P. U. L. S. , au Théâtre de la Bastille. Matisklo, texte de Paul Celan

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P. U. L. S. au Théâtre de la Bastille

Matisklo, texte de Paul Celan, traduction de Ton Naaijkens, conception et mise en scène de Bosse Provoost

Le Théâtre de la Bastille et la Scène flamande entretiennent des relations fécondes. Project for Upcoming Artists for  the Large Stage, un dispositif initié par Guy Cassiers et le Toneelhuis-Théâtre d’Anvers propose un accompagnement à de jeunes artistes pour les faire découvrir au public. Bosse Provoost, dit Guy Cassiers, a choisi la grande scène du Toneelhuis pour ses possibilités techniques et spatiales qui favorisaient chez lui la recherche d’un langage visuel. Il avait par ailleurs collaboré avec Jan Lauwers pour Guerre et Térébenthine, et avec Ivo Van Hove pour Een Klein Leven.  P. U. L. S. offre aux artistes, u cadre de travail en termes de production et financement, mais aussi une aide concrète et morale pour conduire une création dans un dialogue permanent.

 « Il y a encore des chants à chanter au-delà des hommes », écrit Paul Celan que la Shoah n’a cessé de hanter et dont l’écriture sonde patiemment l’obscurité du monde. Ici, Bosse Provoost nous invite  à découvrir un monde qui se situerait hors des mots, à l’intérieur du silence de la poésie de Paul Celan et  avec des matières évoquant des paysages étrangement animés, avec aussi des costumes  en bois  rappelant le lointain souvenir des hommes. Paul Celan a été pour Bosse Provoost une rencontre forte avec une poétique sur des thèmes qui paraissent hors de portée du langage. Dans Renverse du souffle, un être a survécu -ou pas- à la Shoah. Et dans Partie de neige, une voix se fait entendre depuis l’intérieur de la mort : quelqu’un imagine sa  disparition ou s’imagine encore étant mort.

 Matisklo est construit autour de ces poèmes. Le poète cherche le salut dans le langage, un lien indéfectible entre les hommes mais difficile à suivre. A qui s’adresse-t-il? Aux lecteurs et au public, ou bien aux défunts ? En même temps,ici ne subsistent pas que ces seuls liens. La scénographie est inspirée du travail du Suisse Adolphe Appia (1862-1928) et de l’Anglais Gordon Craig (1872- 1966), des artistes militants qui ont émancipé le théâtre de la littérature, en utilisant l’espace, la lumière et le mouvement. D’où la distance entretenue ici entre les comédiens et les  spectateurs. Sur scène, des étudiants des années 1960 aux cheveux longs pantalon ordinaire et pull simple, le regard intériorisé… L’un d’eux déclame la poésie de Paul Celan en flamand. Auprès de lui, un arbre survient: un homme recouvert entièrement de lattes de bois, corps et tête, comme en un jeu de Lego mais en bois. Nul dialogue entre eux mais deux énormes cylindres énormes horizontaux sont poussés à vue, depuis les coulisses jusqu’au plateau,  puis rétablis à la verticale, des cheminées, peut-être…  Et plus tard, un arbre surgit de l’un d’eux.Une meule de foin, à moins que ce ne soit une brosse énorme pour lavage de voitures, paraît respirer et attendre le poème.

 Plus loin, un volume en papier d’aluminium, peut-être une couverture de survie, significative du poème, avance comme en rampant sur le plateau, sans qu’on ne voie qui en est le locataire.  S’élève pourtant parfois une forme de tête que l’on voit seulement de dos. Rêve infernal : les hommes semblent avoir disparu ou muté. Quel est ce monde ? La proposition scénographique est éloquente, à la fois élémentaire et énigmatique. Avec ici, une attention au sens d’un poème fort, particulièrement mystérieux.

 Véronique Hotte

 Théâtre de la Bastille, 76 rue de la Roquette, Paris (XI ème), jusqu’au 18 octobre. T.: 01 43 57 42 14.

 

 


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