Oh Boy ! adaptation de Catherine Verlaguet du roman jeunesse de Marie-Aude Murail, mise en scène d’Olivier Letellier

Oh Boy ! adaptation de Catherine Verlaguet du roman jeunesse de Marie-Aude Murail, mise en scène d’Olivier Letellier

4474494C-0AA1-4FC2-85AB-98FE1C7BD659Assister à la huit-centième représentation d’une pièce n’arrive pas souvent. Gage de succès auprès du public et du milieu théâtral (Molière 2009 du meilleur spectacle jeune public), cette longévité crée une attente. Le roman avait déjà fait l’objet d’une adaptation pour la télévision : On choisit pas ses parents l’année d’avant. La vivacité de l’écriture comme de la mise en scène et du jeu confèrent à cette pièce le plaisir d’un moment joyeux d’intelligence partagée avec des spectateurs de tout âge.

 En animateur d’espace inventif, le metteur en scène, formé à l’école Jacques Lecoq, n’hésite pas à faire tomber les conventions du théâtre de récit et confie à un seul  acteur (Guillaume Fafiotte ce soir-là), le soin de nous emmener dans ce délicat parcours d’apprentissage. Ici l’adulte se trouve confronté à ses manques et les enfants seront ses professeurs de vie.  Parmi tous les personnages de ce mélodrame de famille, Catherine Verlaguet a choisi en effet le prisme de Barthélémy pour raconter l’histoire d’une fratrie qui s’ignore au début : trois enfants abandonnés (mère décédée, père irresponsable) dont la Juge des tutelles cherche à favoriser la prise en charge par Bart, leur grand frère… Il vivait jusqu’ici tranquillement son homosexualité avec l’un ou l’autre de ses amoureux et ignorait l’existence de cette famille semée à tous vents par son père.

Son insouciance et ses copains faisaient rempart à sa solitude d’enfant lui aussi autrefois abandonné. Bart va garder sa légèreté au cœur même de cette aventure incroyable: se retrouver d’un jour à l’autre responsable de trois jeunes enfants. Son humour le fait s’exclamer à maintes reprises : Oh Boy! et nous rions avec lui de l’accumulation des charges qui lui tombent sur le dos.

Seul en scène. Avec une armoire, plutôt moche, sans charme. Peu importe, c’est celle des secrets d’enfance, celle qu’on n’ouvre pas et qui fait son poids. Mais Bart s’en sert comme d’un énorme Lego qu’il déplace, bascule, retourne. Ce qui pèse, peut devenir ce qui nous supporte, si on est un peu joueur. L’acteur se fait ici narrateur mais aussi personnage et par moments, manipulateur. Car pour nous raconter son histoire, Bart va se servir d’objets. Très peu nombreux,  complètement décalés, ils jouent leur partition pour dire le trouble où est jeté ce pauvre garçon qui téléphone à une poupée Barbie, parle à un culbuto ou à un canard de bain. Menus objets du quotidien enfantin qui cristallisent notre attention et composent la frise délicate d’une éducation de l’adulte par l’enfant.

L’histoire s’assombrit quand l’aîné des enfants développe une leucémie. C’est alors une course contre la montre entre les médecins, les soins et la mort qui s’annonce. A aucun moment, l’émotion n’est reléguée ou niée mais elle passe, grâce à la mise en scène, par la confusion accentuée des espaces, du mouvement, des objets. Mieux qu’un grand discours, Oh Boy ! ouvre la porte à l’incroyable inventivité du réel de nos vies, lorsqu’on veut bien laisser l’imprévu nous toucher et nous révéler ce dont nous sommes capables. Le public entre dans le quotidien; tout simplement normal, d’un jeune homosexuel un peu fêtard qui se découvre un beau jour et sous la contrainte des évènements, une fibre de grand frère responsable, comme un ersatz de paternité involontaire.

 Selon Marie-Aude Murail, « Quoi qu’on veuille dire aux enfants, on doit d’abord faire une histoire intéressante qui ne dégorge pas de l’éducatif dès qu’on y pose le doigt.» Catherine Verlaguet pour ce projet scénique, a joué en ce sens, en apportant à la pièce un ton joyeux, joueur et tendre qui touche chaque spectateur, quelque soit son âge. Tout en n’escamotant pas la dureté du réel. Un Inspecteur d’académie inculte (il y en a) et qui n’avait pas vu la pièce, avait jugé opportun il y a quelques années, de faire annuler toutes les séances scolaires au prétexte qu’on ne pouvait pas mettre les élèves devant des affaires aussi troublantes que l’homosexualité, une famille abandonnante ou la mort d’un enfant. Heureusement, plusieurs théâtres dont Chaillot, avaient tendu la main à Olivier Letellier. Grâce à eux et à tous les publics qui se sont réjouis à ce grand petit spectacle, il continue aujourd’hui à semer ses graines d’intelligence et de poésie.

