La grande personne # Laurent Gaudé

La grande personne # Laurent Gaudé

© Christophe Abramowitz

© Christophe Abramowitz

Ne pas manquer l’occasion d’un exercice d’admiration… Laëtitia Guédon, la directrice des Plateaux Sauvages, avait choisi Maryse Condé comme première grande personne en mars dernier et Laurent Gaudé a été fêté à son tour, le 20 novembre. « Ce n’est pas un hommage, dit-elle, c’est un partage. » Un banquet pour l’intelligence et les sens, un moment de plaisir et de libre parole, avec la cuisine subtile et chaleureuse de Rosilène Vitorino, cheffe des délices aux Plateaux sauvages.

«Le banquet de Platon », selon le scénographe et metteur en scène Yannis Kokkos qui fut le premier à mettre en scène Onysos le furieux, poème dramatique de l’hôte de cette soirée. Les souvenirs reviennent et les dettes qu’un artiste peut avoir envers un autre comme Hubert Gignoux (1915-2008) qui dirigea longtemps le Théâtre National de Strasbourg, si exigeant avec le dire et la voix. Laurent Gaudé nous lira un extrait d’une œuvre de jeunesse, La Porte de Morante puis en fin de soirée, un extrait d’un texte en cours d’écriture.

On entend ses mots à la lumière mais on a envie de dire: au soleil, en écoutant l’auteur du Soleil des Scorta  (prix Goncourt 2004) de tout ce qu’ensuite, on a lu de lui. Puis Judith Henry et  Karine Pédurand (Médée Khali), le trio corse Sarocchi. «Je voudrais que ma voix traverse les montagnes, jusqu’au frontières  d‘Espagne. » À ces voix, se mêlent les cartes  postales en vidéo des amis qui ne pouvaient être là : Ariane Ascaride reconnaît à Laurent Gaudé la vertu d’être «un auteur responsable», Roland Auzet qui a conçu avec lui Nous l’Europe, banquet des peuples. Voix et voyages: en Haïti, on entend le poète Lionel Trouillot à Grande Synthe et le témoignage de Yolande Moreau qui a filmé les réfugiés et migrants. Faire entendre des voix diverses : Laurent Gaudé a commencé par écrire pour le théâtre. Et son désir de réenchanter l’Europe, à une époque où on n’en sent que le poids, avait besoin du théâtre, d’un vaste plateau, d’un chœur chantant et coloré pour trouver sa respiration.

Tout est donc affaire de voix et d’écriture née d’un regard « concerné, plutôt qu’engagé » sur le monde, sur un Sud, profondément ancré en nous : « Ce n’est pas Euripide qui est notre contemporain, c’est nous qui sommes antiques.» Cette antiquité au présent, avec cette perception unique du temps, donne à l’écriture de Laurent Gaudé son ampleur épique, son oralité et un rythme auquel ont répondu ce soir-là, les percussions de Keyvan Chemnini  et une improvisation au piano par Thierry Escaich qui a composé la musique de l’oratorio Cris, sur les lettres chiffrées du nom: Gaudé.

Sans aucune pesanteur théorique, on aura, grâce aux échanges de ce banquet, un peu mieux senti, ce qu’est écrire et l’extraordinaire force de cet exercice, somme toute, modeste (encore que…), capable d’embarquer avec lui, le monde et la vie. On aura un peu plus réfléchi à ce qui fait la popularité » d’une œuvre, au meilleur sens du terme. Il reste difficile de faire partager la belle ordonnance et la liberté de cette soirée, mise en scène, ou plutôt à table par Laëtitia Guédon, pas plus que son menu léger et “goûtu“, avec une pointe finale de lemoncello.

Une consolation : ces bonheurs littéraires et musicaux, ces rencontres fraternelles n’auront pas été réservés à la centaine de chanceux présents ce soir là : spectateurs, participants aux ateliers, représentants de la Ville, artistes… :  la soirée est diffusée en balado-diffusion, comme disait Philippe Meyer dans son émission La prochaine fois je vous le chanterai sur France-Inter. Vous êtes prévenus : la prochaine Grande Personne invitée aux Plateaux Sauvages (qui font preuve d’un haut degré de civilisation en invitant ces écrivains), sera, en mars prochain, Leila Slimani.

Christine Friedel

Les Plateaux Sauvages, fabrique artistique et culturelle de la Ville de Paris, 5, rue des Plâtrières, Paris ( XX ème ). T. : 01 83 75 55 70

Actuellement hors-les murs :  Carreau du Temple : Salade, Tomates, Oignons de Christophe Folly, jusqu’au 6 décembre, une création née du XX ème arrondissement.

Nous l’Europe, banquet des peuples, vu au dernier festival d’Avignon en tournée :

Les 9 et 10 janvier à L’Archipel, Perpignan (Pyrénées-Orientales), du 14 au 16 janvier à la MC2 de Grenoble (Isère) ; les 23 et 24 au Théâtre du Passage à Neuchâtel (Suisse), les 28 et 29 à Odyssud, Blagnac (Haute-Garonne)

En février, le 3 à MA scène nationale de Montbéliard (Doubs) ; le 6 au Théâtre–Cinéma de Choisy-le-Roi (Val-de-Marne), du 11 au 14 au théâtre Olympia, CDN de Tours (Indre-et- Loire). Le 10 mars au parvis, scène nationale de Tarbes (Hautes-Pyrénées), le 13 au Teatr Polski, Bydgoszcz (Pologne).

du 27 mars au 2 avril au TGP, CDN de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis)

 

 


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