Hommage à Aziz Chouaki

Hommage à Aziz Chouaki

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Le Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis a consacré une soirée unique en hommage à l’écrivain et auteur dramatique Aziz Chouaki, brutalement décédé en avril dernier. Bien que placé sous l’égide d’une institution nationale,  cet hommage fut marqué par la simplicité, sans discours ni évocations mémorielles. Initié par la fille de l’auteur, Maera, comédienne, accompagnée par son frère Joar, guitariste, ce moment a pris la forme d’une promenade rêveuse dans l’œuvre de leur père.

«Je me replonge dans ces textes dont la plupart ont bercé mon enfance, j’en découvre certains et je décide d’axer cet hommage autour de thèmes et d’aspects littéraires qui font sens à mes yeux et qui me touchent profondément» annonce-t-elle dans le programme. Elle a proposé l’aventure à une dizaine de jeunes comédiens qui ont découvert, avec elle, une œuvre qui leur était inconnue. Ainsi au fil d’une soirée d’une heure environ, la plupart des thèmes chers à Aziz Chouaki, ont résonné face à un public nombreux et concerné.

Une phrase en ouverture : «Au nom de ce qui m’arrive, avec feu, avec délire, je déclare ouverte à l‘éternité, les portes du royaume de mon imaginaire». Et la formule magique ouvrit en effet de nombreuses portes, au fil de neuf extraits, délicatement mis en espace par le groupe, sans commentaire ni tentative de liaison. Au cours de ce voyage, on reconnut Une Virée, Les Oranges, Le Tampon vert  (pièces parues aux éditions Théâtrales), Esperanza (éditions Les Cygnes), le roman L’Etoile d’Alger (éditions Balland), et on découvrit des textes moins connus comme Baya, rhapsodie algéroise (récemment réédité par Bleu autour) et quelques-uns non publiés comme Plan Ouvert, Quoi, Le Lys et le jasmin…

Christiane Chaulet-Achour écrivait dans la revue Diacritik en novembre 2018 : «Avec Aziz Chouaki, quelle que soit la thématique dont l’écrivain s’empare, tout se joue dans la langue donc, non comme exercice de style mais comme manifestation d’un être-au-monde qui, partant de «racines» stérilisantes, parce que définies dans l’étroitesse et l’obligation, s’en échappe pour s’inventer dans le chaos maîtrisé d’un «chaloupage» linguistique constant.»
Nourri en effet de ses explorations de jeune homme dans la littérature française, il le fut tout autant des particularismes du berbère et du parler algérois. Bon guitariste et grand connaisseur de musiques, il infuse aussi à son écriture les rythmes du rock, du jazz, du chaâbi…

Le fondamentalisme islamiste en Algérie, son pays d’origine et la migration clandestine ont alimenté nombre de ses écrits mais il a aussi abordé les contradictions, la drôlerie et l’ineptie des situations liées à l’exil. Installé en France depuis 1991, ce fils d’instituteurs né à Tizi Rached et qui a fait des études de lettres anglaises, avait dû quitter l’Algérie en raison des menaces d’islamistes… En effet, depuis les années 80, il signait chaque semaine dans Le Nouvel Hebdo, une nouvelle inspirée par la montée de l’islamisme. « Il a été menacé de mort et on a dû quitter alors le pays», rappelle son épouse. Après publications de divers romans et pièces de théâtre, Les Oranges (1997) prend place au sein des textes majeurs du théâtre francophone et a été joué à de nombreuses reprises. Jean-Louis Martinelli, alors directeur du Théâtre des Amandiers de Nanterre, lui commanda plusieurs textes (ZoltanCorsicaEsperanza et Une Virée, monté en 2004 et repris les deux années suivantes). Cette pièce sera adaptée en suédois en 2007. Les Coloniaux, autre commande de Jean-Louis Martinelli sera créée en 2009. Compagnon de route de la Mousson d’Eté,  il écrivit aussi, à l’invitation de Michel Didym et Laurent Vacher, une adaptation de Don Juan.

Cette  soirée ne prétendait ni à l’exhaustivité ni à l’hagiographie. Témoignage familial et intime de ses enfants, elle n’en fut pas moins à la hauteur des engagements paternels, à la croisée de l’Algérie et de la France. Et à distance délicate de ce magicien de la langue que fut Aziz Chouaki.

 Marie-Agnès Sevestre

Théâtre Gérard Philippe, Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) le 18 novembre.

 

 

 


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