La Vie est belle,d’après It’s a wonderful life de Frank Capra, mise en scène de Stéphane Daurat

 La Vie est belle de Philip Grecian d’après It’s a wonderful life de Frank Capra, texte français de Stéphane Daurat et Catherine Hauseux, mise en scène de Stéphane Daurat (tout public à partir de onze ans)

©Arnaud Perrel

©Arnaud Perrel

Le metteur en scène a adapté ce film bien connu (1946) du grand réalisateur américain (1897-1991). Une histoire sordide avec une critique sociale à la clé mais teintée d’optimisme grâce à un dénouement inespéré… Enfant, George Bailey veut être explorateur et va sans doute quitter un certain temps sa petite ville de Bedford Falls pour voyager et étudier à l’étranger. Mais son père décède brutalement et le rêve s’effondre… Il n’a donc alors pas d’autre choix que reprendre l’entreprise familiale de construction de logements corrects à prix abordable pour la classe ouvrière. Mais cela ferait de l’ombre à Potter, un puissant homme d’affaires sans scrupules et  un très riche propriétaire grâce à la location de ses nombreux immeubles. Il veut bien entendu, racheter l’entreprise Bailey à n’importe quel taux et sinon, ne reculera devant rien pour la faire disparaître. Y compris en embauchant à un salaire très élevé, le malheureux Gorge qui refuse son offre car il pense avoir enfin sauvé la société de son père… Mais catastrophe, son oncle Billy égare une très grosse somme d’argent appartenant à l’entreprise et absolument indispensable à son maintien en activité. Une somme que trouvera M. Potter et qu’il gardera. Et il ira même jusqu’à accuser de vol, les Bailey!

Bref, à la veille de Noël, une escroquerie doublée d’une tragédie familiale … George désespéré, accablé par le destin, veut se noyer en se jetant d’un pont. Mais, miracle: au Paradis, Clarence, un apprenti-ange, va pour  gagner ses ailes, venir au secours de George. Et une collecte permettra de façon inespérée de récupérer la grosse somme perdue… La fable de Frank Capra ne manque pas de charme surtout quand elle est interprétée par de très grand acteurs comme James  Stewart dans le rôle principal… et Lionel Barrymore (M. Potter).

©Arnaud Perrel

©Arnaud Perrel

Reste à savoir comment faire passer ce scénario de cinéma sur une scène… Et avec sept comédiens seulement pour vingt personnages. Sur le plateau, juste une porte-fenêtre, un réverbère, de petits praticables roulants et escaliers de quelques marches sur fond de rideaux noirs. Mais les acteurs les déplacent sans arrêt: ce n’est pas justifié et casse encore plus un rythme déjà faiblard. Et sans doute mal dirigés, ils criaillent souvent comme pour essayer de donner un semblant de vie à un dialogue pâlichon… Ce qu’on apprend surtout à ne pas faire dans n’importe quel cours de théâtre! Cela ne peut donc pas fonctionner. Malgré un instant émouvant et juste, la courte scène où l’acteur qui joue M. Potter attaque George (Thierry Jahn inégal), ces quatre vingt-minutes s’écoulent bien lentement… Le public, pas très nombreux, a quand même applaudi…

En fait, cette fable américaine pourrait être soixante-dix ans plus tard efficace : les exemples dans notre douce France de discrètes magouilles politico-financières en vue d’obtenir contrats d’urbanisme, ne manquent pas! Mais, même si on n’est pas ici dans un théâtre d’agit-prop, il y faudrait une autre virulence… bien loin d’exister dans la mise en scène de cette première partie. Et comme il manque une vraie poésie dans la seconde, ici le compte n’y est pas… On le sait depuis longtemps: l’adaptation au théâtre d’un scénario de film comme celui-ci, est des plus difficiles. Très en vogue depuis quelques années chez les metteurs en scène actuels, notamment chez Ivo van Hove, qui ne trouvent pas, disent-ils, des textes à leur convenance. Mais, à chaque fois, c’est un peu jouer avec le feu. Surtout quand on s’empare d’un film aussi connu des cinéphiles et donc susceptible d’attirer la curiosité du public… Mais comment arriver alors à lui donner vie sur un plateau de théâtre? Un pari perdu d’avance ou presque: le temps et l’espace ne sont en rien transposables ou bien il y faudrait un excellent dramaturge. Le contraire, passer du théâtre au cinéma est plus facile. Fait exceptionnel, Jean-Claude Martinelli avait autrefois brillamment réussi son coup avec une adaptation scénique de La Maman et la putain, film-culte (1973) de Jean Eustache. Mais c’est rarement le cas: on l’a encore vu l’an passé avec La Règle du Jeu, autre chef-d’œuvre mis en scène par Christiane Jatahy (voir Le Théâtre du Blog). Il y un risque de comparaison permanente avec le film d’origine chez les spectateurs qui l’apprécient. Et ceux qui ne l’ont pas vu ou oublié, n’ont aucun préjugé favorable si le résultat est médiocre. Bref, un exercice de haute voltige où le metteur en scène peut perdre ses billes…

Philippe du Vignal

Théâtre 13 Jardin, 103A boulevard Auguste Blanqui, Paris (XIII ème), jusqu’au 22 décembre.

Le 9 janvier, Saint-Quentin (Aisne) et le 25 janvier, Espace Coluche, Plaisir (Yvelines).
Le 17 mars, Théâtre Valère, Sion ( Suisse) et le 19 mars, Espace la Traverse, au Bourget du Lac (Savoie).

 


Archive pour 9 décembre, 2019

Les Eaux et forêts de Marguerite Duras, mise en scène de Michel Didym

 
Les Eaux et forêts de Marguerite Duras, mise en scène de Michel Didym

C5CEE17A-D8BD-4368-8AB5-25FE0C49FA63Une « sur-comédie »: ainsi l’auteure désignait-elle cette pièce (1965) à la tonalité absurde qui appartient à ce qu’elle nommait son « théâtre de l’emportement ». Zigou, le petit chien de Marguerite-Victoire Sénéchal, mord un passant sur un passage clouté.  Mais cette historiette sur les rapports homme femme dont les souvenirs se perdent, est des plus confuses.

Le passant, très énervé, s’en prend à la propriétaire du chien. Une femme s’en mêle et c’est l’altercation… Et ce fait anodin semble alors se transformer en catastrophe nationale. En fait cette Marguerite-Victoire Sénéchal dresse son chien très gentil à mordre pour attirer dans ses filets un homme qu’on doit emmener à l’hôpital ensuite! L’homme en question se réfugie dans des chansons gauloises Et ces deux femmes et cet homme vont imaginer le tout Paris contaminé par la rage et la ville anéantie. Puis l’on dévie sur leur vie conjugale, leur intimité et leurs secrets.

Le spectacle a été créé à Nancy mais même joué par Brigitte Catillon, Catherine Matisse et Charlie Nelson. «On a envie de jouer, dit Marguerite Duras, avec les mots, de les massacrer, de les tuer, de les faire servir à autre chose et c’est ce que j’essaie de faire. »  Peut-être mais ce texte reste peu convaincant et d’une qualité très éloignée des autres textes théâtraux de la grande et révérée Marguerite Duras…

Edith Rappoport

Spectacle vu au Théâtre 71, Malakoff (Hauts-de Seine),  le 4 décembre. T. :  01 55 48 91 00.

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