Des territoires (…et tout sera pardonné ?) texte et mise en scène de Baptiste Amann Baptiste Aman

Des territoires (…et tout sera pardonné ?) texte et mise en scène de Baptiste Amann

Le dernier volet d’une trilogie, amorcée en 2013 par de jeunes acteurs sortis de l’Ecole Régionale d’Acteurs de Cannes et Marseille, met en scène trois frères, Hafiz, Sal, Benjamin et leur sœur, Lyn, réunis pour l’enterrement de leurs parents.  A ce drame familial, se mêlent, dans chaque pièce, des événements marquants de l’Histoire de France. Dans Nous sifflerons la Marseillaise…, la découverte des restes de Condorcet ouvre sur la Révolution française (voir Le Théâtre du blog). La deuxième partie, D’une prison, l’autre, fait écho aux émeutes urbaines qui secouent périodiquement notre pays et renvoie, avec le personnage d’une activiste, à Louise Michel et à la Commune de Paris.

@Sonia Barcet

@Sonia Barcet

Pour ce troisième opus, l’auteur-metteur en scène place l’action dans un hôpital. Lyn, Sal et Hafiz se retrouvent au service de réanimation, au chevet de Benjamin, leur petit frère blessé lors des émeutes et en état de mort cérébrale. Un deuil à faire mais aussi le don de ses organes… Parallèlement, se tourne un film sur la guerre d’Algérie, focalisé sur le procès de Djamila Bouhired, accusée d’avoir déposé une bombe pendant la bataille d’Alger, en 1957. Et défendue par l’avocat Jacques Vergès. Pour unir les deux scénarios, une rencontre, au hasard des couloirs, tisse un lien entre Hafiz (Solal Bouloudnine) et Nailia, la comédienne, qui incarne l’héroïne, interprétée par Nailia Harzoune. Nailia est fille de harki et Hafiz, un orphelin recueilli par une famille française, est le petit-fils d’un combattant du F.L.N. Hafiz renoue ainsi avec son histoire: « Une mémoire dont je n’ai pas le souvenir, mon histoire s’arrête avec ma naissance. »

A la mort définitive de Benjamin, changement de décor pour le tournage du film et le magnifique plaidoyer de Jacques Vergès, interprétée par Alexandra Castellon qui joue aussi la femme médecin.  Au cours de ces deux heures trente d’une écriture en mille-feuilles où cohabitent l’intime, le politique et l’historique, bien des thèmes seront abordés. «J’opère plus par résonances, que par raisonnement, note Baptiste Amann. Pour moi, poser la pièce dans un service de réanimation agit déjà sur le fait d’évoquer la révolution algérienne. A un autre moment, un monologue égrène une liste de victimes des violences policières qui ont entraîné des émeutes, sur trente ou quarante ans. Il y a une résonance entre la guerre d’Algérie et l’état d’urgence voté au moment des émeutes de 2005 à Clichy-sous-Bois… »

@Sonia Barcet

@Sonia Barcet

 À la périphérie de ces histoires croisées, se posent d’autres questions sociétales, comme celle de l’hôpital. L’infirmier (Olivier Veillon) aux petits soins pour Benjamin, épingle la brutalité du médecin, mariée au directeur de l’établissement: «Un hôpital, c’est pas une machine à fric», lui dit-il quant à sa gestion des patients. Pied-noir d’origine, la jeune femme se sent déstabilisée par le tournage du film. Mais il faut bien rentabiliser les locaux…

La saga familiale de Baptiste Amann se veut le portrait d’une génération (la sienne) à la recherche de son patrimoine historique et géographique, pour définir ce que pourrait être aujourd’hui une révolution.  Mais on  entend plutôt ici : qu’est-ce que la France d’aujourd’hui ? Le titre de la trilogie renvoie inévitablement aux  » territoires perdus de la République », ces zones pavillonnaires et ces banlieues construites sur des couches d’alluvions de la région parisienne et récupérées lors du creusement du R.E.R. B… Des terrains instables !  Et, plus récemment, on pense à la France des ronds-points. Une histoire qui reste à écrire.  

Avec une direction d’acteurs et une maîtrise de l’espace irréprochables, des séquences titrées qui s’enchaînent ou se superposent sans temps mort, des dialogues bien écrits, et malgré quelques longueurs, bien pardonnables, cette fiction, en prise sur notre monde contemporain, tient le public en haleine.

 Mireille Davidovici

Jusqu’au 7 décembre, Théâtre de la Bastille, 76 rue de la Roquette, Paris (XI ème) T. 01 43 57 42 14.

 Du 28 janvier au 8 février, Théâtre-Centre Dramatique National de Bordeaux (Gironde). Le 12 mars, L’Empreinte, Brive (Corrèze); du 18 au 20 mars, Théâtre Daniel Sorano, Toulouse (Haute-Garonne); du 31 mars au 3 avril, Théâtre Dijon-Bourgogne (Côte-d’Or).

 

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