Dear Life, conception et mise en scène de Wang Chia-Ming

 

Dear Life, conception et mise en scène de Wang Chia-Ming, (spectacle en mandarin, surtitré en français)

Crédit photo : Yueh Yueh Liu.

Crédit photo : Yueh Yueh Liu.

Fondateur et directeur du Shakespeare’s Wild Sisters Group, le metteur en scène taïwanais explore le théâtre expérimental de sa griffe personnelle avec une fusion entre tradition et innovation, entre culture populaire et avant-garde. Il privilégie les formes contemporaines, avec  notamment, le jeu dans un espace vide et la voix. Et il collabore avec des artistes de toutes les disciplines. Ici, nous sommes invités au récit de quatre vies à partir des nouvelles de la Canadienne Alice Munro, prix Nobel de littérature 2013,  le premier attribué à un écrivain de son pays. Cela se passe souvent dans le Sud-Ouest de l’Ontario, au centre-est du Canada, en bordure des Grands Lacs et des États-Unis, avec des personnages d’origine écossaise et irlandaise. Wang Chia-Ming transpose ce récit à proximité de Taïwan.

Des images précises et lumineuses, mises en relief sur un fond sombre. La narration est portée à cour par une actrice, souvent assise à une table éclairée par une lampe de chevet. Et ici la langue est sobre et lyrique pour révéler la vie des gens ordinaires, comme autant de miniatures significatives de la société. Un théâtre qui reproduit en deux heures la vie intense et sa symbolique -ici et maintenant- et, à l’entrée comme à la sortie du spectacle, il y a une minute de silence. Rebondissements de l’intrigue, émotions, rythme, et climat: on s’émerveille des images, sons et musiques mais aussi de la pensée politique de Wang Chia-Ming qui, plutôt que préciser l’intrigue, met en valeur les détails de l’environnement et les objets.

Chacune des quatre histoires est menée par un personnage féminin mais avec des temporalités différentes. La première est conduite par trois époux successifs, une autre dure un après-midi, la troisième est rythmée de chansons et des souvenirs d’une vie, et la dernière a lieu dans la ville de Taoyuan. Une fois posés la topologie, le climat, l’histoire et la culture du lieu, les sensations diffèrent : l’art de la cuisine chez l’un des maris, la préparation savoureuse et épicée de bons petits plats poivrés du Setchuan et la joie de vivre des humbles. Le souvenir par l’épouse d’un trajet en bus pour se rendre à l’usine le matin, frigorifiée mais qui n’en compte pas moins les jolis étangs ou lacs qui jalonnent le parcours. Des hommes, en titubant ou se balançant, tiennent la  barre dans bus. Elle rencontre un autre homme qui place son argent dans l’immobilier et s’enrichit. Le souvenir aussi d’une sœur aînée, une fausse jumelle qui  la voyait avec condescendance comme « différente » et ne lui rendait pas visite à son travail, comme elle le lui demandait. Elle choisit un jour de quitter la vie. Il y a aussi d’anciens camarades de lycée qui consomment les stupéfiants de l’époque : super Glu, N°4 c une drogue de synthèse et la poudre blanche. L’art du tatouage et de la grue en papier, figure emblématique de l’origami au Japon. La noix de bétel, le chewing-gum taïwanais prisé des milieux populaires.

 Est présente aussi la Maison des célèbres marionnettes à fils avec une scène sculptée dont la taille se mesure avec la règle de Luban, un outil qui permet de la déterminer sous les plus heureux auspices. Ce petit bâtiment de bois  ressemble à un autel divin. Des chiens tenus par leur maître, joués par des  acteurs masqués,  errent sur le plateau où la neige tombe… Un pianiste joue et les comédiens au repos, sont assis à des tables séparées par des paravents transparents derrière lesquels on devine des ombres. Alternent portraits individuels et de groupe, musiques traditionnelles ou d’aujourd’hui enregistrées. On ressent la bonne humeur des personnages malgré leurs misères. Les  nombreux acteurs, isolés ou en chœur, dansent et chantent sur le plateau habité par ce temps du théâtre où est expérimentée une durée d’existence, à la fois par les acteurs et par le public.

Véronique Hotte

Le spectacle a été joué à la Maison des Arts de Créteil (avec le Festival d’automne à Paris) du 28 au 30 novembre. T. : 01 45 13 19 19.

L’œuvre d’Alice Munro est publiée aux éditions de l’Olivier.

 


Archive pour novembre, 2019

Allegria chorégraphie de Kader Attou

©justine_jugnet

©justine_jugnet

Allegria chorégraphie de Kader Attou

 Nous avions été impressionnés aux Francophonies en Limousin 2015 par Opus 14, une pièce  avec seize danseurs. Pour sa nouvelle création, la seizième de sa carrière, Kader Attou  a choisi un format plus réduit et une construction moins abstraite,  fondée sur une succession de tableaux. Il y met en scène des situations dramatiques, burlesques et, répit à cette danse inventive, des échappées poétiques…

Comme si, pour lui, le sujet de la danse n’était plus seulement la danse mais les relations entre les individus, en connivence ou en opposition: «Un endroit pour que des êtres se rencontrent par envie ou par hasard, avec des choses qui arrivent puis disparaissent, comme cela se passe dans un rêve. » Il s’appuie plus sur la personnalité des danseurs: «J’écris à partir de leur mouvements, ce que leur corps propose. »

