Place, texte et mise en scène de Tamara Al Saadi

© Pascal Gely

© Pascal Gely

 

Place, texte et mise en scène de Tamara Al Saadi

 Tiraillée entre une famille exilée et figée dans ses souvenirs de “là-bas“, et  son désir à elle de “s’intégrer“ dans un nouveau pays mais écartelée entre son Irak natal, en guerre et la France où ses parents se sont réfugiés quand elle avait quatre ans, Yasmine retrace un parcours accidenté pour accéder à sa véritable identité. Une petite fille la guide dans ce retour aux sources : «Votre moi est en désaccord avec votre vous : vous vivez sous le joug d’une forme d’auto-séquestration », diagnostique la gamine clairvoyante.  Pour traduire ce déchirement, deux Yasmine cohabitent, aux physiques contrastés  (Mayya Sandbar et Marie Tirmont). Selon les circonstances, c’est la jeune arabe ou la Française qui prend le pas sur l’autre. Leur coexistence non pacifique rend tangibles les tensions qui traversent l’héroïne lors de situations absurdes, tragiques et parfois cocasses…

 «Je me souviens de mon enfance comme d’un cri »,  confient Yasmine et, tour à tour, les membres de sa famille. La mère se rappelle un passé heureux mais entend toujours les bombes ; elle n’est que douleurs et gémissements. «On est en embargo depuis qu’on est gamin», constate le frère aîné… Le père, mutique tout au long de la pièce, ouvrira enfin la bouche pour évoquer son propre père qui lui disait : «On avance toujours seul ! » « Ils errent dans un là-bas à eux », résume Yasmine.

Alix Boillot a imaginé une scénographie avec de simples chaises pour composer, au fil du spectacle, un espace chaotique. Dans ce paysage désolé, peu à peu envahi par le sable qui pleut sur le plateau – comme les bombes sur Bagdad-, la jeune fille raconte son histoire. Les situations se superposent et s’entrechoquent alors que tous les personnages sont présents, en permanence. On glisse d’une scène dans la cour de l’école à une confrontation familiale, un rendez-vous amoureux, et aux adieux de la sœur aînée qui ne peut pas s’intégrer…

Ces événements, issus de la mémoire de Yasmine, appellent des codes de jeu variés: des camarades de l’adolescence sont des caricatures cauchemardesques alors que les scènes à la Préfecture de police, plus vraies que nature, rendent compte de l’absurdité administrative. Les comédiens, tous excellents, épousent avec subtilité les qualités de l’écriture, vive, sans pathos, avec de belles échappées poétiques. Roland Timsit réussit à imposer la présence-absence pesante du père. Françoise Thuriès est une mère hystérique et Yasmina Nadifi, (la sœur) nous fait rire dans le rôle d’une employée de bureau revêche.

 Tamara Al Saadi puise largement dans sa biographie : « Place est née de la nécessité de parler d’une impasse, de ce sentiment  qu’éprouvent parfois les “étrangers“  à n’être jamais au bon endroit, de la bonne façon. Une quête permanente de légitimité  aux yeux des autres et les dégâts qu’engendre l’assimilation“.  »  La jeune femme, à sa sortie de l’École du jeu, avait écrit et monté Chrysalide, Pièce d ́identité et J’espère qu’on sera mieux demain. Ce spectacle, Prix du Jury et Prix des Lycéens au Festival Impatience 2018, confirme qu’elle a vraiment trouvé sa place : celle d’autrice et metteuse en scène. Après ces débuts prometteurs, elle prépare une création ambitieuse : il sera question de la décolonisation du corps de la femme orientale. À suivre.

 Mireille Davidovici

Le spectacle a été joué du 23 au 28 novembre au Cent-Quatre , 5 rue Curial, Paris (XIX ème) T.01 53 35 50 00.

 Du 3 au 6 décembre, La Manufacture, Nancy (Meurthe-et-Moselle) et le 13 décembre, ECAM, Kremlin-Bicêtre (Hauts-de-Seine).
Du 7 au 10 janvier, Comédie de Saint-Etienne (Loire); du 21 au 23 janvier, Comédie de Reims (Marne); 28 janvier, Vivat, Armentières (Nord); 31 janvier, Théâtre de Chelles (Seine-et-Marne).
Le 10 mars, POC! Alfortville (Hauts-de-Seine) et le 13 mars, Chateauvallon-Liberté, Toulon (Var).
Le 14 mai, Dôme de Gascogne du CIRC, CIRCA, Auch (Gers).

La pièce est publiée aux éditions Koinè, 104 rue Victor Hugo, Bagnolet (Seine-Saint-Denis).  T. : 06 12 55 85 03

 Le festival Impatience aura lieu du 6 au 18 décembre:

Au Cent Quatre, Paris (XIX ème), au Théâtre Louis Aragon, Tremblay-en-France, aux Plateaux Sauvages, Paris ( XX ème) et au Jeune Théâtre National, Paris (IV ème).

 

 

 


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