Sabordage, conception et mise en scène du Collectif Mensuel

© Dominique Houcmant / Goldo

© Dominique Houcmant / Goldo

 

Sabordage, écriture du Collectif Mensuel et de Nicolas Ancion, conception et mise en scène du Collectif Mensuel

Le Théâtre de Malakoff avait accueilli il y a trois ans un remarquable et très original Blockbuster de cette compagnie belge. Il s’agit ici comme dans ce dernier spectacle, de la destructrice économie de marché où la priorité est de récolter des bénéfices au profit des gros comme des petits actionnaires dont la plupart ne savent même pas qu’ils participent à ce suicide collectif.  Et pourtant l’échéance est pour demain, voire au mieux pour après demain. Tous les experts scientifiques sans exception le disent: les chances de survie de l’humanité sont des plus limitées, si on continue comme avant… Pourtant on agrandit partout les aéroports, les «grands» de ce monde continuent à voyager en jet privé et en luxueux transatlantiques très polluants, on  détruit des forêts entières pour cultiver du soja destiné à l’alimentation porcine à plusieurs milliers de kms de là, c’est à dire aussi dans notre douce France où les charcutailles prospèrent à la terrasse des bistrots, dans la bonne conscience générale.. On bétonne aussi des centaines d’hectares d’excellente terre agricole pour en faire de gigantesques centres commerciaux auxquels on ne peut accéder qu’en voiture…

Bref, le système ultra-libéral avec un cynisme et une cupidité absolus, continue sur la même voie, au mépris total de l’urgence écologique. Alors même que les conditions de survie de l’humanité sont des plus aléatoires… «Pour parler de cet effondrement qui s’annonce et de notre incapacité à l’anticiper, dit Nicolas Ancion, nous voudrions tout simplement raconter l’histoire d’une île qui, en quelques décennies, connaîtra un véritable miracle économique et se terminera en désastre écologique. »

Cet intelligent spectacle de politique-fiction exemplaire raconte un sabordage inédit de la terre arable dans l’histoire de l’Humanité dont le nombre de représentants ne cesse d’augmenter.  Cela se passe sur l’Ile de Nauru ( Océanie) et n’est pas une fiction,  ce en quoi la mise en scène aurait sans doute dû insister. Cet Etat est peuplé d’un peu moins de quelque 14 000 habitants en 2017 et donc l’un des plus petits du monde.L’île a été visitée par le navigateur anglais John Fearn en 1798. Ce fut successivement une colonie allemande  puis australienne et occupée par les Japonais entre 42 et 45  et finalement indépendante en 68. En 1906, on y découvre des mines de phosphate  qui dès 90, s’épuisent et à cause d’une gestion calamiteuse du pays, ce sera la faillite générale!

«Cette histoire est aussi celle de notre planète entière, dit Nicolas Ancion, et il n’est pas encore trop tard pour éviter la catastrophe mais le délai pour réagir est chaque minute plus court. (…)  si nous ne voulons pas que le naufrage de Nauru soit la répétition générale de l’effondrement de notre planète au grand complet. »

Sur le plateau, les mêmes appareils et accessoires que dans Blockbuster, instruments de musique et de bruitage comme cette boîte en plastique avec tissu mouillé pour imiter à la perfection le bruit des vagues… Et les cinq acteurs/musiciens/bruiteurs/récitants maîtrisent parfaitement le tempo de cette forme de théâtre-vidéo-concert. Il y a ainsi des extraits de films d’aventure avec capitaines aux beaux uniformes d’autrefois, avec leurs équipages sur de grands trois mâts et des rencontres avec des autochtones plus faux je meurs mais aussi des dialogues plaqués sur la bouche des personnages de cinéma comme dans Blookbuster. Un vrai régal…

© Adrien De Rudder

© Adrien De Rudder

Donc le Collectif Mensuel a tout mis en œuvre pour raconter, au second degré, la triste aventure des habitants séduits par l’appât du gain avec une maquette d’île au centre du plateau dont les images vidéo seront transmises sur grand écran. Toute la séduction du modèle réduit, telle que l’avait bien vue Claude Lévi-Strauss. Tout ici est merveilleusement fabriqué : mer bleue, sable blanc, palmiers, huttes puis immeubles et pelleteuses et engins pour extraire le fameux phosphate qui a été découvert par des Européens et qui auraient bien voulu en garder le seul bénéfice aux dépens des autochtones qui se révolteront pour avoir comme eux, leur indépendance et un niveau de vie supérieur…

Ce qu’ils auront très vite et l’argent ruissellera, comme dit le ravi Macron… Ils en arriveront même à obtenir leur indépendance et éliront un président de la République; fascinés par l’appât de gains faciles, ils investiront  leur argent à l’étranger mais bien entendu, cela ne durera pas. L’île, encore un petit paradis il y a peu de temps, sera vite bétonnée et on construira une route pour les nombreuses voitures qui en feront le tour. Et les experts sont unanimes: la  catastrophe s’annonce… En effet les mines de phosphate vont s’épuiser et bientôt, une partie de la population devra émigrer, les voitures de luxe comme le matériel d’extraction seront abandonnés et les bâtiments  tomberont en ruines. Morale de l’histoire: il ne restera plus qu’à essayer de revivre comme autrefois…  

Cette fable superbement racontée par Sandrine Bergot, Quentin Halloy, Baptiste Isaia, Philippe Lecrenier et Renaud Riga, a toutes les qualités techniques de Blockbuster  et la mise en scène est de tout premier ordre avec un solide enchaînement: action sur le plateau, séquences de film projetées/séquences tournées, virgules musicales jouées sur scène… Mention spéciale à la scénographie de Claudine Maus. Oui, mais  il y a cette fois de sacrés défauts et l’enchantement du premier spectacle a disparu: manque de rythme, longueurs, mauvaise adéquation entre séquences de films enregistrés et ce qui se passe sur le plateau, redoutable fausse fin et, pour boucler l’histoire, un long, long récit moralisateur en chœur sur fond d’écran rouge, vraiment pas fameux… Les acteurs font le boulot mais semblent moins investis… On sort de là finalement déçu, comme le seront les spectateurs qui avaient aimé Blockbuster. La faille? Ce spectacle ne dépasse pas la forme d’un habile constat et manque sans doute d’une véritable pensée politique. Dommage. Mais il y a, à la fin, la projection de photos en noir et blanc de l’île, très émouvantes…

Philippe du Vignal

Jusqu’au 17 octobre, Théâtre 71-Scène Nationale de Malakoff, 3 Place du 11 novembre, Malakoff (Hauts-de-Seine). T. : 01 55 48 91 00.

Du 21 au 24 octobre, Eden, Charleroi (Belgique). Du 7 au 9 novembre, à Mons (Belgique)

Les 10 et 11 mars, Lux-Scène Nationale de Valence (Drôme). Le 13 mars, La Machinerie, Vénissieux (Rhône). Du 17 au 21 mars, Théâtre Jean Vilar, Louvain-la-Neuve (Belgique). Le 27 mars, Kinneksbond, Mamer (Luxembourg). Du 31 mars au 3 avril, Théâtre de Namur (Belgique).

Les 16 et 17 avril, Bonlieu-Scène Nationale d’Annecy (Haute-Savoie). Les 24 et 25 avril, Centre Culturel de Verviers (Belgique). Les 28 et 29 avril, La Comète-Scène Nationale de Châlons-en-Champagne (Marne).

Les 5 et 6 mai, Maison de la Culture d’Amiens (Somme). 

 


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