Abgrund (L’Abîme) de Maja Zade, mise en scène de Thomas Ostermeier

©Arno Declair

©Arno Declair

 

Abgrund (L’Abîme) de Maja Zade, mise en scène de Thomas Ostermeier (en allemand surtitré)

 Après Status Quo, L’Abîme est la deuxième pièce de Maja Zade mise en scène à la Schaubühne… Dans leur cuisine/salle à manger luxueuse à la grande table en inox et aux chaises hautes, Bettina et Matthias, de jeunes bobos, ont invité quelques couples amis. Il y a du bon vin rouge dans des verres à pied. Luxe, calme et une certaine volupté, sous un éclairage tamisé.

Le maître de maison prépare le dîner tout près de ses invités et ils discutent à bâtons rompus de sujets socio-politiques. Tout y passe : consommation, faillite du système, crise migratoire, société de consommation, importance de la religion, voire homosexualité…) Avec clichés et lieux communs habituels, comme dans tous les dîners -c’est même la loi du genre et on n’est pas dans un séminaire d’université-  il ne faut pas que le silence s’installe entre gens qui ne se connaissent pas tous. Erwin Goffmann appelait cela la fonction phatique du langage… Cela pourrait se passer à Paris, Milan, Berlin, Londres ou Madrid. Conversations le plus souvent futiles, parfois très loin de Tchekhov mais surtout des fameux dialogues d’Harold Pinter et bien entendu, c’est le sous-texte qui compte ici…

 On comprend vite que Maja Zade veut montrer le vide de ces conversations sur fond d’alcool entre gens courtois d’un même milieu social qui n’ont guère de personnalité et qui, finalement assez médiocres, se ressemblent tous. Alors qu’à quelques mètres, la pire des horreurs va arriver.  Dans leur chambre, Pia, la petite fille de Bettina et Matthias, aux cheveux blonds à craquer et sa sœur encore bébé Gertrud.  Pia n’arrive pas à dormir et vient faire un tour parmi les adultes. Puis, comme dans une tragédie antique que pourtant ni Sophocle ni Euripide n’avaient mis en scène, arrive le pire des faits divers: en quelques secondes, l’adorable petite fille blonde deviendra une meurtrière. En balançant le bébé par la fenêtre.

Etat de choc des parents et de leurs invités. Oui, les meurtres perpétrés par des enfants, cela existe et pas seulement dans des milieux marginaux.  Dans notre douce  France, Honorine, dix ans, jeta deux enfants en bas âge dans un puits, les 16 et 19 juin 1834! Et très près de nous, en 2005, Pierre F., 14 ans, pas considéré comme violent, avait exécuté ses parents, son petit frère et grièvement blessé sa jeune sœur au domicile familial en Seine-Maritime. Comparaison n’est pas raison, le milieu social n’est sans doute pas le même… Mais comment et pourquoi, Pia est-elle passée à l’acte et quid, de la responsabilité des parents ? Rivalité entre la petite criminelle et la victime, jalousie inconsciente mais bien réelle. Jean-François Rabain, psychiatre pour enfants, avançait en 1995 qu’il existait une tentation fratricide que les individus doivent surmonter au cours de l’enfance et de l’adolescence.
Et la fréquence des actes fratricides est sous-évaluée: certains parents camouflant l’incident  pour que le décès  soit considéré comme accidentel. La cause ? Sans aucun doute, une jalousie suite à un conflit non résolu associé à la relation parentale, la naissance de la future victime étant perçue comme un rejet des parents, surtout de la mère. Mais ce passage à l’acte est réalisé sans préméditation et la plupart du temps en l’absence d’adultes sur place. Et par un enfant qui ne perçoit pas l’irréversible de son acte: chez lui, la mort d’un être humain est encore quelque chose de flou. Sur le plateau noir, juste autour de cette grande table, Christoph Gawenda, Moritz Gottwald, Jenny König, Laurenz Laufenberg, Isabelle Redfern, Alina Stiegler, jeunes acteurs de la Schaubühne de Berlin: tous impeccables, avec un jeu sobre et efficace. Sous la direction tout aussi sobre et efficace du grand Thomas Ostermeier. A l’entrée, nous sommes priés  de mettre des écouteurs pour entendre la partition sonore et les  dialogues. Chaque comédien étant équipé d’un micro H.F. et sa voix se situant à gauche, au milieu et à droite de la scène, comme nous l’indique avant le spectacle, une charmante voix  féminine. Et effectivement, cela fonctionne! La belle affaire… On ne voit pas en effet comment cette technologie qui a dû coûter fort cher à installer, peut apporter quelque chose d’essentiel…

La pièce commence assez bien avec une teinture pintérienne mais fait vite plouf et le titre de chaque séquence projeté sur écran casse encore plus un rythme qui n’avait pas besoin de cela. Il y a de temps à autre d’inutiles projections vidéo de la chambre des enfants en sur-impression sur un grand tulle à l’avant-scène. Techniquement, c’est irréprochable comme toujours chez le célèbre metteur allemand mais l’ensemble reste froid et cette histoire ne suscite aucune empathie. Bref, on s’ennuie vite et cette heure quarante passe bien lentement.  L’auteure n’est arrivée pas à bien traiter un fait divers des plus tragiques mais  on se demande aussi pourquoi Thomas Ostermier a-t-il eu envie de monter ce texte qui ne résiste pas à l’épreuve du plateau . Dommage..  A voir uniquement pour le jeu brillantissime de ces jeunes acteurs mais sinon on peut s’abstenir, et cet Abgrund restera dans l’abîme des pièces ratées…

Philippe du Vignal

Théâtre Les Gémeaux, 49 Avenue Georges Clemenceau,  Sceaux (Hauts-de Seine). T. : 01 46 61 36 67. Jusqu’au 13 octobre.


Archive pour octobre, 2019

Jeu de trait, Jeu de théâtre, exposition de dessins de Nikolaï Sokolov

Jeu de trait, Jeu de théâtre, exposition de dessins de Nikolaï Sokolov

IMG_0594 - copieVoilà longtemps que Paris n’avait pas accueilli une exposition de portraits d’acteurs. La famille de Sokolov et la Comédie-Française font revivre, en images, sa première tournée en Union soviétique, en 1954. L’Association Française d’Action Artistique qui dépendait du ministère des Affaires étrangères y avait aussi envoyé les troupes de Louis Jouvet,  Jean-Louis Barrault et celle du Théâtre National Populaire dirigé par  Jean Vilar. 

Une occasion pour les Koukryniksy, un collectif de peintres et caricaturistes soviétiques, dont Nikolaï Sokolov (1903-2000) était le représentant de faire le portrait des comédiens. Ce collectif a collaboré avec Vsevolod Meyerhold, le célèbre metteur en scène, à plusieurs reprises, en particulier en 1929 pour la création des décors de Klop, puis en 1932 pour la conception de la pièce Histoire d’une ville au Théâtre académique de la Satire de Moscou, et régulièrement avec le Théâtre TRAM de la Jeunesse ouvrière.

