Entretien avec Hiroko Takai

Entretien avec Hiroko Takai

photo de répétition : Aya Soejema

photo de répétition : Aya Soejema

Cette auteure et metteuse en scène née à Tokyo a été comédienne de la compagnie Seinendan d’Oriza Hirata (voir Le Théâtre du Blog) et a participé à la création de la pièce Tokyo notes en 1994. L’année suivante, elle fonda la compagnie Tokyo Tambourine. En 2007, elle écrit  une  trilogie Fabrica, premier spectacle créé par le réalisateur de films Katsuyuki Motohiro. Elle écrit  aussi des scénarios de films et de séries télévisées. Et en 2011, elle a créé au Japon Un homme en faillite de David Lescot.
Pour la série de spectacles
Wa no wa  qu’elle a lancés il y a quatre ans, elle veut réaliser la fusion inédite de la cérémonie du thé avec le théâtre.

 -Vous êtes une des rares femmes metteuses en scène  au Japon. Pourquoi avez-vous voulu porter à la scène cette fameuse cérémonie, quand vous écrivez puis montez Avec gratitude, je me délecte de votre thé (お点前ちょうだいいたします) (en japonais sur titré en français).

-Dans cette pièce, j’ai voulu faire vivre cette cérémonie du thé, jusqu’au moment où le bol de thé vert (matcha) est servi à l’invitée. Et faire pénétrer le public dans les coulisses de cet art codifié et l’initier à sa philosophie . Sur le thème du cinquième anniversaire de la disparition d’un maître, ses disciples organisent une cérémonie du thé à laquelle est conviée sa fille… Y sont aussi évoqués des thèmes comme la transmission d’un savoir, les relations parfois difficiles entre les gens…

En général, les cérémonies sont conçues pour très peu de participants;  Et il  y a des gestes recommandés et d’autres à éviter dans la salle. L’art de le préparer est fondé sur un certain nombre de rites: comment chauffer les braises, (mais ici ce sera évidemment une bouilloire électrique), comment mettre le thé vert en poudre (matcha) dans le bol, comment verser l’eau, etc. A la Maison de la Culture du Japon, la jauge sera un peu plus importante mais ne dépassera pas cent personnes. Dans une scénographie bi-frontale avec un plateau en bois, j’ai voulu unir l’art du théâtre et ce cérémonial, alors qu’au Japon, les gens de théâtre ne vont pas à ces cérémonies et réciproquement.

 - Quelles sont les relations  entre l’art du thé et le boudhisme zen?

 -Il y a dans les maisons de thé, un certain nombre de rouleaux suspendus avec des mots zen comme cette phrase: « voulez-vous boire un thé ». Avec ce spectacle, il ne s’agit pas de faire découvrir au public l’art du thé mais de surtout mettre en scène l’attention qu’on peut porter aux autres.

- Quels sont les objets et accessoires que vous utilisez sur la scène?

– Ce ne sont pas des accessoires du théâtre mais des objets que j’utilise dans ma pratique quotidienne. Et on utilise un bol fait à la main (et non tourné) par Akihiro Nikaido* donc plus luxueux. Et pas d’eau ordinaire du robinet mais de la Volvic. Avec le chasen (fouet en bambou) pour mélanger l’eau et le thé vert, le chashaku (cuillère en bambou pour doser le thé) et le chawan. Il y a souvent un wagashi, une petite pâtisserie. La cérémonie se déroule en plusieurs étapes. Le maître de thé commence par saluer ses invités, puis place les différents ustensiles autour de lui et on sert chacun un par un. Le maître nettoie d’abord le bol à l’eau claire, puis met deux cuillères de poudre matcha dans le bol, ajoute l’eau chaude et le bat avec le « chasen », un fouet en bambou pour que le thé soit onctueux. Mais il y a des interdits comme les fleurs à épines, les odeurs fortes… Et au cours d’une cérémonie, on ne se vante pas, on ne se met pas en valeur et et on ne dit jamais du mal des autres. Il est aussi interdit de marcher sur les bords du tatami. Et quand on prend un cours de cérémonie du thé, on quitte ses chaussures, ses chaussettes de ville et on enfile d’autres. Dans un souci de pureté. Et on met un éventail devant soi pour témoigner du respect aux  autres.

Il y a un terme philosophique que j’aime beaucoup le wa-ke-saiku. Soit wa: homme, ke: respect, se: pureté, saku: calme inébranlable. Après le spectacle de cinquante minutes, nous offrons au public de petits gâteaux faits par Takanori Murata, un maître pâtissier japonais installé à Paris.

-Vous êtes déjà venue plusieurs fois en France.Trouvez-vous  curieux certains usages culinaires  ou certains  aliments?

-Non j’aime bien votre la cuisine française et rien ne me parait, disons bizarre mais simplement je n’aime pas que le pain soit placées à même la table et non sur une serviette ou dans une corbeille…

Philippe du Vignal

(Remerciements  à Aya Soejima pour sa traduction)

Maison de la Culture du Japon, Quai Branly, Paris (XV ème). www.mcjp.fr.
Le 9 octobre à 20 h, le 10 octobre à 18 h et à 21 h ; le 11 octobre à 18 h et à 21 h ; le 12 octobre à 16 h et 19 h.
Rencontre avec Hiroko Takai à la suite des représentations des 10 et 11 octobre à 21 h.

Jusqu’au 12 octobre, exposition des Poteries d’Akihiro Nikaido, Galerie 1to7, 11 rue des Grands-Augustins, Paris (VI ème) du mardi au vendredi de 13 h à 19 h  et le samedi de 11 h à 19 h.

 

 

 


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