À bras ouverts, adaptation de Lakis Lazopoulos, mise en scène de Petros Filippidis

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À bras ouverts, d’après le film de Guy Laurent et Marc de Chauveron, adaptation de Lakis Lazopoulos, mise en scène de Petros Filippidis

Dans ce film français (2017), Jean-Etienne Fougerole, un intellectuel de gauche, forme un couple paisible avec son épouse, une riche héritière, par ailleurs artiste.  Il fait la promotion de son nouveau roman A bras ouverts à un débat télévisé en direct quand un intervenant le met au défi d’appliquer ce qu’il préconise: accueillir chez lui des gens parmi les plus démunis. Pour ne pas perdre la face, Jean-Etienne Fougerole le prend alors au mot… Et une famille de Roms qui a vu le débat, va alors sonner le soir-même à la porte de sa villa de Marnes-la-Coquette. Le confort des Fougerole sera donc être troublé avec l’arrivée de ces cohabitants dont l’intégration dans le jardin familial sera facilitée par les retombées médiatiques, ce qui favorisera par ailleurs la vente du roman…

Ce n’est pas une suite des aventures de la famille de Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu de Philippe de Chauveron (2014), un film qui raconte l’histoire d’un couple de bourgeois catholiques (Christian Clavier et Chantal Lauby)  dont trois des quatre filles se marient l’une avec un musulman, l’autre avec un juif et la troisième avec un Chinoise; la quatrième, est amoureuse d’un catholique d’origine ivoirienne… Les auteurs nous livrent ici une histoire fondée sur les mêmes ressorts comiques et la même recette. Le rire va donc naître du choc de cultures, celle d’une famille de Français comme on disait autrefois « bien-pensants » et celle d’une communauté de Roms. Mais ici Les Fougerole  qui subissent cette « invasion » ne sont pas d’un milieu conservateur aux idées arrêtées comme dans l’autre film. Mais plutôt gauche caviar et qui prônent l’ouverture aux autres… Enfin plus sur le fond, que sur la forme.

Petros Filippidis crée ici un spectacle amusant, bien rythmé et agréable à suivre. La musique originale de Giorgos Andreou et les chansons de Nikos Moraitis et Lakis Lazopoulos accentuent le caractère divertissant de l’intrigue sans ignorer le message politique. Décor imposant et costumes  bien adaptés aux personnages que tous les comédiens interprètent avec un certain abattage.  Bref, du pur comique.

Nektarios-Georgios Konstantinidis

Théâtre « Bretagne », 7 rue Panepistimiou, Athènes, T. : 0030 210 32 21 579


Archive pour 26 novembre, 2019

Les Sonnets de William Shakespeare,mise en scène de Thierry Thieû Niang et Jean Bellorini

 Les Sonnets de William Shakespeare, traduction d’Yves Bonnefoy, William Cliff, Pascal Collin, Jacques Darras, François-Victor Hugo, Jean-François Peyret, mise en scène de Thierry Thieû Niang et Jean Bellorini

©Bruno Lévy

©Bruno Lévy

Un spectacle avec vingt-trois adolescents amateurs de Saint-Denis et des alentours créé il y a deux ans. Pour saisir l’esprit et le souffle du poète, à travers la clarté de ces voix et corps dansants dans l’ombre et la lumière près de l’eau bleue d’une sur la scène : un beau pari. Sensations et frissons assurés…

La scénographie et les lumières de Jean Bellorini font miroiter en lisérés tremblants et éclats sonores cette eau qui retrouvera ensuite son endormissement. Les jeunes interprètes ravis se jettent de la même façon dans ces Sonnets parfois sombres et Thierry Thieû Niang a l’art de les faire évoluer au bord de cette piscine à l’eau lumineuse. Entre sauts, arabesques, figures libres. Et Jean-François Peyret estime qu’il est aussi légitime d’entrer dans l’œuvre shakespearienne par les Sonnets que par l’histoire des Rois : amour, jalousie et mort y sont aussi présents mais ici, il y a renoncement.

A travers la poésie miroitante de ces Sonnets, on trouve aussi l’extrême volatilité du moi passant sans cesse d’un état à l’autre. Le «je» rimbaldien est autre, pas «un autre» mais plusieurs autres: «l’atomisation, la fragmentation, l’auto-dévoration sont les moments de cette dépossession de soi». Par le chant pur, la musique de la harpe, la danse et  une déclamation poétique juste et claire, mais aussi grâce à la création sonore de Sébastien Trouvé avec entre autres des cris d’enfants dans une cours de récréation, les interprètes seraient autant de «moi» que d’êtres touchés par la douleur de la passion amoureuse. Des états d’âme divers flottants sont tous là. Et se dégage un sentiment de douce mélancolie mêlé au bonheur de se savoir en vie : «Fatigué de tout ça, je veux quitter ce monde/ sauf que, si je me tue, mon amour sera seul. » Penser à l’être aimé et alors la perte et la tristesse s’en vont. Le cœur est éloquent, même si l’amant se retrouve à côté de son rôle, tel un acteur qui ne sait pas son texte, est saisi par le trac. Le plaisir ici est d’apprendre à lire ce qu’en silence, l’amour révèle sur les visages.