Nikolaï Sokolov noua des liens d’amitié avec nombre de ballerines, acteurs et metteurs en scène. Pour ses croquis au Théâtre Bolchoï, il puise son inspiration chez les impressionnistes et notamment chez Edgar Degas, l’un de ses peintres préférés. En 1937, en reprenant les dessins et peintures de Nikolaï Sokolov, le groupe Koukryniksy crée une série de caricatures d’artistes,  sous forme de sculptures, desœuvres récompensées par une médaille d’or  à l’Exposition universelle de Paris.

 «Les Koukryniksy, écrit-il avec humour, ont établi une division du travail très stricte, tout le travail se fait en bande. L’un d’eux trouve les sujets, l’autre sait bien dessiner les jambes et les nez et il sait caricaturer, le troisième touche l’argent». Nikolaï Sokolov a croqué ces artistes  en tournée, symboles du rapprochement entre l’Est et l’Ouest. Ses héritiers qui vivent en France, ont répertorié ses dessins, en collaboration avec Agathe Sanjuan, conservatrice-archiviste de la Comédie-Française, pour les exposer au Studio de la Comédie Française.  

Les acteurs de la Comédie-Française sont partis avec Molière: Tartuffe mise en scène de Fernand Ledoux et Le Bourgeois gentilhomme mise en scène de Jean Meyer mais aussi avec  Le Cid de Corneille, mise en scène de Jean Yonnel et Poil de carotte de Jules Renard. Une tournée avec une cinquantaine de panières de costumes  qui accompagnaient les acteurs voyageant en train, le buste et le fauteuil de Molière… Nikolaï Sokolov (1903-2000) va réaliser des caricatures des grands acteurs au cours de cette tournée mythique qui symbolise un rapprochement, au moins culturel, entre Est et Ouest.  On découvre ainsi les portraits de Louis Seigner, Jean Piat, etc.

IMG_0587 Mais on peut aussi voir  ceux  de Jean Vilar (dessin ci-contre) et de  Maria Casarès: en 1956, le gouvernement français demanda en effet à Jean Vilar d’aller faire une tournée en Union soviétique. Le T.N.P. , du 13 septembre au 7 octobre, donnera donc vint-trois représentations à Moscou et à Léningrad devant plus de 33.000 spectateurs!  Avec, au programme: Dom Juan de Molière, Le Triomphe de l’amour de Marivaux et Marie Tudor de Victor Hugo… On peut voir aussi le portrait d’André Malraux reconnaissable à ses épaules voûtées et ses yeux globuleux.

La petite-fille de l’artiste, Anna Sokolova, a donné à ces archives une nouvelle vie : ces dessins, photos, notes de mise en scène et quelques films restent aujourd’hui les seuls témoins de ce glorieux passé, et nous rappellent que le théâtre reste un vecteur d’unité entre les peuples. Le dessin au trait simple définissant le visage des acteurs sont souvent proches de celui Georges Goursat dit Sem (1863-1934), célèbre graphiste et caricaturiste du monde des arts. Les Comédiens-Français et ceux du T.N.P. qui ont fait ces tournées mythiques méritent bien une visite…

Jean Couturier

Jusqu’au 20 février, Studio-Théâtre, Galerie du Carrousel du Louvre, place de la Pyramide inversée, 99 rue de Rivoli, Paris (Ier). T. : 01 44 58 98 58.

A consulter : Nicole Bernard-Duquenet, La Comédie-Française en tournée ou Le Théâtre des cinq continents, 1868-2011, L’Harmattan, 2012.
Pierre Descaves, Molière en URSS, Amiot-Dumont, 1954.
La Comédie-Française en URSS
, in Paris-Théâtre, juillet 1954, n° 86.

 

Festival Jours et [Nuits] de cirque(s) au Centre International des Arts du Mouvement

Akoreacro - A - copie

Akoreacro

Festival  Jours et [Nuits] de cirque(s) au Centre International des Arts du Mouvement

 Un doux week-end d’automne dans la pinède abrite le C.I.A.M. d’Aix-en-Provence, inauguré en 2013. Deux beaux chapiteaux, espaces consacrés à la création et à l’innovation et le plus petit chapiteau du monde, pour quarante spectateurs enfants et adultes, celui des Zampanos. Sans compter, pour la vie et l’appétit du festival, des camions-cuisines de diverses spécialités, une librairie et surtout des ateliers d’initiation pour les enfants, au fil, au trapèze et au jonglage, et pour les plus grands, des baptêmes au trapèze volant. Le tout formant une jolie remontée de vacances. Au centre, le cirque  avec un public bienveillant, vivant et dont on partage les rires, le souffle retenu et les réactions.

Un public qui a bien accueilli Urban et Orbitch de la compagnie Microsillon, avec une errance nocturne de Bobitch dans la ville hostile. Dans un décor de déchets, poubelles et portes fermées, le clown fait vivre les perdus de la nuit, face à une institution mécanisée, débordée, incapable de les secourir. On rit des relations heurtées et tendres qu’entretient ce clochard avec son fauteuil roulant, sorte d’animal de compagnie, on rit du “bien vu“  et de la fantaisie. On rit moins d’un regard un peu convenu sur les boîtes gay (le clochard avec ses hauts talons en satin rouge). Une épatante bande-son recrée tout un monde, cruel, ironique, surprenant, autour d’un Bobitch à la dignité sans cesse en travail. On serait tout à fait content si les hauts et les bas du spectacle étaient vraiment joués, habités et si les moments creux, à plat, étaient ceux de la nuit, et non ceux du spectacle.

Daniil et Jenni

Daniil et Jenni

Mais joie presque totale pour Dans ton cœur de la compagnie Akoreacro. Presque, parce que retardée par une trop longue installation dans les gradins et une inutile mise en condition du public. Mais dans la mise en scène de Pierre Guillois, la troupe joue du masculin et du féminin et  toute l’histoire d’un couple : rencontre, famille qui s’agrandit, se défait… On jongle avec les appareils électroménagers  et les amoureux volent en plein rêve aux mains des porteurs dans ce spectacle né en 2017 (voir Le Théâtre du Blog). On a envie de tout raconter et de s’ébahir de cette dramaturgie virtuose, de l’invention et la finesse de cette énergie acrobatique mises au service du théâtre. Comédie, drame, performance, magie du mouvement : on en redemande. Allez, encore un souvenir savoureux: quand la super-Héroïne dézingue avec ses super-pouvoirs, les garçons qui lui permettent de voler…

Cabaret

 Un chapiteau avec tables et chaises sur les gradins autour d’une piste surélevée, accueille un Cabaret non moins réussi, sans autre fil conducteur que les haubans du chapiteau lui-même. Et un fil sur lequel marche Jenny Kastein, désinvolte, en short de jean comme si elle était dehors, puis de moins en moins désinvolte et de plus en plus virevoltante. On la reverra au cours du spectacle, envolée dans un superbe main-à-main avec Daniil Biriukov qui reviendra lui, pour d’autres pyramides.

