Stallone d’après le roman d’Emmanuelle Bernheim, mise en scène de Fabien Gorgeart

Stallone d’après le roman d’Emmanuelle Bernheim, mise en scène de Fabien Gorgeart

 

© Huma Rosentalski

© Huma Rosentalski

Porté à la scène par Clotilde Hesme, le court roman éponyme d’Emmanuelle Bernheim tire sa force de l ‘écriture sèche, aux plans visuels, de la romancière qui s’acquittait alors d’une dette personnelle envers le personnage de fiction qui avait bouleversé sa vie : Rocky Balboa. Et elle transplanté sa propre émotion dans le personnage de Lise, une jeune femme qui végète dans une vie d’accommodements. Au cinéma, Rocky 3 qu’elle voit en 83, lui révèle qu’on peut perdre puis se battre pour reconquérir la dignité et l’intégrité de son destin. L’auteure, qui n’ignore rien des passerelles entre les états du cœur et ceux du corps, n’hésite pas à faire mariner la jeune femme huit jours, sous l’emprise d’une forte fièvre, avant qu’elle n’en sorte grandie, prête à un nouveau départ, autant dire à la rupture avec tous les fils ténus de son ancien moi.

 Fabien Gorgeart restitue ce texte sur scène, avec un plateau nu, blanc comme une page de livre ou un écran de cinéma. A la croisée de ces registres de la fiction, Lise fait défiler les moments de sa vie et les films de Stallone : tous les Rocky, tous les Rambo, Clifhanger,  Daylight jusqu’à Copland… Chacun joue un rôle caché dans ses décisions. Et que dire de la chanson The Eye of the Tiger, issue de la bande originale du film ? Hymne à sa volonté retrouvée quand tout va bien, rappel à la nécessité de se bouger les fesses lorsque son horizon se bouche à nouveau… 

Au micro, Clotilde Hesme assume le côté nunuche de la jeune femme du début, au look années 80, pour dérouler les étapes sensibles, étalées sur quatorze années, d’un parcours de travail et de réalisation de soi. Il n’y a pas de petite vie. La question de la violence n’était pas étrangère à l’auteure, violence qu’on s’inflige ou que nos décisions font subir à autrui. Les combats, coups, défaites et retours sur le devant de la scène, tels qu’incarnés par Stallone tout au long de sa carrière au cinéma, ne tissent pas ici la métaphore simpliste du « combat pour la vie ». Clotilde Hesme incarne tour à tour, et avec talent, les états du paysage personnel, la toile de fond romancée d’une vie de femme plutôt banale qui a pourtant une aventure personnelle à réaliser. L’actrice s’appuie sur la création sonore de Pascal Sangla qui compose en direct toutes les ambiances et donne voix à chaque comparse du récit. Ses interventions délicates, drôles, ingénieusement mêlées à ses virgules sonores, peuplent la scène d’autant de personnages invisibles grâce auxquels il dessine le monde de Lise.

Sur ce contrepoint permanent, s’appuie la mise en espace de Fabien Gorgeart qui a eu l’intuition de ne pas étouffer l’écriture factuelle d’Emmanuelle Bernheim sous plusieurs couches d’intentions. Au spectateur de se promener, au rythme des aventures de l’héroïne, accompagnée par le retour régulier de Stallone, sur l’écran de sa vie. Le public semble s’y retrouver avec plaisir.  Quant à l’acteur dont l’ombre du visage, pensif et grave, passe en fond de scène, que pense-t-il de l’appropriation un peu tyrannique de ses combats par une jeune femme française ? Nous ne le saurons jamais…

Marie-Agnès Sevestre

Jusqu’au 26 octobre, Le 104,  5 rue Curial  Paris (XIX ème).

Le roman est paru en 2002 aux éditions Gallimard.

 


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