Livres et revues

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 Scènes de vie et vie sur scène de Rosine Rochette

Scènes de vie et vie sur scène de Rosine RochetteS Ce ne sont pas exactement des mémoires, ni une autobiographie. Plutôt les fragments d’une quête de soi. Sauvée par le théâtre, déjà, dans une cour de récréation (re-création !) où elle a du mal à entrer dans les jeux des autres. Rosine Rochette avouera préférer les mettre en scène. Mais elle part avec un gros handicap, dit-elle: «être incapable de vivre en communauté avec (ses) camarades de théâtre.» Et pourtant ce furent Marcelle Tassencourt, Jean-Marie Serreau, Jean-Louis Barrault, André Barsacq…

Quand elle rencontre Ariane Mnouchkine et le Théâtre du Soleil, elle a déjà une bonne carrière d’actrice. «J’avais déjà beaucoup joué mais il a fallu que je sois comédienne au Théâtre du Soleil pour découvrir le sens de ce que voulais dire pour moi:  « faire du théâtre“. Le Songe d’une nuit d’été (1968), La Cuisine d’Arnold Wesker, Les Clowns (1969), 1789 (1970), où elle joue aussi bien les femmes du peuple qu’une aristocrate ou une Marie-Antoinette quelque peu « boche ». Elle qui a du mal à faire partie d’un groupe, est de tous les spectacles resplendissants de cette période et a mis la main à la pâte comme tout le monde pour aménager  la salle de la Cartoucherie. Ça se gâte avec 1793 et les sarcasmes de nouveaux arrivants: la «bande des Marseillais» dont Philippe Caubère (qui fait ici amende honorable en lui offrant une postface). Et cela lui donne le début de son livre : Je pars.

On lira avec plaisir et intérêt l’histoire de cette comédienne qui a le courage et l’impudeur tranquille de ne jamais séparer dans ce récit fragmenté, sa vie professionnelle, de sa vie personnelle à laquelle  faire du théâtre donne un sens. Parce que cela travaille directement sur l’âme et fournit aussi un outillage quotidien qu’elle finira par utiliser, esprit pratique, en art-thérapie. Jouer, c’est bien, mais on ne joue pas toujours et il faut gagner sa vie et élever ses enfants. Elle le fera, sans barguigner.

Tout cela donne un livre à la fois décousu et solide, un témoignage de première main sur quelques spectacles mythiques du Théâtre du Soleil, avec une belle iconographie; il y a aussi des passages moins captivants sur l’art-thérapie et la gestalt mais on voit surtout le parcours d’une femme qui se rend libre par son métier de comédienne. Sans fard : le théâtre n’est pas le lieu du mensonge mais du vrai…

Christine Friedel

Editions de l’Harmattan.  37€.

A lire aussi: Le Théâtre du Soleil, les cinquante premières années de Béatrice Picon-Vallin, éditions Actes Sud-Beaux arts, 47 €.

JEU Revue de Théâtre n° 17

9782924356333_mediumLa bien connue revue québécoise consacre tout un dossier: Rire dont la responsabilité a été confiée à Sophie Pouliot. « Mettant en valeur la créativité et l’inventivité de l’humour sur nos scènes dit Raymond Bertin le rédacteur en chef. Parce que le rire est salvateur, qu’il n’est pas facile à faire naître. » Sophie Pouliot signe une interview avec Marie-Hélène Thibaut et Didier Lucien qui parlent de leur expérience du jeu comique avec une belle lucidité et remarquent qu’il est capital que le metteur en scène ait des intentions claires et tienne la bride à ses interprètes. Marie-Hélène Thibaut dit entre autres que « le jeu comique demande d’accepter de ne pas être beau, de ne pas être sympathique ». Et à la question qui tue: « Vous est-il arrivé de ne pas faire réussir à faire rire »,  Didier Lucien répond avec franchise:  » Oui et ça provoque  une remise en question artistique totale. »

Il y aussi un étude approfondie de Ralph Elawani, journaliste et écrivain, Un attentat contre l’ennui où l’auteur se demande à quoi sert le rire au théâtre et analyse les motifs que l’on a pour rire au théâtre. Jusqu’où peut-on aller dans la subversion? Existe-elle en soi ou est-elle finalement relative? Autrement dit, peut-on rire de tout et avec qui? Rit-on contre ou avec? Le rire est-il toujours une brimade sociale, comme le disait Henri Bergson?

La dramaturge Catherine Léger défend, elle, dans La Noble tâche de la vulgarité l’idée que l’humour peut être un acte de résistance  et un bon outil pour sortir du consensus. Elle souligne aussi l’importance du divertissement.  » Ce qui me dérange le plus , c’est l’art qui se prétend meilleur que le divertissement parce qu’il porte un message. « Heureusement le rire et bien-pensance ne sont pas compatibles. » (…) « L’humour subversif promet de rester délinquant; en fait, il n’ a pas le choix de l’être. »

A lire aussi un article de l’autrice Marie-Christine Lemieux-Couture où elle analyse la séparation de l’humour et du théâtre au Québec, avec l’arrivée de la notion de personnage. Indépendant de l’humoriste qui, lui « véhicule ses opinions, son vécu son quotidien »? Et cette autrice voit bien que, si on peut rire de tout, « ce n’est pas et ne devrait pas être sans conséquence. » Et la blague sexiste, dit-elle, vient renforcer le sexisme au lieu de l’ébranler. Belle lucidité…

« Les liens qui unissent ces cousins ennemis: l’humour et le théâtre québécois, dit dans Apprendre à aimer l’humour, Philippe-Audrey Larrue-St-Jacques sont bien réels. Avec humilité; l’acteur québécois précise:  » On ne soupçonne pas les efforts déployés pour trouver le meilleur phrasé, la meilleure rythmique et la mélodie la plus personnelle. » Le célèbre clown Grock n’aurait pas dit mieux. Oui, faire rire avec « naturel », que ce soit en solo ou dans un spectacle, exige une somme considérable de travail pour arriver à un résultat toujours fragile…

Philippe du Vignal

En vente en  France, dans les librairies de théâtre.

 

 

 


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