zampanos

zampanos

La féminissime Ava (Oriane Bernard), dans un fourreau de satin vert émeraude, apporte au spectacle une troublante note rétro avec son numéro d’avaleuse de lames de rasoir et son audace à se hisser dans les cintres avec les dents. Un clown très discret (Julot Cousins) en costume gris à peine flottant et au chapeau plat à la Buster Keaton, viendra, après quelques tours vertigineux de hula hoop en haut d’un mât instable, déshabiller Ava d’un seul geste… On ne sait ce qu’on aime le plus dans ce Cabaret : la perfection presque distante, sans tapage de l’acrobatie ou du jeu avec la roue Cyr (Vincent Bruyninckx), l’humour et l’habileté du trio Moi et les autres qui joue les empêtrés (la rigueur et la fluidité des changements d’agrès aux mains d’une équipe de régisseurs au top, l’entrelacement des numéros, mis en piste par Davis Bogino et Christian Lacrampe. Surtout la musique d’Arnaud Méthivier, accordéoniste et compositeur, avec le violoniste Pierre-Marie Braye Weppe et le batteur Jean-Paul Moreau font de ce Cabaret, un organisme vivant. Le public écoute, accompagne souffle par souffle, parfois jusqu’au silence, non pas les numéros (on n’applaudit pas à la fin de chacun) mais les artistes, les personnes engagées. Et cela crée sous le chapiteau une communion rare  avec une attention et un soutien apporté aux acrobates. Aucun doute, à ces moments-là, on se dit que le cirque est vraiment un art.

Réalité virtuelle

Hold On 1

Hold On 1

Le C.I.A.M. et le festival offrent peut-être de plus original : le Pôle Innovation et le Chapiteau Création. Place, dans le premier, aux « arts numériques » qui viennent augmenter les arts du mouvement. Hold On (Restez en ligne) de la compagnie Fheel Concept, est né d’une chute de l’artiste aérienne Corinne Linder. Elle met en scène, dans nos lunettes connectées, le trac de l’entrée sur la piste, la peur et l’exaltation au sommet de l’agrès et la sidération de la chute. L’image est belle, sans que l’on ressente forcément le vertige et pourtant il ya quelque chose de vertigineux dans cette survie numérique d’un numéro qui ne peut plus avoir lieu…

À suivre, avec leur création The Ordinary Circus girl qui intégrera  la réalité virtuelle. Yoann Bourgeois, avec Fugue VR pousse sa recherche dans une autre direction, plus fantastique et fait traverser le trampoline par son double, le libère en fantôme, fait littéralement bouger les lignes en plaçant lui aussi, le spectateur au bord de son propre saut, faisant vaciller la perception. Esquisses très intéressantes dans les deux cas mais qui rappellent à la réalité et à la priorité du cirque physique et du mouvement: il y a encore du chemin entre la performance d’origine et son modeste développement numérique.

Hétérographies circassiennes

L’innovation la plus originale du festival reste le très sérieux et très drôle Workshops cirque et sciences humaines. Trois duos de scientifiques et d’artistes (merci à ces mots épicènes de nous éviter les difficultés de l’orthographe inclusive !) avec la contorsionniste Angela Laurier, pas vraiment à la retraite –vraiment pas- et l’historienne Karima Direche, confrontent leur difficultés à rendre compte des émotions nées du parcours de la comédienne syrienne Fadwa Suleiman, emblème de son pays, morte à quarante-sept ans. Vincent Berhault, jongleur et metteur en scène que l’on pourra voir au festival d’Auch Entre avec sa compagnie Les Singuliers est à l’initiative de ces duos. Il apporte une perturbation insolite et gracieuse au très sérieux cours sur la laïcité de Vincent Geisser, politologue et sociologue, qui, lui-même, se laisse embarquer du côté du clown blanc… L’Auguste Cédric Paga cherche à se faire soigner par le docteur en ethnomusicologie Olivier Tourny. Rire et réflexion naissent dans l’entre-deux, un lieu des complicités, chausse-trappes et émotions partagées. Moments d’un cirque très éphémère, -on ne voit pas ces chercheurs partir en tournée, sinon pour quelques colloques- mais c’est peut-être aussi la vocation d’un festival d’offrir ce genre de parenthèse créative.

Impossible de voir Le Petit cirque boiteux de mon imaginaire -c’était complet-, mais au moins on aura visité ce minuscule chapiteau et rencontré Michel et Annie Gibé, et on a aussi été présenté à la pacifique chienne Griotte et à l’élégante poule Irène (le rat Crakos faisait la sieste). On rêve à ce cirque archaïque d’où les animaux nos frères ne seront pas bannis, à condition que des défenseurs à œillères du bien-être animal ne leur interdisent pas les scènes bienveillantes comme celles-ci. La chienne-musicienne (quand ça l’amuse) partage l’orchestre avec des marionnettes, peut-être la première représentation humaine avant la peinture, selon Michel Gibé. Une frontière poreuse entre vivant et objet magique… Ici, l’exploit est dans le minuscule, l’insolite et dans le regard du public. Il paraît qu’il commence par rire, puis quitte  tout ému ce petit chapiteau.

Voilà un festival pas trop grand, sans lourdeur et où s’équilibrent spectacles éprouvés, que le public mérite bien de rencontrer, expérimentations et art de vivre. On y respire un cirque à la fois contemporain, exigeant, familier et toujours étonnant. Merci à Chloé Béron et Philippe Delcroix.

Christine Friedel

Les workshops ont été conçus par Vincent Berhault et Cédric Parizot, avec le soutien du C.I.A.M., du LabexMed, de l’I.R.E.M.A.M. (Institut de Recherches et d’Etudes sur les Mondes Arabes et Musulmans), le T.E.L.E.M.M.E. (Temps, Espaces, Langages, Europe Méridionale – Méditerranée) et l’I.D.E.M.E.C. (Institut d’Ethnologie Méditerranéenne, Européenne et Comparative).

Les Justes d’après Albert Camus, adaptation et mise en scène d’Abd Al Malik

©Julien Mignot

©Julien Mignot

Les Justes d’après Albert Camus, adaptation et mise en scène d’Abd Al Malik

 Le théâtre du Châtelet a réouvert ses portes en septembre, après trois ans de travaux, avec de nouveaux directeurs: Thomas Lauriot et Ruth Mackenzie. Abd Al Malik semblait l’homme de la situation pour donner un coup de jeune à cette vieille maison et capter un public qui ne va jamais au théâtre… Une intention louable et un défi que le performeur et romancier relève avec une distribution issue de la diversité : la plupart des acteurs d’origine africaine et maghrébine, viennent du cinéma et du show-biz. La musique de Bilal et Wallen est jouée en direct par un sextet : DJ, piano, claviers, guitare, basse, batterie.  Et un chœur de jeunes gens issus des banlieues intervient en contrepoint. De quoi « vitaminer » la dernière pièce d’Albert Camus, créée en 1949 au Théâtre Hébertot à Paris, avec Maria Casarès, Serge Reggiani et Michel Bouquet.

 

©Julien Mignot

©Julien Mignot

En ouverture, la neige tombe sur un homme en uniforme qui déclame un poème d’Abd Al Malik J’ai la foi. Belle image et belle performance de Frédéric Chau, un comédien de la bande du Jamel Comedy Club (temple du stand-up fondé par Jamel Debouzze) et célèbre grâce au film à succès Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu? Puis le rideau s’ouvre sur un imposant immeuble en coupe, avec au premier étage, le grand appartement des comploteurs qui jouxte d’autres logements où vivent des personnages anonymes. Dans les rues, marchent des hommes et femmes, bourgeois ou gens du peuple. Les décors d’Amélie Kiritze-Topor et les costumes de Coralie Sanvoisin nous transportent dans l’hiver russe en 1905 … Des vidéos tirées d’archives défilent: ambiance réussie et place à l’histoire de  ces Justes !