Le chorégraphe, sans renoncer à son vocabulaire hip-hop, à la fois aérien et ancré au sol avec acrobaties collectives ou solos virtuoses, dessine des situations, crée une imagerie onirique, soutenue par la musique de Régis Baillet, légère ou grave, en boucles véhémentes ou en volutes lyriques, jusqu’au chant religieux… La pièce s’ouvre sur une image : devant le vaste rideau drapé à l’avant-scène, un homme pose sa valise. Bientôt, d’autres le rejoindront et essayeront de s’en emparer : ainsi commence une lutte joyeuse et bondissante, autour de cet objet de convoitise qu’on retrouvera à la fin du voyage où nous entraînent huit danseurs infatigables. 

Camille Duchemin a créé une scénographie évolutive avec un espace qui se creuse : le rideau tombe, donnant le champ libre aux interprètes qui alternent solos, duos, trios, quatuors, sextuors et autres combinatoires. De temps à autre, un danseur se sépare de l’ensemble, solitaire, pour quelques évolutions dans son style personnel, bientôt rejoint et imité par les autres. A mi-parcours, le mur qui barrait le fond de scène s’efface et un grand écran capte les éclairages changeants de Fabrice Crouzet, définissant des climats contrastés. Il devient aussi un voile translucide derrière lequel les interprètes passent en ombres chinoises, simples silhouettes ou créatures chimériques.

 De ces quatre-vingt dix minutes, nous retiendrons des moments inoubliables: la traversée d’une mer houleuse où les danseurs plongent dans les vagues, figurées par un tissu agité entre cour et jardin. Sur la plage, gît un homme aussitôt ressuscité et rejoint par le groupe : «Je n’ai pas écrit ce spectacle pour faire oublier la misère du monde ni pour la mettre en avant, dit Kader Attou. J’aime raconter avec légèreté ce qui se passe de grave dans le monde. »

Allegria se veut donc une pièce joyeuse où le chorégraphe débusque les éclairs d’humanité dans la violence et même la poésie du monde, comme dans la scène finale où la valise, métaphore des migrations aventureuses, laisse échapper comme par magie, des objets inattendus… Le directeur du Centre chorégraphique national  de la Rochelle (depuis 2008) , donne une fois de plus au hip-hop ses lettres de noblesse et lui confère ici un supplément d’âme : « L’idée, dit-il, c’est de chercher la poésie partout où elle se trouve. J’aimerais que les gens sortent heureux, que le titre s’inscrive dans les corps du public.» Pari tenu : il raconte tout en douceur la gravité du monde et transmet cette jubilation au public, enthousiaste.

Mireille Davidovici

Jusqu’au 5 décembre, Théâtre national de la Danse-Chaillot, 1 place du Trocadéro,  Paris (XVI ème). T. : 01 53 65 30 00.  Et le 30 décembre à partir de 10 h 30, journée avec Kader Attou.

 Le 17 décembre, La Garance, Cavaillon (Vaucluse).

Les 12 et 13 février, Le Corum, Montpellier (Hérault) et le 29 février, Théâtre de Saint-Maur (Val-de-Marne).
Le 10 avril, Le Toboggan, Décines (Rhône)

Féminines, texte et mise en scène de Pauline Bureau

Féminines, texte et mise en scène de Pauline Bureau, dramaturgie de Benoîte Bureau

FÉMININESA Reims, dans les années soixante… Tous les ans, pour la kermesse du journal L’Union, le journaliste Pierre Geoffroy organise une attraction: en 1967, un combat de catch de lilliputiens et l’année suivante, un match de foot féminin.Une petite annonce est passée dans le journal et, à la grande surprise, de très nombreuses femmes qui aiment bien taper dans le ballon, vont se présenter.

Joli jeu, course rapide, les voilà qui explorent l’immense liberté d’un terrain, une aventure existentielle pour ces jeunes élues entre seize et trente-deux ans prêtes à mordre. En réalité, l’équipe féminine de foot de Reims créée en 1968, enchaîne l’année suivante des tournées aux Etats-Unis, au Mexique et à Haïti, jusqu’en 73. Et cinq ans plus tard, l’équipe de France avec des joueuses majoritairement issues de celle de Reims, gagne la coupe du monde à Tapeï…

Dans cette fiction écrite à partir d’une aventure collective réelle, les personnages sont inventés et l’équipe de Reims devient ici l’équipe de France; le journaliste est leur entraîneur pour qu’elles gagnent ensemble. Féminines s’inspire des comédies qu’on a pu voir au cinéma : une équipe sportive de branquignols à laquelle personne ne croit, prouve qu’à force de volonté, d’efforts et d’engagement, elle réussit à gagner.

A l’époque, les femmes s’organisent et même dans les petites entreprises, elles éprouvent ce qu’est le travail à la chaîne et la dépendance physique et mentale qu’il crée. Mais elles s’éveillent aussi à une conscience politique, demandent une reconnaissance avec une hausse des salaires et n’hésitent pas à faire grève. Et qu’on soit l’épouse ou bien la fille d’un homme qui se croit supérieur, la considération d’une place équitable dans une famille, ne va pas de soi. Les pères voudraient imposer leur vision de l’épouse et le mari ne veut pas que sa moitié lui échappe. Mais elles goûtent à une liberté et à un plaisir d’exister, jusque là inconnus d’elles… Une émancipation qui dépend aussi de soi et pas seulement des autres….