La nuit heureuse resplendit d’étoiles au moment où l’amant pense à l’aimé. Avec une belle troupe juvénile : Shaur Ali, Manuel Bouqueton, Maera Chouaki, Cassandra Da Cruz Ganda, Lana Djaura, Jonas Dô Huu, Esther Durand- Dessag, Loua El Shlimi Ali, Achille Genet, Jeanne Lahmar-Guinard, Léo Le Floch, Justine Leroux-Monpeurt, Jeanne Louis-Calixte, Ulrich Mimboe-Verdoni, Lisa Ndikita, Samir Quemon, Abou Saidou, Maïa Seassau, Jules Taillasson, Nara Trochet, Louis Jean-Pierre Valdes Valencia : tous motivés par ce projet ambitieux. Une magnificence d’étincelles grâce à eux et à la poésie de William Shakespeare.

 Véronique Hotte

Théâtre Gérard Philipe-Centre Dramatique National de Saint Denis, jusqu’au 30 novembre. T. : 01 48 13 70 00.

Zizanie dans le métro,conception,texte de l’Oulipo,etc. adaptation et mise en scène de Jehanne Carillon et Christian Germain

_DSC8416 -Zizanie dans le métro, textes de l’Oulipo, Paul Fournel, Jacques Jouet, Pablo Martín Sánchez, Olivier Salon et Christian Germain, conception, adaptation et mise en scène de Jehanne Carillon et Christian Germain, musique d’Arthur Lavandier (à partir de sept ans)

C’est aussi un spectacle d’inspiration, disons oulipienne. Comme dans le fameux Exercices de style de Raymond Queneau le co-fondateur  de ce groupe  d’écrivains: l’Ouvroir de Littérature Potentielle comme Italo Calvino, Georges Perec et des scientifiques et poètes comme Jacques Roubaud et Olivier Salon. L’histoire va être ici racontée d’une quinzaine de manières différentes. «Zizanie dans le métro, dit Jehanne Carillon, est né de mon désir de faire un spectacle jeune public autour de l’œuvre de Raymond Queneau, tout en souhaitant continuer à travailler avec des auteurs vivants ! Ceux de l’Oulipo avec qui j’ai eu la chance de travailler à plusieurs reprises comme dans Chant’oulipo et Oulipolisson ! » (…) « Nous avons voulu explorer des formes essentiellement théâtrales (dialogue, adresse, personnage), mais aussi musicales (chansons, comédie musicale, jingles, annonces) et chorégraphiques. » (…) « Ce qui m’intéresse dans l’Oulipo, c’est le travail sur la langue, la forme, les jeux de langage, les permutations et les variations. »

Cela se passe sur le quai de la station de métro Solférino. Il y a un monsieur tout à fait comme il faut, enfin presque, en costume/cravate avec une serviette en cuir très années cinquante, une jeune personne en jupe tissu écossais, un gros chien, etc…Un gros homme barbu tous les trois assis des sièges en plastique moulé orange devant une aire d’affichage encore vierge. C’est un récit avec un exercice de style quinze fois repris autour de la mauvaise tenue d’un chien dans un wagon, d’un possible crime. Vers sept heures du soir, une jeune fille monte à la station Solférino avec un chien. Elle s’assoit et sort un livre de son sac. Mais le chien va renifler les chaussettes d’un homme en costume-cravate avec, à la main, une serviette en cuir. Agacé, il repousse le chien puis descend à la station suivante: Rue du Bac. Le lendemain, l’homme va chez le boucher… Et il aura aussi une scène au commissariat de police concernant un crime éventuel… 

Le tout joué, dansé et chanté par Jehanne Carillon, Gilles Nicolas et Alexandre Soulié  mais aussi disons «sonorisé» avec les bruits du métro qui fascinent les enfants: celui de la fermeture des portes, des roues sur les rails, ou même ténu mais bien là, du fameux passe Navigo et il y a aussi de vraies/fausses annonces avec des voix d’enfants. Et pour les chansons, la musique d’Arthur Lavandier, avec, entre autres un travail sur le pastiche d’une comédie musicale dans le style Michel Legrand et un rap façon Joey Star, tout à fait réjouissants… C’est un spectacle, disons tout public, avec sans doute des niveaux de lecture différents mais d’une rare intelligence scénique, où on se perd parfois mais avec délices…
Même rigueur que dans ses réalisations précédentes, même sens de l’espace, même humour parfois teinté de nostalgie: Jehanne Carillon ne triche pas et pense à juste raison que les enfants peuvent être émus ou rire de bon cœur quand ils écoutent la parole des poètes. Pari gagné. Il nous souvient d’avoir vu des petites filles de cinq ans riant aux éclats aux jeux savoureux sur les mots du grand Gherasim Luca…

Jehanne Carillon dirige toujours avec exigence ses acteurs. Et  Zizanie dans le métro a des très bonnes qualités de jeu et bénéficie d’une musique, d’un son et de lumières de grande qualité.. que ses réalisations précédentes. Il y a parfois encore quelques longueurs et des à-coups: au soir de cette troisième représentation, c’est normal: le spectacle a encore besoin d’être rodé. Mais sinon il est d’une intelligence et d’une fraîcheur incomparable et cela fait du bien, surtout après une semaine de choses approximatives et avant un redoutable Macbeth vu le même soir et décliné au féminin dont nous vous parlerons.  