 La pièce retrace l’assassinat du Grand-Duc Serge à Moscou par un groupe de révolutionnaires socialistes et les débats contradictoires qui les agitent. Ils sont prêts à sacrifier leur vie et à tuer pour faire triompher leur juste cause:  « Mourir pour l’idée, c’est la seule façon d’être à la hauteur de l’idée. » La confrontation idéologique tient lieu ici de dramaturgie, les personnages tournent et retournent leurs arguments. Humaniste, Ivan Kaliayev, le héros qui lancera la bombe et qui sera pendu, affirme que «la poésie est révolutionnaire» et agit par  amour du peuple. Au contraire, Stepan Fedorov, tout juste sorti de prison et animé par la haine, soutient que «la bombe, seule, est révolutionnaire». Ivan refuse d’abord de faire exploser la calèche qui transporte, outre le Grand-Duc, sa femme et ses petits-neveux car «tuer des enfants est contraire à l’honneur ». Mais pour Stepan: «Qu’importe si la justice est faite même par des assassins».

 Prise entre deux feux, Dora Doulebov aime Ivan d’un amour réciproque mais la grande cause qu’ils soutiennent prime sur cet amour individualiste et bourgeois.  «Il est plus facile, dit-elle, de mourir de ses contradictions que de les vivre. » Comment donner corps à cette pièce philosophique, écrite en réponse aux Mains sales de Jean-Paul Sartre et qui pose la question, toujours actuelle, de la violence révolutionnaire ?

Nous nous réjouissions donc de voir ce que ferait Abd Al Malik du texte d’Albert Camus, son auteur-phare, son «grand frère» en poésie. Cet auteur d’un autre siècle a ouvert au jeune de banlieue qu’était Abd Al Malik, les portes de la littérature et de la poésie. Il lui a consacré un livre (Camus, l’Art de la révolte) et  lui rend un nouvel hommage avec ce spectacle. «Mon idée, dit-il, est d’abord de mettre en scène ou de donner à voir, avec le recul de l’histoire -la grande et la petite -, le récit de la décomposition progressive d’un idéal et de mettre en situation la vie et la mort d’une utopie, alors que celle-ci n’en est encore qu’à ses balbutiements.» Abd Al Malik n’entend pas parler du terrorisme actuel  mais veut remettre la pièce dans son contexte historique.

Déception! Nous avions apprécié les spectacles d’Abd Al Malik (voir Le Théâtre du Blog) mais ici, il est passé à côté de sa cible:  » mettre en scène une véritable “tragédie musicale” ». La pièce d’Albert Camus résiste au registre déclamatoire, a fortiori, parce que le rap et le slam promis, sont ici à peine amorcés. A l’exception du rappeur Matteo Falkone qui, au début de l’acte IV, joue Foka,  le compagnon de prison d’Ivan et dont la puissance  rythmique donne une belle énergie à la prose d’Albert Camus. Ailleurs, la langue discursive de cet auteur n’a pas les qualités mélodiques adaptées à ce traitement. En choisissant cette voie, la mise en scène passe à côté d’une direction d’acteurs fine, requise par la complexité des débats camusiens. A vouloir « bouleverser radicalement l’interprétation », le sens finit par disparaître derrière les phrases balancées vers la salle. Une musique instrumentale, souvent insipide, couvre la parole des acteurs, obligés de crier dans leurs micros-cravate et à peine audibles. Heureusement, comme à l’opéra, le spectacle est sur-titré…

 Pourtant, ici, d’excellents comédiens arrivent à nourrir leur personnage. Marc Zinga qu’on vu dans les pièces d’Aimé Césaire montées par Christian Schiaretti (voir Le Théâtre du Blog) réussit à faire exister Janek (Ivan) dans toute sa complexité, déchiré par ses contradictions. Lyes Salem donne à Stépan la posture monolithique de rigueur (on sent pointer le commissaire du peuple stalinien). Sabrina Ouazani, révélée au cinéma dans L’Esquive mais peu habituée à un plateau de théâtre, fait de son mieux en Dora et Clothilde Courau est une Grande-Duchesse convaincante devant un Ivan hanté par la culpabilité dans sa sinistre geôle, à l’acte IV.

©Julien Mignot

©Julien Mignot

 De temps à autre, dans le débat, un ange blanc passe, et les personnages se figent soudain: c’est l’âme russe incarnée par Camille Jouannest. Belle et étrange apparition mais pourquoi cet être fantomatique chante-t-il en yiddish le poème d’Abd Al Malik (allusion aux juifs, chassés de Moscou par le Grand-Duc ?).  Entre chacun des cinq actes, le chœur intervient : une dizaine de jeunes gens réunis en atelier par Abd Al Malik en ont concocté les textes. L’un après l’autre, ils s’avancent face public pour s’en prendre aux “Grands-Ducs“ d’aujourd’hui : multinationales, lobbies, capitalisme, dictatures, religion, terrorisme, patriarcat et sexisme… Mais ces paroles, en prise sur l’actualité et proférées avec conviction, ne passent pas la rampe et d’un bout  à l’autre, le niveau sonore est tel, qu’il brouille plutôt les pistes, et incommode une partie du public, non habitué à la musique techno. 

« Il s’agit, dit Abd El Malik, d’utiliser la musique comme un écrin qui mettrait en lumière la solitude et l’intense sincérité de l’engagement de nos Justes ainsi que la poésie et les enjeux philosophiques du texte camusien dans sa globalité, et qui nous permettrait de pénétrer, par l’émotion générée, son signifié le plus profond ». Un réglage moins agressif des micros et une balance plus équilibrée entre texte et musique, permettrait sans doute une meilleure écoute de ce spectacle de deux heures vingt (avec entracte) qui réunissait toutes les conditions pour apporter un nouveau souffle au théâtre. C’est bien dommage !

 Mireille  Davidovici

 Jusqu’au 19 octobre, Théâtre du Châtelet, 1 Place du Châtelet, Paris (Ier).  

 

 

Festival SPOT: sixième édition. 2 fois Toi : Rudy et José, mise en scène de Jean-Paul Delore

spot-6Festival SPOT , sixième édition:
2 fois Toi : Rudy et José, mise en scène de Jean-Paul Delore

 Ce temps fort dédié aux formes nouvelles tient sa sixième édition ! Les sept spectacles programmés s’articulent autour de la question des relations enfance / âge adulte. Comment grandir sans perdre la trace de ce qui nous a aidé à devenir ce que nous sommes ? Dans ce cadre, ce feuilleton théâtral, orchestré par Jean-Paul Delore trouve sa juste place.

«Nous avons commencé depuis juillet 2017, dit le metteur en scène et poursuivrons jusqu’en 2021, l’écriture d’une série de vingt formes courtes de théâtre (trente minutes) mettant à chaque fois et côte à côte, un enfant avec l’adulte qu’il voudrait devenir ou qui a peur de devenir ou qu’il est devenu, ou dans l’autre sens, l’adulte et l’enfant qu’il était ou qu’il aurait voulu (ne pas) être…» Il a demandé à des auteurs dramatiques, romanciers, poètes d’écrire en dialogue avec l’enfant qu’ils étaient.