Selon l’auteure, la mouvance contestataire en mai 1968 a favorisé la naissance du football féminin qui participe naturellement de la libération des femmes, sans que les joueuses ne manifestent d’abord une volonté radicale d’émancipation. Le football s’est ici invité avec les vestiaires d’un stade, un lieu stratégique privilégié des confidences des  sportives et de leur entraîneur, entre douches et changements de tenue, préparation mentale… et parfois déception quant au score obtenu…

Au-dessus de la scène, un écran diffuse le film de l’entraînement : courir, taper sur le ballon, glisser et chuter.  Puis elles reviennent  dans les vestiaires, essoufflées. On les aura vues, éloignées et miniaturisées sur la large surface du stade ou en gros plans zoomés sur les visages. Parfois, dans les vestiaires, à cour et à jardin, s’ouvrent les parois glissantes d’espaces privés : la chambre d’une footballeuse et de son compagnon ou la salle à manger de ses parents, avec daube au menu. Sur les rideaux et le mur du lointain, une grande forêt d’arbres hauts et feuillus apparaît en vidéo, paysage verdoyant de feuilles tremblantes où vit et s’entraîne avec son père, une  sportive prometteuse. Mais c’est aussi un lieu pour les tentes  de la petite équipe invitée un soir chez leur camarade.

Encouragée par ses entraîneurs, ce chœur amical est régi par un esprit d’entraide, d’échange et d’écoute attentive. La bande-son de Vincent Hulot nous fait entendre les cris d’un stade effervescent, les bruits sourds nocturnes de la forêt, les musiques peps de l’époque et celles de Gossip ou Beyoncé. Yann Burlot et Nicolas Chupin, (l’entraîneur et le coach inspiré), Anthony Roullier (le mari, le jaloux du coach, le frère d’une footballeuse) sont extraordinaires de bonne humeur, d’allant et de vraie générosité. Rebecca Finet, Sonia Floire, Léa Fouillet, Camille Garcia, Marie Nicolle, Louise Orry-Diqueiro et Catherine Vinatier, toutes convaincantes, sont pleines d’humanité et de doute. Et qu’elles gagnent ou perdent, elles font la fête : champagne, danse et transe. Entre rire, suspense, échecs et réussites, défilent les émotions fortes dues aux incidents, violences, accidents et souffrances du jour. Un spectacle de comédie joyeuse qui se fait rare en nos temps de morosité et qui défend la cause des femmes sans agressivité ni rancune.

Véronique Hotte

Théâtre de la Ville-Les Abbesses, 31 rue des Abbesses, Paris (XVIII ème), jusqu’au 7 décembre. Tél : 01 42 74 22 77.

Théâtre Roger Barat, Herblay, ( Yvelines) le 10 décembre. Théâtre Dijon-Bourgogne, Centre Dramatique National de Dijon (Côte d’Or), du 16 au 20 décembre.
Le Pont des Arts à Cesson-Sévigné ( Ile-et Vilaine), le 9 janvier. Le Granit, Scène nationale de Belfort, (Territoire de Belfort) les 14 et 15 janvier. Théâtre de Fos-sur-mer (Bouches-du-Rhône), le 21 janvier. Théâtre Liberté, Scène Nationale de Toulon (Var) le 24 janvier.
Le Bateau Feu, Scène Nationale de Dunkerque (Nord), les 4 et 5 février. La Nouvelle Scène de la Somme à Nesle ( Somme), le 8 février.
Théâtre d’Angoulême, (Charente) Scène nationale, les 10 et 11 mars. La Filature de Mulhouse-Scène Nationale ( Haut-Rhin) les 18 et 19 mars. Théâtre Firmin Gémier-La Piscine, Châtenay-Malabry (Hauts-de Seine) les 24 et 25 mars. Le Nest de Thionville-Centre dramatique national (Moselle), le 31 mars.

 

Le Mahabharata de Satoshi Miyagi au Global Ring Theatre

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Le Mahabharata de Satoshi Miyagi au Global Ring Theatre 

 Ce spectacle que nous avions découvert au festival d’Avignon en 2014 (voir Le Théâtre du Blog), a poursuivi sa carrière dans le monde entier. Il est joué  au Japon à l’occasion de l’ouverture d’un nouveau théâtre, le premier construit en plein air dans la capitale nippone aux quatorze millions d’habitants et situé devant le Tokyo Metropolitan Theater. Le metteur en scène n’y était pas revenu depuis plus de quinze ans. Avec les comédiens et les musiciens du Shizuoka Performing Arts Center, il a offert aux spectateurs motivés, une pièce hors normes et la troupe a tenu le pari deux heures durant, bravant le vent, le froid et la pluie incessante.

