Trois Femmes (L’Echappée), texte et mise en scène de Catherine Anne

Trois Femmes (L’Echappée), texte et mise en scène de Catherine Anne

©Victor Tonelli.

©Victor Tonelli.

Précarisation des emplois de service, chômage de jeunes sans formation, angoisse de la grande vieillesse. Peut-on se libérer plus, moins ou pas du tout des déterministes sociaux qui semblent installés à vie, de par ses origines? Une telle est aisée et «bien-née » et telle autre vit dans la gêne à cause de bas revenus. Auxiliaire de vie diplômée, la mature Joëlle est engagée comme garde de nuit chez Madame Chevalier âgée, riche… et odieuse. C’est sa fille, avec laquelle elle n’a plus aucune relation qui a fait une demande pour qu’elle obtienne cette  aide ménagère.  Joëlle (Clotilde Mollet) est soumise et prête à tout pour garder cet emploi même s’il est peu valorisant : elle a à charge une fille trentenaire et mère d’une petite fille. Et  Joëlle va faire irruption dans ce bel appartement bourgeois et casser les certitudes des frontières de classe. Mais voilà, sa mère apprécie peu qu’elle force le destin.  Lassée d’une docilité sociale qu’elle a fait sienne depuis trop longtemps, elle devient vindicative et se rebelle. Dans ce rôle, Milena Csergo, est admirable.

Une histoire sans amour mais avec mille remous affectifs et enjeux d’argent, selon Catherine Anne , que les relations nouées entre des femmes travaillant chez les autres et celles qui les rémunèrent ont intéressée. Trois femmes puissantes jonglent entre peur de mourir et désir de vivre… Dans cette pièce, il est aussi question de la filiation, qu’on soit du bon ou du mauvais côté… Les enfants peuvent s’éloigner de leurs parents, qu’ils soient fortunés ou pas et la solitude est alors la même, avec un sentiment d’abandon et de rejet.

 Violence et douceur, affrontements frontaux et angoisse des non-dits. Une histoire de mensonges obligés entre jeu et réalité, pour rêver une vie meilleure. Elodie Quenouillère a installé l’action sur deux niveaux : à jardin, l’intérieur cossu de la vieille dame indépendante et volontaire que joue à merveille la grande Catherine Hiégel. Un fauteuil où s’asseoir, près d’un ascenseur esquissé. Et à cour, sur un petit plateau, deux ou trois marches plus bas, une table de cuisine et des chaises: un appartement modeste où vivent cette auxiliaire de vie, son compagnon,  sa fille sans emploi avec sa petite fille…  Pourtant la rencontre entre deux milieux antithétiques s’accomplira, entre la seule joie d’être au monde et la peur de le quitter bientôt. Un trio tonique, une partition réglée au cordeau et  sans aucune fausse note.

Véronique Hotte

Le Lucernaire, 53 rue Notre-Dame-des-Champs, Paris (VI ème), jusqu’au 5 janvier. T. : 01 45 44 57 34.

Le texte  est publié chez Actes Sud-Papiers.

 


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