Après avoir été joués à la Maison des Métallos et au Tarmac à Paris, au Théâtre Nouvelle Génération à Lyon et au Théâtre de la Joliette à Marseille, les six premiers épisodes : Sarah, Izabelle, Bolo, June, José, Zelda s’enrichissent cet automne d’un septième duo, Rudy, présenté ce soir en prélude à José, dans la petite salle du Théâtre Paris-Villette, par ailleurs en travaux.

©Sean Hart

©Sean Hart

Rudy, musique de Sébastien Boisseau et Marius Mallavaes, mise en scène de Jean-Paul Delore

 Sébastien Boisseau a déjà travaillé avec Jean-Paul Delore à la création de Langues et Lueurs, un récital qu’il a composé et joué avec Louis Sclavis sur des textes de Charles Baudelaire, Henri Michaux, Sony Labou Tansi et Dieudonné Niangouna. Le contrebassiste de jazz,  sollicité par son vieux complice, revient ici au base de la musique face à son double enfant :  Marius Mallavaes.

Le garçonnet tire de son encombrant instrument de petits sons indisciplinés. L’adulte lui réplique avec des coups d’archet sommaires mais magistraux, comme lui montrant la voie. Une demie heure où les notes s’échangent, prennent sens d’un instrument à l’autre, et se cherchent des terrains d’écoute et d’entente … Le grand Jazzman se retrouve gamin, dans les premiers balbutiements de son art et le musicien en herbe, pas plus haut que sa contrebasse d’étude, s’amuse à s’appliquer, non sans ironie. Un joli moment de transmission musicale.

José de Patrick Laupin, mise en scène de Jean-Paul Delore

 Cette figure de la poésie lyonnaise, Grand Prix de poésie de la Société des gens de lettres en 2013, trouve les mots pour dire une enfance de douleurs et de sensations étranges. Spécialiste de Stéphane Mallarmé, il tient la langue à bonne distance dans une dualité permanente entre concret et fulgurances verbales, entre “je“ et “tu“. Il puise aussi dans sa propre mémoire- il appartient à une famille de mineurs de fond des Cévennes-  et dans les souvenirs d’enfants ” hors monde” (autistes), ou en rupture de lien social, côtoyés dans des écoles, lieux d’alphabétisation ou d’internement (voir Les Langagières 2019, dans Le Théâtre du blog).

Il a livré au metteur en scène des pages sans concession intitulées Tout ce blanc que se partagent ici Stéphane Bernard et le jeune Mohamed Aigoinn. Le texte oscille sur une ligne tendue entre vers et prose. L’adulte et l’adolescent  disent avec une bonne dose d’humour, une blessure, l’être, l’autre. «Les imaginations, côté pile, c’est un trésor, côté face, c’est un poison. Le balancier, c’est toi.» Réponse de l’enfant au poète ou vice-versa ? Les acteurs nous entraînent dans un fascinant labyrinthe verbal…

 Mireille Davidovici

 Spectacle vu le 2 octobre, au Théâtre Paris-Villette, 211 avenue Jean Jaurès, Paris  (XIX ème). T. : 01 40 03 72 23.

Othello d’après William Shakespeare, mise en scène d’Arnaud Churin

 Othello d’après William Shakespeare, mise en scène d’Arnaud Churin

 

©Photo de répétition. Pénélope Ambert

©Photo de répétition. Pénélope Ambert

Créée en mars dernier à la Scène Nationale d’Alençon, cette mise en scène nous arrive avec une réputation de renversement volontaire des signes : le Maure, seul Noir au milieu des Vénitiens blancs, est joué ici par un acteur blanc, seul au milieu des Vénitiens noirs. Dans ce contexte qui interroge vivement, et à juste titre, la notion de race, cette création pourrait passer pour un manifeste, voire un essai  en vue de démontrer la relativité respective des situations d’exclusion. Mais ce projet est plus vaste qu’un simple renversement du regard : il met en jeu aussi bien le poids du langage dans la vengeance de Iago que le machisme exercé  sur Desdémone par un système de pouvoir, du Doge jusqu’à son époux Othello qui condamne la femme sans l’entendre.

 Grâce à la scénographie de Virginie Mira qui a imaginé des voiles suspendus et transparents avec de légers déplacements,  (nous sommes au bord de la mer soit à Venise, soit à Chypre), l’espace se structure, devient palais, ruelles, port, place publique, jusqu’à la chambre du meurtre final. Intérieur et extérieur se confondent, tissant dans un espace commun les éléments objectifs de la guerre contre Chypre et les sentiments des protagonistes. Cette transparence, parfois mouvante, parfois opaque, évoque aussi le labyrinthe du langage, ce qu’il dit et ce qu’il cache, le double sens des intentions,  comme ce que l’on croit voir et croit  comprendre. La mise en scène, grâce à cet appareillage simple, suggère, plus qu’elle ne démontre, toutes les méprises qui vont, au fur et à mesure des stratagèmes de Iago, emprisonner Othello dans le fil arachnéen du doute.

 Les acteurs ont été choisi par cooptation, en fonction de leur sensibilité au projet et un effet de troupe se dégage du jeu, laissant apparaître des tempéraments plus assurés que d’autres, ce qui n’entame en rien le charme de la représentation. Daddy Moanda Kamono (Iago) construit son personnage par petites touches autour de la nécessité d’obtenir le commandement qu’il espère et qui lui échappe. Et le premier jaloux de la pièce, c’est lui. Conscient de sa jalousie dévorante, il la met au service de son ambition et voit qu’il lui est possible de faire coup double : se débarrasser du général Cassio et détruire Othello qu’il exècre, en accusant Desdémone de familiarité avec son rival.

D’étape en étape, Daddy Kamono nous entraîne dans le sombre escalier de la conscience malade de Iago, sans jamais simplifier ni éclairer cette longue descente dans les sous-sols du mal. Du grand art… Emilia, sa femme (Astrid Bahiya) au service de Desdémone, est au courant des sombres projets de son mari mais se détourne petit à petit de la machination ultime,  avec un jeu tout en finesse et elle finit par affirmer l’autonomie morale de son personnage.  Ce personnage qui se révèle et s’enrichit tout au long du spectacle, est la belle révélation de cet univers sombre où chacun est attaché à ses intérêts. Autre jolie découverte, la toute jeune Julie Héga  incarne une Desdémone juvénile, primesautière, libre en un mot, aussi bien du joug paternel que des figures obligées de la cour du Doge. Telle une biche gambadant vers son destin, elle choisit l’homme différent, celui qui vient d’ailleurs, le «Caucasien», Othello, l’homme de guerre qui l’aime éperdument. Mais ici, ce couple ne fonctionne pas vraiment bien : Mathieu Genet peine à trouver le registre qui l’affirmerait comme chef d’armée et comme amant. Son Othello, un peu fade, disparaît sous les égards amoureux de sa femme.