Et la représentation a alors pris une dimension shakespearienne, comme un clin d’œil au nom du Global Ring Theatre, inauguré ce mois-ci, dans le cadre du Tokyo Festival. Et comme le disait Eric Ruf, administrateur de la Comédie-Française dans le programme de la saison 2015/2016: «Que l’on s’adresse à l’âme ou à la conscience des spectateurs, ils viennent, mais surtout reviennent, au théâtre, à tout âge et sans forcément de fidélité à tel ou tel guignol, à tel ou tel répertoire, parce qu’ils ont connu quelquefois, rarement, cette émotion à nulle autre pareille, d’avoir aperçu, là, sur scène, quelque chose de leur vie, un éclat qui leur appartient. Coincés entre deux parfaits inconnus et parmi tant d’autres, ils ont soudain senti qu’ils faisaient partie d’une humanité plus grande qu’ils ne le pensaient. » 

Ce jour-là, s’est produite en effet une vraie communion entre les spectateurs emmitouflés sous des couches de vêtements, le visage fouetté par la pluie et les artistes qui, en aucun cas, n’ont montré la moindre défaillance de jeu. Des gens un peu « fous » qui, à une époque où tout le monde se protège de tout, sont sortis (les plus favorisés) de leur cadre de vie douillet par passion pour l’art. Revoir du théâtre japonais au service d’un texte mythique venu du plus loin de la culture indienne, reste un événement unique qui demeurera gravé dans nos mémoires. 

 En 2014, lors de la grève des intermittents du spectacle au festival d’Avignon, la troupe du S.P.A.C. avait quand même réussi à jouer des extraits de ce Mahabharata, non à la carrière Boulbon où il devait normalement l’être, mais devant le Palais des Papes: «Pour nous, avait dit Satoshi Miyagi, c’est un lieu destiné à partager, avec tous ceux qui viennent du monde entier, la valeur universelle que l’on retrouve dans l’art du théâtre, ce qui ne se prouve qu’en accomplissant les représentations ». À Tokyo, une fois de plus, cette troupe a défié le ciel…

Jean Couturier

Global Ring Theatre, le 23 novembre

spac.org.jp  

 

Casino de Namur I, texte, mise en scène et interprétation de Philippe Caubère

Casino de Namur I, deuxième volet d’Adieu Ferdinand ! Suite et fin, texte, mise en scène et interprétation de Philippe Caubère

©Michèle Laurent

©Michèle Laurent

C’est énorme : des années d’écriture, depuis 1981 pour La Danse du diable qui a ravi des générations de spectateurs, Le Roman d’un acteur, avec onze spectacles de trois heures chacun, L’Homme qui danse: huit spectacles et maintenant Adieu, Ferdinand ! Une œuvre qui a sans doute occupé presque toute la carrière du comédien.
« Entre,dit-il Tintin et A la Recherche du temps perdu. » Car il fait tout lui-même, à la main, sur scène. Il a ses alliés, ses complices : Jean-Pierre Tailhade au début, puis Clémence Massart, Véronique Coquet et son frère Pascal Caubère mais il porte tout sur ses épaules et décide. « L’une des règles immuables du Roman d’un acteur, c’est peut-être d’abord celle-là : ne jamais obéir quand on me demande de couper ! On me l’a toujours demandé et j’ai toujours refusé. On ne se coupe pas un doigt,  parce qu’on a de grosses mains. C’est à moi, par le jeu, par le travail du jeu à faire, qu’au bout d’un moment, les longueurs n’en soient plus. » Nous voilà dans le vif du sujet et précisément dans Le Casino de Namur I : le jeu ne fonctionne plus et la morne plaine s’étire. Ferdinand n’a pas grand-chose à dire de lui-même dans la situation où il se trouve, sinon son embarras et son envie d’être ailleurs que chez ces céréaliers belges qui persécutent sauvagement leur fils apprenti-comédien…

 Ça fait une situation, une seule. L’humour tari, reste le sarcasme, lui aussi limité par la situation inchangée et la caricature répétée de ces brutes. Quelle ressource trouver ? Le malentendu, avec Bruno, le célèbre alter ego ? Le comique de répétition ? Dernier recours : le pipi-caca, plus régressif que transgressif. Qui fait rire un peu et puis de moins en moins. Une blague qu’il faut expliquer n’est plus une blague, ou alors il fallait improviser, activer le génie du ratage. Quand le danseur ne danse plus, sans inventer la gestuelle inédite de sa fatigue, cela devient pesant. Philippe Caubère reste un mime de qualité et vaillant mais cela suffit-il pour une longue soirée au théâtre ? Le tout récolte à la fin, les applaudissements modérés d’un public a priori bienveillant, mais déçu et plus que perplexe.
Voilà : non, une œuvre n’est pas un corps ; oui, il faut parfois couper. Ou passer à autre chose : reprendre le cycle Sud, André Benedetto, André Suarès, des poètes.

Christine Friedel

Théâtre du Rond-Point, 1 avenue Franklin-Roosevelt, Paris (VIII ème), jusqu’au 5 janvier. T. 01 44 95 98 21.

