Un Jardin de silence, chansons originales de Barbara,conçu par L., mise en scène de Thomas Jolly

Un Jardin de silence, chansons originales de Barbara, spectacle  conçu par L. (Raphaëlle Lannadère), musique de Babx, mise en scène de Thomas Jolly

 

Nicolas Joubart

Nicolas Joubart

Pour la trentième édition de la fête de la Musique, (2011) le ministre de la culture et de la communication, Frédéric Mitterrand, au ton plutôt espiègle, avait remis le deuxième prix Barbara qu’il avait créé un an avant  à l’autrice-compositeure-interprète L. (Raphaëlle Lannadère). Une consécration pour cette jeune chanteuse… Ici, dans l’ombre, Thomas Jolly, en smoking noir et chemise blanche, s’amuse à déclamer le discours ministériel avec humour, avant de mettre une veste glamour plus adaptée au music-hall. Il y a sur le plateau des bouquets de lys chinois blancs ou rose pâle, offerts à la diva.

Ombres feutrées, lumières tamisées, piano forte,  on en est aux confidences et Thomas Jolly joue les intervieweurs de Barbara (1930-1997), essayant de la déstabiliser mais en vain, elle avait la répartie facile. Les questions fusent, arrogantes et vindicatives  et il essaye de cibler la faille possible. Ma seule histoire d’amour jamais vécue, dit-elle, est celle nouée avec le public. Et qu’on ne la dise pas « chanteuse de la rive gauche », elle se veut d’abord populaire…

On se souvient qu’au Cheval Blanc à Ixelles (Belgique),  elle avait créé un premier répertoire entre music-hall et cabaret rive gauche. Avec des chansons de caf’conc’, comme Le Fiacre de Xanrof (1867 -1953) que chantait Yvette Guilbert dont la gestuelle et l’art de dire fascinaient Barbara. Elle reprend aussi des chansons  de Fragson (1869-1913) comme  Les Amis de Monsieur... ou de Mayol : Elle vendait des p’tits gâteaux. Mais aussi des comptines malicieuses qu’interprète ici L. (Raphaëlle Lannadère). Et des chansons moins emblématiques de cette chanteuse mythique qu’elle porte avec talent et le plaisir de raconter. Sourire en coin et d’une voix facétieuse…

Mais L. reste elle-même. et elle ne mime en rien  Barbara où, dit Michel P. Schmitt, il y a l’expression, de «la plaie ouverte de l’adolescence éternelle, quand le moi ne sait pas encore couvrir de mensonges, son malheur d’exister. Elle est l’interprète du mal de vivre et de la mémoire blessée. » Enrichissant son répertoire de chansons de Georges Brassens, Léo  Ferré, Pierre Mac Orlan ou Jacques Brel, la grande auteure-compositrice a signé mélodies et textes pudiques et sensuels. Dis, quand reviendras-tu ?  Nantes, Le Mal de vivre, Pierre, Marienbad… Elle a créé un mythe et a conquis un public de fidèles admirateurs.

Belle expression d’un paysage intérieur féminin, voix chuchotée et mélodies « du bout des doigts », où elle évoque le désir d’être aimée, des blessures enfantines jamais refermées, l’éclat d’une mélancolie douce-amère… Elle avait la sombre intuition  qu’elle en finirait vite mais aussi le vif élan de vivre debout, contre la fuite irréversible du Temps. Barbara s’engagea dans la lutte contre le sida, intervenant, loin des médias, dans les hôpitaux, les prisons et auprès des enfants. Sid’amour à mort (1993).

Dans Un Jardin de silence, L . sait, avec énergie, grâce et fragilité, faire sonner somptueusement l’œuvre de la diva selon les aléas de sa vie sentimentale…

 

Véronique Hotte

 

La Scala, 13 boulevard de Strasbourg, Paris (X ème), jusqu’au 3 novembre. T. : 01 40 03 44 30.

 

 

 


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