Cette appellation de «caucasien», pour cet homme blanc (venu des steppes ?) laisse d’ailleurs songeur : le terme a été créé au XIX ème siècle par des anthropologues européens, avec une nette intention de classification raciale. Il englobait d’ailleurs les populations moyen-orientales. Par quelle étrangeté, ce terme inventé trois siècles plus tard, aurait-il pu se trouver dans la bouche de Noirs au temps de Shakespeare ? Panne d’inspiration donc, pour trouver un terme alternatif à celui de Maure, autrement plus poétique et peut-être plus inquiétant. On peut aussi s’interroger sur le choix d’une esthétique samouraï : Arnaud Churin a choisi des costumes japonisants et donné une gestuelle guerrière à ses comédiens. Venise est menacée, certes et l’Orient est conquérant. On reste quand même un peu médusé par ces hakas sporadiques, d’ailleurs venus d’Océanie et non du Japon…

 Malgré ces quelques faiblesses de mise en œuvre, le spectacle, à la racialisation inversée, prouve qu’Othello n’est pas seulement une pièce sur la haine de l’Autre, ni sur le dur chemin pour faire reconnaître sa valeur, ni même sur le désordre profond que la jalousie apporte à l’ordre social comme à la paix du couple. Le metteur en scène met aussi l’accent sur le meurtre d’une femme qui s’est donné la liberté d’aimer qui elle veut, et sur la fonction du langage comme matière première de l’aveuglement. En effet le récit de Iago est le réel d’Othello, qui se substitue à ce qu’il sait et ce qu’il éprouve. Manipulation qui n’est l’apanage ni des Noirs ni des Blancs et Iago, à plus d’une reprise, a de profondes réflexions sur la nature de ses choix et la notion de volonté y est centrale : «Nos corps sont nos jardins, dit-il, mais nos volontés sont nos jardiniers.» Plus puissantes que les règles d’obéissance en vigueur, elles peuvent renverser les usages, la bienséance et l’honneur. «Le cœur est la plus grande armée de l’univers.» Et ce que notre volonté et notre cœur désirent, aucune morale ne saurait nous en priver.

Chaque époque s’approprie les grands textes du répertoire en fonction des réalités. Arnaud Churin tient à renverser la perception du public par cette inversion de couleur de peau, en répondant sans doute à ses convictions personnelles, comme à son envie de travailler avec Denis Pouwara, Nelson-Rafaell Madel, Aline Belibi, Jean-Felhyt Kimbirima et Ulrich N’Toyo, tous excellents.  Ils laissent ouvertes toutes les pistes (poétiques, psychologiques, sensuelles, historiques) qui nourrissent le regard d’un spectateur, sans l’enfermer dans une démonstration par trop contemporaine de nos débats actuels..

Marie-Agnès Sevestre

Jusqu’au 19 octobre, Théâtre de la Ville-Théâtre des Abbesses, 31 rue des Abbesses, Paris (XVIII ème)

 Et du 13 au 16 novembre, Théâtre Montansier, Versailles (Yvelines)

 

 

Fête des vendanges de Bagneux: cinquante-neuvième édition

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Fête des vendanges de Bagneux : cinquante-neuvième  édition

 Autrefois important carnaval des vendanges maintenant dirigé et programmé par Marie Piquet, programmatrice de cette fête. Un beau moment fédérateur et très populaire de la vie locale, dans cette commune de la vallée de Chevreuse… Cela  se passe dans les rues mais surtout dans le beau parc Richelieu avec cette année,  une grande installation éphémère conçue autour des contes de Peter Pan, le Magicien d’Oz, Hansel et Gretel, Blanche-Neige, Pierre et le Loup, Alice au Pays des Merveilles… Jack et le Haricot magique. Mais aussi des spectacles, concerts. Le tout fréquenté par quelque 10. 000 spectateurs… Tout est gratuit, y compris le verre de jus de pomme pressé sur place et les grappes de raisin. Pour le vin, la vigne récemment plantée ne devrait pas tarder à produire du raisin en quantité suffisante. Oui, autrefois il y avait des vendanges en région parisienne, nous avons encore connu  des gens qui en récoltaient sur leur treille. Et la vigne de Montmartre a été préservée..

Les partenaires sont locaux  Théâtre Victor-Hugo, Le Plus Petit Cirque du Monde , Maison de la Musique et de la Danse, Studio de musique la Chaufferie, Maison des Arts, Médiathèque Louis-Aragon, Archives municipales.  Et quinze centres de loisirs avec cinq cent participants volontaires qui s’emparent de Peter Pan, Blanche-Neige et les Sept Nains, Le Magicien d’Oz, Hansel et Gretel, Alice au Pays des Merveilles… pour créer décors et costumes, participer à des chorégraphies pour  quelque mille personnages. Mais il y a aussi de nombreux spectacles  

 La compagnie de la Migration de Quentin Claude et Marion Even

Elle crée des structures cinétiques en fer. « Proches de la pensée du landart, disent-ils, nous souhaitons poser un regard sur le paysage à travers une pratique acrobatique en mouvement. Nous travaillons principalement en extérieur, incluant le paysage comme partenaire. « Être » dehors, c’est se poser la question de comment « être » au monde..« Être » dehors, c’est aussi requestionner les lieux de représentation du cirque, l’amener à une frontière dans l’idée de le pousser dans ces retranchements et dans de nouvelles explorations. » Encore un bon exemple de la relation entre arts plastiques et spectacle qui a fleuri dans les années 60-70 avec  les Américains comme Bob Wilson, Meredith Monk, John Vaccaro, Stuart Sherman… Ici, cette belle plate-forme faite d’un plateau rectangulaire monté sur un axe est déjà une sculpture en elle-même très dépouillée et absolument neutre, dans la lignée d’architectes du Bauhaus comme Ludwig van der Rohe ou Marcel Breuer.  Et finalement plus proche du minimal art de Robert Morris, Carl Andre et Donald Judd, que du land art. Mais c’est aussi, ce qui n’est pas incompatible, un bel outil pour acrobaties.

A Bagneux, cela se passe sur une belle pelouse abritée par de grands arbres et les deux acrobates montent sur cette plate-forme qu’ils vont parcourir dans les deux sens mais aussi en diagonale, le corps de l’un faisant contrepoids à celui de l’autre. Brillantissime aux meilleurs moments avec une légèreté et une « facilité » apparente mais qui est sans doute le résultat de longues répétitions et il y a comme de la chorégraphie dans l’air. Chapeau ! Et le public admiratif ne boude pas son plaisir  mais cette performance physique a ses limites et tourne un peu à la démonstration…

Borderless de et par Blanca Ivonne Franco et Sébastien Davis-Van Gelder

C’est une création sur un plateau noir entre acrobatie et danse contemporaine avec deux artistes qui ne cesse de s’unir puis de se sépare dans une chorégraphie aussi précise que délicate. Elle est mexicaine, issue de l’Ecole de Cirque de Châlons-en-Champagne et lui, un acrobate franco-américain. Autant dire que les frontières, ils connaissent… Frontières ici tracées à la craie qu’ils ne cessent de franchir pour se voir aussitôt refoulés. Des moments qui sont à la fois d‘une rare économie puisqu’ils n’y a ici aucun agrès, trapèze… et que tout se joue d’un corps à l’autre avec une grande virtuosité et parfois une certain humour, notamment quand ils arrivent chacun avec un cactus en plastique, un petit pour elle, la Mexicaine et évidemment un très gros  pour lui, l’Américain.
Oui, mais… la mise en scène est aux abonnés absents et si le jeu dans la première partie est souvent remarquable, la suite est moins évidente… Blanca Ivonne Franco et Sébastien Davis-Van Gelder  arrivent mal à gérer une intrigue qui part un peu dans tous les sens. Il y faudrait autant de rigueur artistique que de rigueur acrobatique. Et pour le moment, même avec le regard extérieur de Guy Alloucherie, cela reste un travail en cours avec des longueurs même s’il dure à peine quarante-cinq minutes. Surtout pour un spectacle en plein air. Mais bon, il y avait quelque trois cent spectateurs  et ils les ont longuement applaudi…

Philippe du Vignal

La Fête des Vendanges de Bagneux a eu lieu les 28 et 29 septembre.