Place, texte et mise en scène de Tamara Al Saadi

© Pascal Gely

© Pascal Gely

 

Place, texte et mise en scène de Tamara Al Saadi

 Tiraillée entre une famille exilée et figée dans ses souvenirs de “là-bas“, et  son désir à elle de “s’intégrer“ dans un nouveau pays mais écartelée entre son Irak natal, en guerre et la France où ses parents se sont réfugiés quand elle avait quatre ans, Yasmine retrace un parcours accidenté pour accéder à sa véritable identité. Une petite fille la guide dans ce retour aux sources : «Votre moi est en désaccord avec votre vous : vous vivez sous le joug d’une forme d’auto-séquestration », diagnostique la gamine clairvoyante.  Pour traduire ce déchirement, deux Yasmine cohabitent, aux physiques contrastés  (Mayya Sandbar et Marie Tirmont). Selon les circonstances, c’est la jeune arabe ou la Française qui prend le pas sur l’autre. Leur coexistence non pacifique rend tangibles les tensions qui traversent l’héroïne lors de situations absurdes, tragiques et parfois cocasses…

 «Je me souviens de mon enfance comme d’un cri »,  confient Yasmine et, tour à tour, les membres de sa famille. La mère se rappelle un passé heureux mais entend toujours les bombes ; elle n’est que douleurs et gémissements. «On est en embargo depuis qu’on est gamin», constate le frère aîné… Le père, mutique tout au long de la pièce, ouvrira enfin la bouche pour évoquer son propre père qui lui disait : «On avance toujours seul ! » « Ils errent dans un là-bas à eux », résume Yasmine.

Alix Boillot a imaginé une scénographie avec de simples chaises pour composer, au fil du spectacle, un espace chaotique. Dans ce paysage désolé, peu à peu envahi par le sable qui pleut sur le plateau – comme les bombes sur Bagdad-, la jeune fille raconte son histoire. Les situations se superposent et s’entrechoquent alors que tous les personnages sont présents, en permanence. On glisse d’une scène dans la cour de l’école à une confrontation familiale, un rendez-vous amoureux, et aux adieux de la sœur aînée qui ne peut pas s’intégrer…

Ces événements, issus de la mémoire de Yasmine, appellent des codes de jeu variés: des camarades de l’adolescence sont des caricatures cauchemardesques alors que les scènes à la Préfecture de police, plus vraies que nature, rendent compte de l’absurdité administrative. Les comédiens, tous excellents, épousent avec subtilité les qualités de l’écriture, vive, sans pathos, avec de belles échappées poétiques. Roland Timsit réussit à imposer la présence-absence pesante du père. Françoise Thuriès est une mère hystérique et Yasmina Nadifi, (la sœur) nous fait rire dans le rôle d’une employée de bureau revêche.

 Tamara Al Saadi puise largement dans sa biographie : « Place est née de la nécessité de parler d’une impasse, de ce sentiment  qu’éprouvent parfois les “étrangers“  à n’être jamais au bon endroit, de la bonne façon. Une quête permanente de légitimité  aux yeux des autres et les dégâts qu’engendre l’assimilation“.  »  La jeune femme, à sa sortie de l’École du jeu, avait écrit et monté Chrysalide, Pièce d ́identité et J’espère qu’on sera mieux demain. Ce spectacle, Prix du Jury et Prix des Lycéens au Festival Impatience 2018, confirme qu’elle a vraiment trouvé sa place : celle d’autrice et metteuse en scène. Après ces débuts prometteurs, elle prépare une création ambitieuse : il sera question de la décolonisation du corps de la femme orientale. À suivre.

 Mireille Davidovici

Le spectacle a été joué du 23 au 28 novembre au Cent-Quatre , 5 rue Curial, Paris (XIX ème) T.01 53 35 50 00.

 Du 3 au 6 décembre, La Manufacture, Nancy (Meurthe-et-Moselle) et le 13 décembre, ECAM, Kremlin-Bicêtre (Hauts-de-Seine).
Du 7 au 10 janvier, Comédie de Saint-Etienne (Loire); du 21 au 23 janvier, Comédie de Reims (Marne); 28 janvier, Vivat, Armentières (Nord); 31 janvier, Théâtre de Chelles (Seine-et-Marne).
Le 10 mars, POC! Alfortville (Hauts-de-Seine) et le 13 mars, Chateauvallon-Liberté, Toulon (Var).
Le 14 mai, Dôme de Gascogne du CIRC, CIRCA, Auch (Gers).

La pièce est publiée aux éditions Koinè, 104 rue Victor Hugo, Bagnolet (Seine-Saint-Denis).  T. : 06 12 55 85 03

 Le festival Impatience aura lieu du 6 au 18 décembre:

Au Cent Quatre, Paris (XIX ème), au Théâtre Louis Aragon, Tremblay-en-France, aux Plateaux Sauvages, Paris ( XX ème) et au Jeune Théâtre National, Paris (IV ème).

 

 

Je ne me souviens pas de Mathieu Lindon, adaptation et mise en scène de Christophe Dellocque et Sylvain Maurice

Je ne me souviens pas de Mathieu Lindon, adaptation et mise en scène de Christophe Dellocque et Sylvain Maurice

Prendre à contre-pied Georges Perec et son fameux Je me souviens (1978), c’était l’intention de Mathieu Lindon :  «J’ai essayé de faire l’inverse de Perec. Ne pas me souvenir de choses très publiques et collectives qui peuvent avoir un écho chez tout le monde.» Seul en scène, Christophe Dellocque relève le défi d’incarner cet auteur qui, sous couvert d’amnésie, se livre à une confession. Les premiers mots du texte donnent le ton et instaurent d’emblée une proximité avec le public : «Je ne me souviens pas du vase de Soissons. » Puis, petit à petit, le narrateur remonte le fil de ses souvenirs, à la recherche d’un temps perdu, celui de l’enfance et des premières fois.