 Marie-Agnès Sevestre

Dans le cadre du Parcours Enfance et Jeunesse du Théâtre de la Ville, jusqu’au 19 octobre, au Monfort, 106 rue Brancion, Paris (XVème). 


 


Archive pour 18 octobre, 2019

P. U. L. S. , au Théâtre de la Bastille. Matisklo, texte de Paul Celan

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P. U. L. S. au Théâtre de la Bastille

Matisklo, texte de Paul Celan, traduction de Ton Naaijkens, conception et mise en scène de Bosse Provoost

Le Théâtre de la Bastille et la Scène flamande entretiennent des relations fécondes. Project for Upcoming Artists for  the Large Stage, un dispositif initié par Guy Cassiers et le Toneelhuis-Théâtre d’Anvers propose un accompagnement à de jeunes artistes pour les faire découvrir au public. Bosse Provoost, dit Guy Cassiers, a choisi la grande scène du Toneelhuis pour ses possibilités techniques et spatiales qui favorisaient chez lui la recherche d’un langage visuel. Il avait par ailleurs collaboré avec Jan Lauwers pour Guerre et Térébenthine, et avec Ivo Van Hove pour Een Klein Leven.  P. U. L. S. offre aux artistes, u cadre de travail en termes de production et financement, mais aussi une aide concrète et morale pour conduire une création dans un dialogue permanent.

 « Il y a encore des chants à chanter au-delà des hommes », écrit Paul Celan que la Shoah n’a cessé de hanter et dont l’écriture sonde patiemment l’obscurité du monde. Ici, Bosse Provoost nous invite  à découvrir un monde qui se situerait hors des mots, à l’intérieur du silence de la poésie de Paul Celan et  avec des matières évoquant des paysages étrangement animés, avec aussi des costumes  en bois  rappelant le lointain souvenir des hommes. Paul Celan a été pour Bosse Provoost une rencontre forte avec une poétique sur des thèmes qui paraissent hors de portée du langage. Dans Renverse du souffle, un être a survécu -ou pas- à la Shoah. Et dans Partie de neige, une voix se fait entendre depuis l’intérieur de la mort : quelqu’un imagine sa  disparition ou s’imagine encore étant mort.

 Matisklo est construit autour de ces poèmes. Le poète cherche le salut dans le langage, un lien indéfectible entre les hommes mais difficile à suivre. A qui s’adresse-t-il? Aux lecteurs et au public, ou bien aux défunts ? En même temps,ici ne subsistent pas que ces seuls liens. La scénographie est inspirée du travail du Suisse Adolphe Appia (1862-1928) et de l’Anglais Gordon Craig (1872- 1966), des artistes militants qui ont émancipé le théâtre de la littérature, en utilisant l’espace, la lumière et le mouvement. D’où la distance entretenue ici entre les comédiens et les  spectateurs. Sur scène, des étudiants des années 1960 aux cheveux longs pantalon ordinaire et pull simple, le regard intériorisé… L’un d’eux déclame la poésie de Paul Celan en flamand. Auprès de lui, un arbre survient: un homme recouvert entièrement de lattes de bois, corps et tête, comme en un jeu de Lego mais en bois. Nul dialogue entre eux mais deux énormes cylindres énormes horizontaux sont poussés à vue, depuis les coulisses jusqu’au plateau,  puis rétablis à la verticale, des cheminées, peut-être…  Et plus tard, un arbre surgit de l’un d’eux.Une meule de foin, à moins que ce ne soit une brosse énorme pour lavage de voitures, paraît respirer et attendre le poème.

 Plus loin, un volume en papier d’aluminium, peut-être une couverture de survie, significative du poème, avance comme en rampant sur le plateau, sans qu’on ne voie qui en est le locataire.  S’élève pourtant parfois une forme de tête que l’on voit seulement de dos. Rêve infernal : les hommes semblent avoir disparu ou muté. Quel est ce monde ? La proposition scénographique est éloquente, à la fois élémentaire et énigmatique. Avec ici, une attention au sens d’un poème fort, particulièrement mystérieux.

 Véronique Hotte

 Théâtre de la Bastille, 76 rue de la Roquette, Paris (XI ème), jusqu’au 18 octobre. T.: 01 43 57 42 14.

 

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