 

Maldoror, d’après Les Chants de Maldoror de Lautréamont, mise en scène de Benjamin Lazar

Maldoror, d’après Les Chants de Maldoror du comte de Lautréamont, mise en scène et interprétation de Benjamin Lazar

 B4D935CE-B8F1-4E42-BA7A-328A23F0F3C4Il faut une certaine audace pour adapter au théâtre une œuvre aussi fameuse que mal connue du public et peu enseignée, même si elle a été commentée par de nombreux écrivains.  Depuis les Surréalistes qui  révélèrent Isidore Ducasse, jusqu’à Gaston Bachelard qui le qualifie de «poète des muscles et du cri». Un auteur étrange et fascinant : le Chant premier, publié en 1868, était anonyme et un an plus tard Les Chants de Maldoror paraissaient en Belgique sous le nom d’un certain « comte de Lautréamont ». Enfin les Poésies, éditées plus tard, sont signées Isidore Ducasse… On sait aujourd’hui que la courte vie longtemps nimbée de mystère,  du jeune écrivain, né en 1846 à Montévideo (Uruguay), se termina en 1870 à Paris, à son domicile, 7, rue du Faubourg Montmartre. `

Le metteur en scène situe l’action dans la chambre où le narrateur tisse son récit « somnifère», rêve et compose, dans la souffrance, ses chants noirs et provocateurs. Un table, un lit parsemé de fleurs, devant lequel se dresse parfois un tissu blanc servant  d’écran pour des images vidéos ou pour des jeux d’ombres. L’adaptation puise dans les cinq premiers chants  laissant de côté le sixième et  reste fidèle à la nature fragmentaire de l’œuvre, faite de strophes détachables qui empruntent à tous les modes discursifs : imprécation, récit, fable…  Le caractère oral de la prose se prête à une transposition scénique.

 Dans le Chant premier, s’esquisse même un semblant de drame dialogué : « Une famille entoure une lampe posée sur la table/-Mon fils donne moi les ciseaux qui sont placés sur cette chaise/-Ils n’y sont pas mère…»  Le comédien en profite pour amorcer un théâtre d’objets avec une petite tempête dans une verre d’eau quand,  dans cette famille idyllique, surgit Maldoror, une sorte de vampire en quête du sang de garçons imberbes. Esprit satanique, haineux, voué à la destruction ( « J’ai fait un pacte avec la prostitution afin de semer le désordre dans les familles »)  mais en mal d’aurore comme le rappellent la fin du Chant cinquième : « Il ouvre les contrevents de la fenêtre. » (…) «Il contemple la lune qui verse sur sa poitrine des rayons extatiques. » (…) «Il attend que le crépuscule du matin vienne apporter par le changement de décors, un dérisoire soulagement à son cœur bouleversé.»

 Sur scène comme dans le livre, Maldoror est, soit le sujet de l’énoncé et des commentaires, ce qui permet à l’acteur de nombreuses adresses au public au nom de l’auteur, soit le héros qui prend alors le dessus sur le narrateur et donc la parole. Benjamin Lazar joue de cette ambigüité, de ce “je“ versatile, pour construire un personnage composite et tenir la pièce par les deux bouts.  Un parcours cohérent et concis, même si le rythme laisse à désirer dans la première demi-heure, souvent noyée dans une abondance d’images-vidéo. Benjamin Lazar réussit à mieux nous captiver quand le théâtre prend le pas, avec des jeux de scène simples, accessoires et lumières signifiants. La musique, elle, reste le plus souvent en retrait. «Lire Maldoror, écrivait Maurice Blanchot: c’est consentir à une lucidité furieuse dont le mouvement d’enveloppement, d’embrassement ne se laisse reconnaître qu’à son terme, et comme l’accomplissement d’un sens absolu, indifférent à tous les sens momentanés par lesquels doit passer le lecteur… » (…) « La lecture de Maldoror est un vertige.» 

Mais ici, on est loin du vertige… avec cette version des Chants un peu trop timide  L’acteur-metteur en scène donne un certaine naïveté à son double personnage, le démythifie en un jeune homme mélancolique. On est loin du « dynamiteur archangélique » décrit par Julien Gracq qui tenait Isidore Ducasse comme un « grand dérailleur de la littérature ». Fidèle mais trop sage, Benjamin Lazar nous invite à un joli voyage poétique dont on retiendra le rêve romantique de l’Hermaphrodite, le naufrage du paquebot et la copulation monstrueuse de Maldoror avec une femelle-requin, ou encore le récit rocambolesque du cheveu, dans cette maison de passe si bien décrite : «Une lanterne rouge, drapeau nu du vice, suspendue à l’extrémité d’un tringle, balançait sa carcasse au fouet des quatre vents. » Le bestiaire gothique : aigles, condor, crapauds, requins, poules, pourceaux, corbeaux… omniprésent dans le livre prend aussi toute sa place dans ce spectacle qui nous donne envie de relire ce «cri d’ironie immense».

 Mireille Davidovici

 Du 2 au 5 octobre puis du 15 au 19, Athénée -Théâtre Louis-Jouvet, square de l’Opéra Louis-Jouvet, Paris (IX ème).  T. : 01 53 05 19 19.

Le Pont du Nord, un spectacle de Marie Fortuit

Le Pont du Nord, un spectacle de Marie Fortuit

Crédit photo : Elisabeth Carecchio.

Crédit photo : Elisabeth Carecchio.

Entre autres inspirations bienfaisantes, une chanson-comptine s’est invitée à l’esprit de l’auteure, metteuse en scène et comédienne. Artiste associée au Centre Dramatique National de Franche-Comté pour la saison 2019/2020, elle reprend ici un air et des paroles enfouis dans sa mémoire depuis l’enfance : «Sur le pont du Nord, un bal y est donné. Sur le pont du Nord, un bal y est donné… La belle Adèle voudrait bien y aller, la belle Adèle voudrait bien y aller… » La jeune fille demande l’autorisation à sa mère qui lui répond : « Non, non, ma fille, tu n’iras pas danser. Non, non, ma fille, tu n’iras pas danser … »  Et, comme dans un conte, écrit l’auteure, le frère d’Adèle arrive sur un bateau doré, transgresse l’interdiction maternelle et emmène sa sœur au bal. Tous deux, enchantés, dansent une fois ensemble mais le pont s’écroule et ils meurent noyés. «Voici le sort des enfants obstinés» dit la morale de cette chanson populaire.