Premiers émois, premières hontes mais aussi petits riens : «Je ne me souviens pas de la première fois où j’ai payé une friandise et rassasié ma gourmandise de mon propre chef. » Petites misères, aussi :  «Je ne me souviens pas de ma première indigestion ni de ma première grippe ni de mon premier rêve ni de mon premier cauchemar. » Mais des grands chagrins, il s’en souvient : « Je me demande si je fais bien de me rappeler de tout ça. » Loin de la nostalgie de Georges Perec, avec humour et autodérision, l’acteur relaie les mots de l’auteur avec une précision de métronome. Pas un temps mort dans son jeu mais une exploration de l’intime sans pathos ni concession, avec même parfois une certaine sécheresse… Christophe Delloque nous emmène en terrain connu, celui de nos propres interrogations: de quoi, nous souvenons-nous au juste ?

Les  non-souvenirs de Mathieu Lindon, portés en scène avec sobriété, nous touchent d’une autre manière que le Je me souviens, monté par Samy Frey en 1988  qui l’a repris plusieurs fois depuis. Comme un portrait en creux d’un homme de notre temps et, sans être narcissiques, ils font écho à nos angoisses existentielles, plus qu’à une mémoire collective. Peur de la vieillesse, de la mort… On guette ses premières rides, on pleure ses premiers amis, emportés dans la fleur de l’âge par le mal qui, dans les années quatre-vingt, a joué les trouble-fête. En réalité, l’auteur a bonne mémoire : «Les voix des êtres disparus, je m’en souviens, mais je ne les entends plus.» Créé en février et repris ici pour quelques dates, ce spectacle de cinquante minutes parlera à tout un chacun.

Mireille Davidovici

Jusqu’au 30 novembre, Les Déchargeurs, 3 rue des Déchargeurs, Paris (I er). T. 01 42 36 00 50.

Je ne me souviens pas (2016) et les autres livres de Mathieu Lindon sont publiés aux Éditions P.O.L.

 

Macbeth de William Shakespeare, mise en scène de Julien Kosellek

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Macbeth de William Shakespeare, mise en scène de Julien Kosellek

Cela commence mal et la pièce réputée maudite dans le monde théâtral a encore frappé! Dès l’entrée, on est assailli par une dose bien épaisse de fumigènes et on se demande si une des cinq jeunes actrices habillées de noir, Laura Clauzel, Ayana Fuentes Uno, Viktoria Kozlova, Sophie Mourousi ou Tatiana Spivakova qui, au début, tousse sans arrêt, va y résister ! Dans une obscurité presque totale puis dans une forte pénombre, on a bien du mal à discerner qui d’entre elles dit (plutôt qu’elle ne joue) parfois au micro, une sorte de récit de la pièce, quelques dialogues et bribes de texte, et souvent des didascalies (effet très à la mode il y a déjà vingt ans!). Et le metteur en scène aurait pu nous épargner ces stéréotypes du théâtre contemporain: faibles éclairages latéraux rasants, incursions dans la salle et fréquentes criailleries… Et on oubliera ce faux-semblant de scénographie avec, entre autres, des branches d‘arbres morts, des crânes et une grande épée, le tout suspendu au-dessus du plateau.

Pas besoin de résumé, selon le metteur en scène. C’est vite dit et  celui qui n’a pas une bonne connaissance de Macbeth, n’y comprendra pas grand-chose… «Une distribution jeune, cosmopolite et féminine interroge cet univers patriarcal et vieillissant, excessivement masculin. » Après tout, pourquoi pas? On en a vu d’autres, même s’il faut se méfier des idées systémiques au théâtre! Et comme on ne voit pas grand chose à cause de cette fumée et d’un éclairage très faible et que la dramaturgie est au niveau zéro, l’ensemble a quelque chose de bien prétentieux… en accord avec cette note d’intention. Et l’ensemble ne fonctionne pas: «Elles sont tout à la fois, les narratrices, les différents rôles et le paysage sonore dans lequel elles jouent. Macbeth est de l’étoffe dont sont faits les cauchemars : située à la limite entre rêve et réalité, la pièce interroge notre rapport au destin, au fantasme, au pouvoir. Elle donne à voir la fuite en avant d’un roi régicide qui, pactisant avec le diable, se désolidarise du monde social. » Interrogez, interrogez, il en restera toujours quelque chose mais pas ici… Et on ne discerne rien des relations entre les partenaires de ce couple infernal.