Le spectacle vient d’être créé à la salle René Cassin de la Graineterie de la graineterie de notre enfance dans la rue autrefois principale de Houilles. Le département de Seine-et-Oise porte le nom des Yvelines, le commerce de fruits et légumes est devenu un restaurant chinois, la boucherie, une agence immobilière mais, coincée entre les deux, la petite boutique du Parti Communiste Français est restée… la petite boutique du Parti Communiste Français. Et la boulangerie, la deuxième boucherie et la boutique de fleurs sont toujours au même endroit. Et un siècle après la mercerie n’est plus une mercerie mais a gardé intacte sa vitrine… Comme le disait Philippe Meyer, nous vivons une époque moderne.

Philippe du Vignal

Spectacle vu le 24 novembre, à la Graineterie, 27 rue Gabriel Péri, Houilles (Yvelines). T. : 01 39 15 92 10.

Le 2 août, Festival Pirouésie, salle Claude Massu, Pirou-Plage (Manche).

Oulipolisson, du 14 au 18 mars, Médiathèque Michel Crépeau, La Rochelle (Charente-Maritime). Les 31 mars et 1er avril, Espace Jean Vilar, Arcueil (94).
Le 3 avril, Centre culturel La Gare,  Méricourt  (Yvelines).

 

Kaoriptease # 1 de Kaori Ito

Kaoriptease # 1 de Kaori Ito

©Josefina Perez Miranda

©Josefina Perez Miranda

Cette scène parisienne, ouverte en 1873,  l’un des cafés-concerts les plus courus sera, soixante ans plus tard, transformée en un  splendide cinéma style Art déco  et,  en 1977, le premier multiplexe  porno de la capitale avec cinq écrans et huit cent fauteuils *… En ruines depuis 1999, La Scala Paris, rachetée par Mélanie et Frédéric Biessy et complètement rénovée, devient un théâtre à l’automne dernier (voir Le Théâtre du blog).

Les Minuit Shows  se veulent un clin d’œil au passé sulfureux du lieu. Dans ce cadre, la danseuse japonaise présente une série de performances érotiques : «Quand la Scala m’a parlé des Minuits Shows, j’ai tout de suite pensé à partager mon histoire sexuelle avec le public. J’ai travaillé dans un magasin de vidéos pornos quand j’étais étudiante au Japon et j’ai pu y observer beaucoup de phénomènes sexuels.» Pour installer une ambiance feutrée, Kaori Ito invite les spectateurs à s’asseoir près de la scène et part à leur rencontre, en leur posant des questions parfois indiscrètes sur leur vie intime, qu’ils soient en couple ou célibataires… Chacun se prend au jeu et les réponses sont aussi variées que cocasses… La glace est rompue et, avec une pudique impudeur, Kaori Ito nous raconte ses premières aventures amoureuses. Elle en a vu de toutes les couleurs et a pu observer les us et coutumes des différents pays où elle a séjourné. «Le sexe, c’est compliqué !» ironise-t-elle. Elle épingle en particulier ses concitoyens et leur goût étrange pour les poupées et les robots érotiques. De la mise en boîte, elle passe à la mise en gestes. Une danse d’une ingénue perversité, à la fois gracieuse et drôle, accompagnée par le saxophoniste Peter Corser et des bruitages additionnels de spectateurs, gentiment mis à contribution, au micro.

Dans ce registre, on connaissait les talents d’interprète et de chorégraphe de Kaori Ito. Ici, avec ces paroles improvisées en public, on retrouve l’humour et la délicatesse qu’on a pu apprécier dans Plexus (2014), un solo d’Aurélien Bory où elle jouait une poupée érotisée ou, la même année, dans Asobi (Jeux d’adultes) sa propre pièce, très coquine, où elle se livrait déjà à un effeuillage ludique… Au terme de cette soirée décapante, la danseuse nous invite l’année prochaine à un deuxième Kaoriptease, différent, promet-elle. Une performance légère et pimentée  qui nous met en appétit pour la reprise, à la Scala, d’Embrase-Moi, coécrit et dansé avec Théo Touvet et deuxième volet d’une trilogie autobiographique comprenant Je danse parce que je me méfie des mots (2015) et Robot, l’amour éternel, un solo créé l’an passé. Pour l’automne prochain, elle prépare Chers une pièce pour six interprètes, .

 Mireille Davidovici

Spectacle vu le 22 novembre à la Scala, 13, boulevard de Strasbourg, Paris XX ème.. T. 01 40 03 44 30.

Kaoriptease # 2 le 30 janvier à minuit et Embrase-moi à partir du 15 février.

D’autres Minuit Shows sont en cours de programmation pour 2020.

*La Folle Histoire de la Scala est publié chez Actes-Sud.

 

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