le 20 octobre,Théâtre de La Vista à Montpellier (Hérault); les 25 et 26 octobre, Palais des Fêtes de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales); le 31 octobre, SAS, Delémont (Suisse)

Du 4 au 9 novembre, Théâtre Jardin Passion à Namur (Belgique); le 16 novembre, Date Secrète à Paris. Et du 21 au 23 novembre, Théâtre des Gavroches à Brive-la-Gaillarde (Corrèze).

Zones théâtrales, Biennale du théâtre canadien francophone à Ottawa

Zones théâtrales, Biennale du théâtre canadien francophone à Ottawa

« Juste pour que tu saches, tu parles actually vraiment bien en français. On a tout’compris ce que tu disais, pis c’est ça qui compte vraiment. L’affaire où tu te sens coupable de pas bien pouvoir parler en français pis ça te fait t’excuser, ça c’est normal.On se sent toute de même, actually. Y’a rien de plus francophone que de penser que tu parles pas vraiment bien en français, écrit Céleste Godin dans Overlap

Huit spectacles, trois chantiers et cinq lectures sélectionnés dans tout le Canada : la vitalité du théâtre francophone éclate bien au-delà de la province de Québec. Une nouvelle génération arrive avec Gilles Poulin-Denis de Colombie Britannique, directeur artistique d’une manifestation qui n’a rien à envier au théâtre européen… Expérimentée, professionnelle, ambitieuse et concernée dans un moment politique marqué par les effets de la commission Réconciliation et Vérité. Instituée en particulier pour rendre aux communautés autochtones leur mémoire et les récits des «pensionnats indiens», outils d’une assimilation forcée et d’une acculturation violente (le dernier a fermé en 1996 !).

Chaque soir, les peuples premiers, les autochtones, ont été remerciés d’accueillir Zones Théâtrales sur leurs territoires «ni cédés, ni remis». Aucune thématique  n’a été imposée et plusieurs spectacles, dans leur diversité, tournent autour de l’identité, de la mémoire et de la reconquête des origines. Et, bien sûr de la francophonie…

Jack

Jack

Jack de Marie-Pierre Proulx suit la quête d’une jeune fille: refaire la route 50, Jack Kerouac en main, en hommage à son défunt grand-père globe-trotteur, jusqu’à « l’arbre aux souliers ». La pièce, à une voix et deux présences, est, bien sûr, linéaire, ponctuée d’arrêts plus ou moins inoffensifs pour la jeune fille… Peu de surprises mais un beau duo d’acteurs, souvent en parallèle et parfois en dialogue: France Huot et Jean-Marc Dalpé, lui d’une autre génération et qui joue le rôle de toutes ces rencontres bienveillantes, dans un espace astucieux et poétique : l’autrice est aussi scénographe…

 La Fille du Facteur, de et par Josée Thibault (Alberta) un autre récit des origines, errances et déracinements qui pèche par une scénographie encombrante et une certaine coquetterie dans le jeu. C’est aussi le thème de Manman la mer de Djennie Laguerre, une Canadienne d’origine haïtienne. Et si la guérison se trouvait dans un retour au pays, dans les retrouvailles avec une grand-mère qui connaît les secrets de la nature ?

Là où le sang se mêle de Kevin Loring.

Dans ce spectacle inaugural du Théâtre autochtone du Centre National des Arts à Ottawa, la question des origines est en jeu. Floyd incarne une génération perdue, coupée de ses racines. Séparé de sa fille qu’il a donnée en adoption, il vit au jour le jour avec des copains de bar. Quand elle le retrouve, elle-même en quête de ses origines, c’est sa jeunesse, c’est l’avenir qui permet à Floyd de renouer avec son passé.
En écoutant la pièce traduite en français par Charles Bender qui est aussi sur scène, on pense, au-delà de l’histoire des autochtones d’Amérique du Nord, aux immigrés et à la question de l’assimilation : aujourd’hui, ce sont souvent les petits-enfants qui partent en quête d’une mémoire occultée, refoulée, pour la rendre à leurs aînés. L’écriture est très classique, narrative et explicative à l’anglo-saxonne et le spectacle rejoint la tradition, avec un dispositif et un rituel très sobres, au début et à la fin du spectacle où le public est invité à un cercle de paix.

 Mokatek et l’Etoile disparue

Affirmation d’un théâtre à inventer, libéré des modèles «blancs»? On aura quand même entendu le chant d’une langue autochtone dans ce joli spectacle pour enfants. Le voyage initiatique d’un enfant en quête du sens de sa vie, est  joué par une marionnette: une sorte de géant courbé sous une tente et qui suit le vol d’un corbeau ami et de quelques autres animaux emblématiques, aux quatre points cardinaux.