Cela dit, il y a quelques belles images comme ce banquet avec une longue table (merci au grand Polonais Tadeusz Kantor (1915-1990) que l’on a beaucoup imité) et de courts moments de chant qui, agréables à entendre, donnent un peu de respiration à ce magma pesant des tonnes. Quand, par exemple, les actrices affublées de lunettes de soleil, éclairées par en dessous, chantent face public en jouant quelques notes. Pas nouveau, les lunettes de soleil sur un plateau mais séduisant… Mais il y a tromperie sur la marchandise et ici, ce n’est pas Macbeth ni même une adaptation ou une relecture mais une soupe indigeste, vaguement tirée de la pièce originale, quelque chose de mort que les pauvres actrices ont bien du mal à assumer. Et pas la moindre trace ici de la violence exercée par Macbeth et Lady Macbeth. Et même la formidable scène du Portier est ratée ! 

MACBETH RUNGIS 20190502 HD 11 sur 80-minFaire jouer cinq femmes alors qu’elles étaient interdites de séjour sur les plateaux de l’époque élisabéthaine : cette facilité ne trompe personne et même en ces temps de féminisme virulent, ce n’était sûrement pas l’idée du siècle. Et on  se demande comment ce qui aurait dû rester un travail de laboratoire mais pas plus, est arrivé ici. «Macbeth, dit le programme, est présenté à L’Etoile du Nord dans le cadre d’une programmation théâtrale de relecture, réappropriation, redécouverte et réinterprétation de textes classiques. (sic) Il s’agit d’en montrer toute la modernité, la souplesse et l’actualité. La création se nourrit du présent, du futur mais aussi du passé quitte à le chahuter, le travestir et l’interpréter. » (sic) Quelle prétention! 

Bref, une soirée ratée et comme la vie est courte, nous avons quitté la partie après une heure de ce pensum qui en durait deux… Comme l’insinue finement Dionysos dans Les Grenouilles d’Aristophane: « Songe que, quand je vois au théâtre ces sortes d’inventions, j’en suis vieilli de plus d’un an! » Les amis du metteur en scène vont sans doute nous écrire pour s’indigner du fait que nous n’avons rien compris à cette remarquable réalisation mais on aimerait savoir qui aurait par hasard l’intention de la programmer dans un Centre Dramatique ou une Scène Nationale… Ne levez pas tous le doigt !

Philippe du Vignal

Spectacle vu  le 23 novembre à l’Etoile du Nord, rue Georgette Agutte, Paris (XVIII ème).

 

Dormez je le veux ! et Mais n’te promène donc pas toute nue ! de Georges Feydeau, mise en scène de Gilles Bouillon

Dormez je le veux ! et Mais n’te promène donc pas toute nue ! de Georges Feydeau, mise en scène de Gilles Bouillon

 

Crédit : Pascal Gély

Crédit : Pascal Gély

Un vaudeville Dormez, je le veux ! (1897) et une farce, Mais n’te promène donc pas toute nue ! (1911):  le critique Catulle-Mendès parle d’invention burlesque, absurde et drôle, celle d’un jeune vaudevilliste évoquant l’hypnose et le magnétisme, thèmes fort en cours  à l’époque et qui retrouvent un regain d’actualité aujourd’hui. Georges Feydeau avait déjà exploité ce thème cinq ans plus tôt dans Le Système Ribadier mais sans en exploiter toutes les possibilités comiques. Son héros, doué de facultés hypnotiques, endort son épouse chaque fois qu’il désire rejoindre sa maîtresse. Ribadier ne faisait pas agir son épouse, comme le faisaient certains hypnotiseurs mais se contentait de la «neutraliser » pendant quelques heures.

 Dans Dormez, je le veux! Boriquet a une fiancée, Emilienne dont le père, le docteur Valencourt, le délivre in extremis du pouvoir de Justin son domestique qui hypnotise son maître pour le réduire à l’état de valet… Se faire servir et  s’autoriser enfin à manger les mets fins du maître et à ne plus bouger le petit doigt pour travailler: un renversement subversif d’une situation traditionnelle. Mais Eloi, le valet du médecin -un Belge au fort accent et au vocabulaire pittoresque-  tente d’imiter Justin et le trahira. Paul Toucang joue ce benêt ravi qui prend plaisir à desserrer les nœuds de l’intrigue.

Verve et drôlerie, plaisir de voir les rôles inversés quand Boriquet et sa sœur, crédules, se plient avec empressement à la volonté de Justin… qui persuade son maître qu’il est un singe des forêts d’Amérique et sa sœur qu’elle est une danseuse espagnole avertie: Frédéric Cherboeuf, ahuri, à côté de lui-même mais souple et vif et Nine de Montal (la sœur) est à la fois loufoque et très crédible.
Justin et le médecin se livrent à un duel spectaculaire : chacun hypnotise son adversaire… Vincent Chappet et Mathias Maréchal incarnent ces personnages entêtés et qui ont un désir enfantin de gagner.

Le succès immédiat de Mais n’te promène donc pas toute nue ! s’explique, entre autres, par le milieu politique concerné, celui d’un certain député Ventroux qui aurait pour voisin dans l’immeuble d’en face, le célèbre Georges Clémenceau. Frédéric Cherboeuf, excellent, joue ce politique carriériste et Nine de Montal, celui d’une épouse désinvolte et libre qui aime casser les codes d’une bourgeoisie étriquée et qui veut vivre une féminité sans entraves : elle a la manie agaçante de se promener dévêtue face à son fils et à son domestique, ce qui risque de compromettre la carrière du parlementaire… Une habitude ridicule qui entretient le conflit entre époux.

