La Gioia de Pippo Delbono (en italien sur-titré)

 

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Photo Luca del Pia

La Gioia de Pippo Delbono (en italien sur-titré)

Le metteur en scène a parfois déchaîné les passions: pour les uns, un artiste donnant la parole aux exclus de la normalité et pour les autres, un habile truqueur sachant exploiter les bons sentiments et la compassion que peuvent ressentir les spectateurs du monde entier, devant  ces exclus.
La Gioia est un spectacle peu différent et visiblement sincère. Il fait suite à la mort de Bobo, dit Pippo Delbono, qui l’avait rencontré en 1996 dans un hôpital psychiatrique. Sourd-muet, microcéphale, Bobo a fait partie de toutes ses pièces et un lien très fort s’était établi entre eux, au-delà de la complicité artistique. Ensemble, ils ont parcouru le monde, de scène en scène, en compagnie d’autres artistes décalés et marginaux.

La maladie mentale, la folie, peut-elle être représentée sur scène sans ambiguïté et sans voyeurisme, même à travers un prisme poétique? Antonin Artaud n’est plus là pour nous éclairer et ses écrits ont donné naissance à de nombreuses expériences théâtrales… pas toujours concluantes… Mais dans La Gioia, il y a une réelle authenticité chez ces acteurs qui jouent ces tableaux très felliniens et que rechercher le public. Faire chanter en play-back Gianluca,  avec une perruque et un costume de femme, sous les reflets d’une boule à facettes, peut paraître facile… Et Pippo Delbono utilise tous les artifices: effets stroboscopiques, bascule de la lumière du plateau vers la salle, musiques sentimentales … Des ficelles  un peu grosses mais cette meute de personnages atypiques suit celui qui leur a donné une existence artistique depuis tant d’années. La plupart des spectateurs sont ici des fidèles du metteur en scène italien et, aux saluts, les nombreux  applaudissements l’ont prouvé,.

On entend les vocalises enregistrées de Bobo: l’émotion naît ici du vide laissé par sa disparition et on sent le metteur en scène désemparé : «Il y a, dit-il, des trous dans la pièce qui correspondent aux trous dans ma tête en ce moment» et la gioia (la joie) «est un chemin qu’on vit, dont on fait l’expérience pendant la traversée de la douleur».
 Comme en 1991, les acteurs de Tadeusz Kantor étaient en deuil quand ils ont créé sans lui Aujourd’hui, c’est mon anniversaire, Pippo Delbono à soixante ans, est orphelin de son principal interprète et ce Requiem pour Bobo est peut être son dernier spectacle : il faut donc aller le découvrir sans hésiter.

Jean Couturier

Jusqu’au 20 octobre, Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, Paris (VIII ème). T. : 01 44 95 98 21.

 


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