Les communautés francophones de tout le Canada ont chacune leur théâtre  qui est vraiment le lieu de vie de la langue, son temple, son usine. On devrait dire : des langues avec leurs racines françaises communes, elles sont aussi diverses que les territoires de la fédération canadienne. On comprend l’importance de l’enjeu…Avec Overlap par le Satellite Théâtre du nouveau Brunswick par exemple,  la langue se conjugue au présent, et est parlée avec l’insolence du «chiac» jeté au visage d’une francophonie nostalgique et figée. Celle d’une jeunesse qui étouffe dans sa petite ville…

Qu’on ne s’alarme pas : parmi les chantiers présentés ici, La Catapulte (Ontario) : Oh ! Canada: un forum sur la langue, réunit trois chercheurs en socio-linguistique, littérature et droit qui s’interrogent sur la langue et la peur diffuse du cheval de Troie du bilinguisme. De leur dialogue, avec chiffres et études scientifiques à l’appui, ressort comme du Victor Hugo: «Guerre au vocabulaire et paix à la syntaxe! » Les mots anglais assimilés à la structure grammaticale du français ne sont pas si massivement présents qu’on le craint… Le danger serait donc plutôt du côté de l’intimidation culturelle qui ferait de la Francophonie, un repoussoir : ah, je ne parle pas bien ma langue ? Never mind, j’en ai une autre.

Les limites du bruit possible

Les limites du bruit possible

Et si on se passait  du langage? Ce que fait presque la compagnie internationale  -les acteurs se sont rencontrés à l’école Jacques Lecoq à Paris- des Limites du bruit possible (comme ceux du Satellite Théâtre). Ces comédiens-acrobates, à partir de scènes primitives: naissance, mort, faim, appropriation puis rejet du vêtement… travaillent un théâtre avec peu de mots -on est plutôt dans le cri- très physique et de haute performance, avec des images fortes touchant aux émotions essentielles. C’est beau, mais, paradoxalement, finit par être abstrait…

 

Néon Boréal

Néon Boréal

Néon Boréal

Le Théâtre du Trillium (Ontario), lui, se frotte aux technologies numériques (image et son) avec une certains réussite dans un feuilleton où, dans la nuit arctique et dans le noir du studio troué par les clignotements des appareils, des jeunes gens créent des podcasts expédiés à l’aventure… Passons sur leur Jeff Koons : lunettes 3D et images aléatoires projetées mais sans texte solide ni jeu, ne font pas du théâtre…

Laitue matinale

Plus intéressante, une pièce sur l’éclosion d’un garçon enfermé dans un corps de fille. Une  tentative pour rendre orale la langue inclusive (où le masculin ne l’emporte plus, faut-il le rappeler) ? Mais torpillée par un entrelacement trop compliqué avec Antoine et Cléopâtre de Shakespeare.

White out, d’après Marguerite Duras, d’Anne-Marie Ouelette et Thomas Sinou, créateur de son.
L’expérience d’une écriture, là encore, de peu de mots, et d’une scénographie indissociables semble être le défi de cette rêverie sonore en blanc, avec une belle utilisation scénique des fumigènes, donne envie de voir la réalisation finale.

S’effondrent les vidéo-clubs d’André Gélineau et Flush de Marie-Claire Marcotte

On commence à connaître en France, grâce entre autres à Théâtre Ouvert, les écritures dramatiques francophones du Canada. Elles nous ont valu ici de jolis moments. Ces textes sont apparentés par une sorte de fantaisie mélancolique qui les emmène plutôt du côté de la nouvelle ou du cinéma. Hasard ? Dans ces deux pièces, l’homme apparaît comme handicapé, empêché… et attendrissant.

Johnny d’Emma Haché

Lecture d’une pièce très forte qui raconte la vie d’un couple, d’une vieillesse désunie et desséchée, de l’adoption d’un enfant merveilleux, à l’illusion initiale, puis au déni. Johnny n’est pas comme les autres. On attend de la voir sur scène avec les acteurs qui nous ont embarqués : Diane Losier et Marcel-Romain Thériault.

Réunions et rencontres avec Les Transfrontaliers, l’Association des théâtres francophones du Canada et l’Organisation Internationale de la Francophonie. Aucun doute, le théâtre est politique surtout quand on aborde la question centrale de la décolonisation culturelle. Il faudra y revenir, mais pour le moment, gardons au moins la formule: « se défaire de peaux qui ne sont pas les nôtres » et le concept : « réciprocité des consciences ».

 Le Soulier de David Paquet

Le théâtre est aussi divertissement. Pour clore cette semaine intense,  une bosse de rire à l’état brut avec une rencontre loufoque d’une mère débordée par son insupportable fils handicapé et d’un dentiste phobique et exalté, lui-même materné par une assistante sexy, alcoolique non abstinente. Non-sens, humour noir dans une micro-humanité hallucinée et hagarde : la liberté d’être politiquement incorrect, c’est aussi celle du théâtre.

Christine Friedel

Spectacle vus en septembre à Ottawa.

 

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