Khady Demba de Marie NDiaye, adaptation et voix de Corine Miret,

Khady Demba de Marie NDiaye, adaptation et voix de Corine Miret, musique d’Isabelle Duthoit, installation de Johnny Le Bigot

Crédit photo : Johnny Le Bigot.

Crédit photo : Johnny Le Bigot.

Danseuse, comédienne et performeuse, Corine Miret de La  Revue Eclair a lu Trois Femmes puissantes de Marie Ndiaye (prix Goncourt 2009) et est resté gravé en elle, le souvenir de Khady Demba, la dernière de ces femmes. Quand son mari meurt brutalement, restée veuve sans enfant malgré son très grand désir de maternité, la voilà humiliée, niée puis exclue du cocon de sa belle-famille. « Elle avait ignoré quelle forme prendrait leur volonté de se débarrasser d’elle mais, que le jour viendrait où on lui ordonnerait de s’en aller, elle l’avait su ou compris ou ressenti (c’est-à-dire que la compréhension silencieuse et les sentiments jamais dévoilés avaient fondé peu à peu savoir et certitude) dès les premiers mois de son installation dans la famille de son mari, après la mort de celui-ci. »

Pour viatique, un petit rouleau  de billets caché que lui a donné sa belle-mère et un lent éveil à la conscience de sa propre réalité à laquelle elle n’accédait pas. Khady Demba migre alors, loin de sa terre d’origine et échouera au pied d’un haut grillage, une barrière symbolique qu’il aurait fallu franchir pour atteindre à la «liberté» occidentale Peines de cœur et blessure physique mais aussi, rencontre avec un jeune homme qui va s’occuper d’elle à sa manière, une présence affective. Quand le camion s’ébranle avec des hommes, femmes et enfants prêts à tout, pour quitter leur pays désenchanté, Lamine dit de tenir bon à cette compagne au mollet blessé. Il avait des yeux «pareils à ces yeux de chien emplis d’une terreur innocente qui avaient croisé le regard de Khady et avaient alors atteint son cœur refroidi, engourdi, un instant l’avaient fait vibrer de sympathie et de honte ».

Pourtant, elle devait se rappeler plus tard, sans amertume mais avec tristesse et regrets, les attentions que Lamine avait eues à son égard. Dans l’enfer des migrants qui essayent de sortir de la misère, elle prend alors conscience de sa propre vie, jusqu’à sa métamorphose. Révélation existentielle mais aussi attention à la nature, au ciel et aux oiseaux voyageurs. Ce voyage vers l’inconnu révèle chez Khady Demba une force mentale insoupçonnée: honneur et dignité mais elle sent aussi que son corps s’affaiblit. Ici,  dire ou écouter ce récit de la narratrice exige qu’on se laisse embarquer par le style au trajet mystérieux de Marie NDiaye, avec suspensions et parenthèses, qui nous fait entrer physiquement sur le chemin à la fois réel et imaginaire parcouru par ses personnages.

Avec répétitions, retours, incises, changements de temps, la parole de Khady Demba, qu’elle soit  narrative ou au style indirect libre, traduit la sensibilité d’une femme présente au monde jusqu’au bout de sa solitude. Et la voix de Corine Miret coule, cristalline et vive dans ce monologue intérieur où l’auteure explore le sentiment passionnant d’être en vie. La clarinettiste et vocaliste Isabelle Duthoit saisit les sons et les recrée avec une présence éloquente et tranchante, jouant avec cet instrument qu’est le souffle étouffé et cassé, ou bien strident et perçant.

Chuchotements et clapotis, celui de la clarinette est profondément humain, dispensant la matière même des souffrances et les instants fugitifs d’éclats lumineux d’un temps à partager. Une partition autonome… Et nous avons la liberté de suivre les cheminements entre le texte, la musique et l’installation de Johnny Lebigot qui fait la part belle à la nature, avec des formes légères et circulaires, horizontales et verticales de rotin travaillé. Suspendues, à côté de treillages et tissages de roses trémières, comme ces mobiles à contempler, morceaux végétaux et fragments de notre terre. Se balance ainsi en l’air, une coque ovale de maripa de Guyane… telle une barque minuscule protégeant des graines, des pluies équatoriales. Un rappel métaphorique de l’embarcation de Khady Demba…

Véronique Hotte

Scène Thélème, 18 rue Troyon, Paris (XVII ème), jusqu’au 14 décembre. T. : 01 77 37 60 99.

Atelier du Plateau, 5 rue du Plateau, Paris (XIX ème), les 29, 30 et 31 janvier.

 

 

 

 

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