 Ici, l’héroïne et narratrice est interprétée par l’auteure dont la parole intérieure répond à un bel élan poétique mais aussi à celle aussi du frère et de l’amie, et à celle silencieuse d’un un pianiste taiseux qui joue Beethoven et Schubert. La parole intime a aussi circulé à l’intérieur du quatuor, lors d’improvisations où se sont invités souvenirs et imaginaire. La scène se révèle d’autant plus significative des sentiments existentiels que l’eau a coulé sous les ponts. Laissant passer le cours irréversible des jours et dessinant une distance propre à l’élucidation de la signification des événements…  A la manière de Risibles amours (1968) de Milan Kundera, que cite Marie Fortuit, les êtres traversent le présent les yeux bandés, pressentant ce qu’ils vivent. Plus tard, le bandeau dénoué, ils examinent leur passé et ont enfin conscience de ce qu’ils ont vécu et en comprennent le sens trop longtemps caché. D’un côté, le théâtre et l’art qui s’extraient d’une expérience intime et symbolique mais, de l’autre, la vie quotidienne avec ses codes sociaux, références et habitudes.

 Adèle a grandi à vingt kilomètres de Valenciennes, à Maresches (Nord), élevée avec son frère par sa mère, une veuve qui tient un magasin de parapluies. Pour le frère et la sœur, le football est une passion, une vraie. Et Marie Fortuit a joué sérieusement au foot et a fait partie de l’équipe du Paris-Saint-Germain. A côté de la finale de foot masculin en juillet 1998 vue sur les écrans des bistrots, a lieu la ducasse, cette kermesse populaire, à Maresches  avec un bal comme ce soir de juillet quand résonne la victoire enivrante de la Coupe du Monde. Heureux, frère et sœur chantent Si tu n’existais pas… de Joe Dassin.  Mais Adèle quitte le Nord pour Paris et Octave, son frère, la rejoindra seulement dix ans plus tard, pour un entretien d’embauche. Il la retrouve dans l’appartement de leur tante décédée, occupé par son compagnon, un musicien. Adèle s’est reconstruite pour se redéfinir librement et tenir, en toute connaissance de cause, les fils embrouillés et emmêlés de sa jeune existence. Elle se révèle au spectateur dans l’authenticité et la pudeur et elle communique par texto, de conscience à conscience, avec une amie, pilote de ligne. Une présence/absence, ultime repère d’une attente inespérée…

 Louise Sari a imaginé une scénographie ludique avec un sol qui pourrait être un terrain de sport avec, au centre, une chambre à deux lits-tiroirs pour le frère et la sœur et des éléments de mobilier qui seront aussi les premiers gradins d’un stade. Dans un rapport bi-frontal entre scène et salle. Des ballons ici et là, des séances d’habillage/déshabillage dans un vestiaire… Les deux acteurs interprètent au micro des chansons, entre autres, celle de la pilote de ligne, lors d’une étape au Japon.

La vie impulsive va, comme elle va, dans un désordre savamment ordonné et la surface de jeu est un espace de réparation existentielle,  un miroir tendu au public qui peut se reconnaître ici ou là, dans cette expérience fondatrice. La leçon finale, si leçon il y a, n’est pas tant comme dans un match de foot où il faut à tout prix prendre le ballon, de marquer et de vaincre l’autre, mais de savoir vivre sereinement auprès de lui.

La lumineuse Marie Fortuit (Adèle) a une force imparable et une sensibilité à fleur de peau. Antoine Formica  est, lui, un frère franc et ouvert, capable d’humour et à l’énergie comparable à celle d’Adèle… dont l’amie et amante, reine du ciel et des songes, est incarnée entre liberté et retenue par Mounira Barbouch, à la belle présence et le sourire aux lèvres. Damien Groleau est le pianiste de ce spectacle enthousiaste, pétillant et qui a une réelle délicatesse poétique.

 Véronique Hotte

Le spectacle a été créé et joué au Centre Dramatique National Besançon-Franche-Comté, avenue Edouard Droz, Besançon (Doubs) jusqu’au 5 octobre. T. : 03 81 88 55 11.

Théâtre du Garde-Chasse, Les Lilas (Seine-Saint-Denis) le 10 octobre et Théâtre de l’Echangeur, Bagnolet (Seine-Saint-Denis) du 15 au 23 octobre. T. : 01 43 62 71 20.

Le Cri de la Pomme de terre du Connecticut de et par Patrick Robine, mise en scène de Jean-Michel Ribes

Le Cri de la Pomme de terre du Connecticut de et par Patrick Robine, mise en scène de Jean-Michel Ribes

67057217-0C6B-4A2A-966D-5F733C9958ACGrand interprète animalier, naturaliste et botaniste, ce poète-acteur avait déjà été accueilli au Théâtre du Rond-Point où il avait présenté La Danse du séquoia, Le Naturaliste, Le Zootropiste, La Ferme des Concombres. Il  se déclare heureux d’y revenir…

Il arrive en kimono et  nous détaille la vie de trois cent vingt espèces de pommes de terre. Il imite la Roseval à l’étouffée ou la précoce Belle de Fontenay. En Espagne, il rencontre un élan: « C’était un bel élan ; un mâle exceptionnel avec un trophée de plus de deux mètres cinquante d’envergure ! Je l’ai rencontré en Espagne à trois heures du matin… À la sortie d’une boîte de nuit : La Chorriza. Il était là, sur le parking au milieu des Harley, il venait de faire le bœuf dans l’arrière-salle, il avait l’air paumé…. Il était blanc, tout blanc, avec des yeux noirs et des grandes cornes translucides, en arcopal. Je me dis: il a dû se perdre, ou peut-être a-t-il été rejeté par les siens. Il avait la goutte au nez et portait un vieux duffle-coat, il sentait le tabac… Il avait un tatouage dans l’oreille… Un numéro de téléphone au Canada… »

En Afrique, Patrick Robine croise un lion qui lit Roland Barthes mais fait aussi des commentaires sur les plantes, notamment un séquoia d’Aurillac qui viendrait d’Amérique de l’Ouest… «Tout a commencé un soir de septembre 1967, avec les prédateurs de la pomme de terre, la taupe, le sanglier et les Allemands. » (… ) « Je vais vous raconter ma vie.  On distingue deux cent cinq sortes de chauve-souris… »

Il commente une peinture chromo avec une mimique expressive puis évoque les chutes du Zambèze, ou l’armoire pleine de linge de table basque de sa vieille tata.«Les pommes de terre avaient tout envahi! » (…) « J’écoute beaucoup ce que me racontent les enfants… Je suis pourvu de grosses narines, alors j’ai du nez! Je reçois, je prends tout comme une éponge. Un mot, une image, un son… Rien ne m’échappe.»

Un beau solo jubilatoire, chargé de poésie et tout à fait salutaire !

Edith Rappoport

Jusqu’au 23 octobre, Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin Roosevelt, Paris (VIII ème). T. :  01 44 95 98 21.

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