Le Dindon de Georges Feydeau, adaptation et mise en scène d’Anthony Magnier

Le Dindon de Georges Feydeau, adaptation et mise en scène d’Anthony Magnier

© compagnie Viva

© compagnie Viva

Des Dindons, il y en a eu beaucoup depuis l’énorme succès à sa création en 1896, au théâtre du Palais-Royal avec 275 représentations… Pour être réussie, cette comédie requiert d’excellents acteurs et une mise en scène aussi précise que l’écriture du maître incontesté du vaudeville à la française. Et Antony avec sa compagnie Viva,  avait déjà monté Le Fil à la patte (voir Le Théâtre du Blog) avec efficacité. Décor et costumes (Mélisande de Serres) d’un chic intemporel, arrachent la pièce à la vulgarité qui a souvent présidé à sa réalisation et permet de s’attacher à une intrigue complexe et rebondissante, marque de fabrique de Georges Feydeau. 

Au cœur de l’intrigue, la vengeance d’une femme. «Si tu me trompes, je te trompe », promet Lucienne Vatelin, à son notaire de mari. Deux prétendants n’attendent que ça: Rédillon, un ami du couple, courtise Lucienne depuis des années. Pontagnac, coureur de jupons notoire, a suivi Lucienne jusque chez elle et découvre que son mari est son ami Vatelin qui prend la situation avec humour. Mais tout se gâte, quand arrive Maggy, une ancienne maîtresse anglaise de Vatelin. Elle menace de se suicider s’il lui refuse un rendez-vous. La femme de Pontagnac et le mari de Maggy, Soldignac, entrent aussi dans la ronde des cocus. Georges Feydeau ajoute à cette intrigue des personnages burlesques, comme le couple Pinchard dont la femme est sourde et le mari libidineux, Armandine,  une prostituée canaille et quelques valets et femmes de chambre, témoins dépassés par les événements. La mécanique est en place : qui sera le dindon de la farce ?

Des personnages: onze hommes et six femmes, les rôles sont ici répartis ici entre quatre acteurs et trois actrices. Ce qui suppose une grande rapidité dans les changements de costumes: une performance avec un jeu très physique et une précision métronomique. Anthony Magnier est un Pontagnac massif, imbu de sa personne, Xavier Martel, un Vatelin sympathique, le gendre idéal…  Rédillon (Laurent Paolini), un gai luron un peu infantile, couvé par son vieux valet Gérôme (l’ombrageux Julien Renon qui joue aussi Soldignac, l’Anglais de Marseille, irrésistible quand il jongle entre deux langues, et Pinchard aux accents soldatesques. Magali Genoud, d’abord Sainte-Nitouche, devient une Lucienne Vatelin au sang chaud quand elle veut séduire Rédillon qui, épuisé par une nuit de débauche et malgré son patronyme, n’arrive à rien !

Le deuxième acte, à l’hôtel Ultimus où se croisent tous le protagonistes, est particulièrement réussi avec les portes qui claquent, une femme dévêtue dans le placard, les «Ciel ma femme! » et «Il y a une homme dans le lit de ma femme.» Du Feydeau dans sa quintessence. De brefs intermèdes érotiques sur une musique pop, le temps de changer le décor, donnent un ton libertin et actuel à la pièce. Pour Anthony Magnier: «Le Dindon confronte au couple, le désir qui amène sur le champ des possibles de l’aventure amoureuse, de l’infidélité. Tous les personnages en sont là: certains sans aucun scrupule et d’autres qui s’interrogent.» Et l’auteur s’amuse à inverser les rôles et donne la part belle et l’initiative aux femmes : on voit Lucienne Vatelin se faire la complice de Madame Pontagnac pour surprendre leur mari en flagrant délit. Même située dans un tout autre contexte, cette revanche féminine a de quoi nous réjouir aujourd’hui… Le metteur en scène et sa troupe nous entraînent pendant une heure quarante dans une ronde folle et portent la caricature comme des masques de théâtre. Leurs personnages -inénarrables idiots- sont ici des pantins pris aux rouages diaboliques d’une action qui les dépasse. Les dindons, en quelque sorte, de cette farce…

Mireille Davidovici

Théâtre Dejazet,  41 boulevard du Temple, Paris (III ème). T. : 01 48  87 52 57.

Le 1er février, Saint-Fargeau-Ponthierry (Seine-et-Marne); 6 février, Sallanches (Haute- Savoie); 7 février, Aix-les-Bains (Savoie); les 13 et 14 février, Metz (Moselle); 28 février,  Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne).
Le 7 mars, Loos (Nord) ; 19 mars, Digne-les-Bains (Alpes de Haute-Provence) ; 20 mars, Le Pradet (Var).
Le 4 avril, Saint-Priest (Rhône); 17 avril, Saint-Marcellin (Isère); 18 avril, Buc (Yvelines).
Le 3 juin, Le Rosey (Suisse) et le 27 juin, Jouy-en-Josas (Yvelines).

 

 

 


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