 L’auteur défend au mieux la femme que, bien que cette épouse soit peinte comme «logique dans son illogisme, imprimant aux discussions conjugales des directions totalement imprévues, jusqu’à la pure démence ».  Il y a un comique irrésistible et une puissante impression de vérité dans cette peinture de la réalité quotidienne. Et une satire acérée des mœurs parlementaires de la III ème République qui rappelle notre époque, avec un morceau d’anthologie : l’entretien entre le député et son adversaire politique, le maire de Moussillon-les-Indrets.

Quand la jeune femme est piquée à une fesse par une guêpe, elle  veut trouver quelqu’un qui puisse sucer la plaie : son mari, l’adversaire, le domestique, un journaliste du Figaro qu’un quiproquo fera passer pour un médecin. Et Gilles Bouillon pousse loin le bouchon… Nine de Montal, gracieuse et élégante dans son impudeur affichée, ne trouve plus le repos, tant que l’indigne piqûre n’a pas été traitée. Les hommes  sont gênés et troublés mais l’épouse imposera sa loi à cette société pusillanime et craintive. Extravagance et folie des situations et des dialogues: les personnages croient pouvoir tout contrôler de leur vie mais s’abandonnent au hasard. Le mari ne pourra plus si aisément soumettre sa douce moitié qui se sait désormais exister à part entière, hors des projets politiques du mâle. Iris Pucciarelli est la fiancée Emilienne dans la première pièce et l’Enfant dans la seconde. Les acteurs lancent une machine comique infernale dont ils ne peuvent arrêter ni la lancée ni les débordements et incarnent des personnages hauts en couleur et rêveurs à la fois..

Une vraie petite merveille ici renouvelée dans les décors bonbon acidulé et les costumes des années soixante de Nathalie Holt.

Véronique Hotte

Théâtre de Châtillon, 3 rue Sadi Carnot, Châtillon (Hauts-de Seine) , jusqu’au 26 novembre. T.: 01 55 48 06 90.

Nogent-le-Rotrou, le 6 décembre. Antibes (Alpes-Maritimes), du 10 au 15 décembre.
Théâtre de Cognières, le 14 janvier et Théâtre de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), le 21 janvier.
Charleville-Mézières (Ardennes), le 4 février. Le Grand-Quevilly (Seine-Maritime), le 6 février. Le Bouscat (Gironde), le 18 février. Villeneuve-sur-Lot (Lot), le 20 février. La Châtre, le 6 mars. Domaine de Bayssan, Béziers (Hérault), le 10 mars. Epernay (Marne), le 17 mars. Langon (Gironde), le 26 mars.

 

 

 

À bras ouverts, adaptation de Lakis Lazopoulos, mise en scène de Petros Filippidis

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À bras ouverts, d’après le film de Guy Laurent et Marc de Chauveron, adaptation de Lakis Lazopoulos, mise en scène de Petros Filippidis

Dans ce film français (2017), Jean-Etienne Fougerole, un intellectuel de gauche, forme un couple paisible avec son épouse, une riche héritière, par ailleurs artiste.  Il fait la promotion de son nouveau roman A bras ouverts à un débat télévisé en direct quand un intervenant le met au défi d’appliquer ce qu’il préconise: accueillir chez lui des gens parmi les plus démunis. Pour ne pas perdre la face, Jean-Etienne Fougerole le prend alors au mot… Et une famille de Roms qui a vu le débat, va alors sonner le soir-même à la porte de sa villa de Marnes-la-Coquette. Le confort des Fougerole sera donc être troublé avec l’arrivée de ces cohabitants dont l’intégration dans le jardin familial sera facilitée par les retombées médiatiques, ce qui favorisera par ailleurs la vente du roman…

Ce n’est pas une suite des aventures de la famille de Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu de Philippe de Chauveron (2014), un film qui raconte l’histoire d’un couple de bourgeois catholiques (Christian Clavier et Chantal Lauby)  dont trois des quatre filles se marient l’une avec un musulman, l’autre avec un juif et la troisième avec un Chinoise; la quatrième, est amoureuse d’un catholique d’origine ivoirienne… Les auteurs nous livrent ici une histoire fondée sur les mêmes ressorts comiques et la même recette. Le rire va donc naître du choc de cultures, celle d’une famille de Français comme on disait autrefois « bien-pensants » et celle d’une communauté de Roms. Mais ici Les Fougerole  qui subissent cette « invasion » ne sont pas d’un milieu conservateur aux idées arrêtées comme dans l’autre film. Mais plutôt gauche caviar et qui prônent l’ouverture aux autres… Enfin plus sur le fond, que sur la forme.

Petros Filippidis crée ici un spectacle amusant, bien rythmé et agréable à suivre. La musique originale de Giorgos Andreou et les chansons de Nikos Moraitis et Lakis Lazopoulos accentuent le caractère divertissant de l’intrigue sans ignorer le message politique. Décor imposant et costumes  bien adaptés aux personnages que tous les comédiens interprètent avec un certain abattage.  Bref, du pur comique.

Nektarios-Georgios Konstantinidis

Théâtre « Bretagne », 7 rue Panepistimiou, Athènes, T. : 0030 210 32 21 579

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