Les Causeries d’Emma la clown avec Juliette

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Formée à l’École internationale de théâtre Jacques Lecoq en 1988-90, Meriem Menant/Emma la clown  a depuis quelque trente ans, une incomparable pratique du jeu clownesque. «Parallèlement à mes spectacles en solo, dit-elle, j’ai commencé les conférences en Emma la clown en 2005, avec Catherine Dolto, thérapeute, à l’initiative de Nathalie Papin, auteure de théâtre et à cette époque programmatrice d’un festival dans les Côtes d’Armor. Catherine avait écrit un petit livre sur le clown à l’hôpital ; Nathalie l’a eu dans les mains et a eu envie de faire venir Catherine pour parler du clown et de son métier de thérapeute, en lui proposant « d’être interrompue par une clown » ; elle a dit: oui, sans me connaître et nous nous sommes rencontrées le jour même de la représentation; un peu de préparation et beaucoup d’improvisations, et le public en redemandait. Cette conférence devait être unique et pourtant nous l’avons jouée une centaine de fois en France, Suisse et à Montréal. Puis nous en avons créée une deuxième en 2013, sur l’Amour, et une troisième en 2015, sur l’Écologie… »

 
A la proposition de Philippe Maillard, producteur, de Chantal et Jean-Marie Fournier, directeurs de la Salle Gaveau, elle a  répondu oui immédiatement. Une forme jusque-là sans doute inédite, une causerie en forme d’interview ou presque, disons plutôt une conversation où le public serait présent …à midi et pour une heure, ce qui est pour le moins inhabituel mais semble bien plaire aux cent cinquante spectateurs dont beaucoup de jeunes qui travaillent sans doute dans ce quartier d’affaires. Un pari qui n’allait pas de soi mais vraiment réussi… 

Ici, Emma la clown a déjà pratiqué cette causerie en octobre avec Natalie Dessay, chanteuse lyrique et en novembre, avec Etienne Klein spécialiste de physique quantique. Leur  succède aujourd’hui Juliette, chanteuse, auteure et compositrice. Emma la clown, l’avait  vue sur scène plusieurs fois puis avait même joué avec elle. Avec des questions banales, apparemment sans intérêt majeur mais évidemment des plus efficaces, celles qu’on enseigne dans les bonnes écoles de journalisme : quoi ? quand? où? pourquoi? comment ? Mais autant d’abord savoir les poser…  Avec la plus grande courtoisie et beaucoup d’humour avec aussi une stratégie très au point et un solide bagage sur la discipline de l’artiste ou chercheur concerné pour arriver à offrir le meilleur à un lecteur ou à un auditeur… ou à un large public une heure durant. Emma la clown sait être très présente et drôle mais aussi rester discrète et s’effacer quand Juliette se met à parler, même si parfois, elle l’interrompt pour faire rebondir les choses

Et dans une grande salle de concert comme Gaveau, pas spécialement adaptée à ce genre d’exercice, mieux vaut aussi savoir maîtriser sa gestuelle mais aussi le temps et l’espace. Mais cela Emma la clown sait parfaitement le faire. Une interview n’est jamais un exercice facile et tout journaliste le sait, même quand il en a pratiqué des centaines (nous ne visons personne d’autre que nous-même!) Et mieux vaut être solide face à quelqu’un qui, même sympathique,  n’a pas l’intention de faire le moindre cadeau. Ici, c’est un peu différent et Emma la clown, a déjà une empathie évidente avec Juliette  avec qui elle a travaillé et qui, elle aussi, a l’habitude de s’emparer d’un public.

Deux grandes professionnelles très habiles et qui se complètent bien. Juliette parle du répertoire de la chanson française, pour laquelle elle se passionne mais aussi des compositeurs classiques et de la façon dont elle écrit ses textes et ses musiques. Et c’est aussi brillant que drôle:  Juliette a commencé par faire des études de musicologie et son père est saxophoniste; quand elle se demande ce qu’est une bonne chanson, elle ne dit pas n’importe quoi. C’est même exemplaire d’intelligence et de clarté. Et bien entendu, à la fin, en s’accompagnant elle-même au piano, elle chante quelques chansons  de sa composition. Un petit bijou d’intelligence et de sensibilité que ce court spectacle. Et cela donne très envie d’aller voir au moins l’un des suivants…

Philippe du Vignal

Spectacle vu le 3 décembre, salle Gaveau, 45 rue de la Boétie, Paris (VIII ème). Les causeries ont lieu le premier mardi de chaque mois. En janvier, avec Anne Queffelec, pianiste; en février elle est remplacée par le 28 janvier;  en mars, avec Hubert Reeves, astrophysicien ; en avril, avec Jean-Pierre Bibring, astrophysicien et chercheur; en mai, avec Catherine Dolto, haptothérapeute  et en juin, avec Anatole Khelif, mathématicien.

 


Archive pour 10 décembre, 2019

Cuckoo, un spectacle de Jaha Koo, (en coréen, surtitré en français)

Cuckoo un spectacle de Jaha Koo (en coréen, surtitré en français)

© Radovan Dranga

© Radovan Dranga

Un agréable parfum de cuisine se répand dans le théâtre tandis que trois cuiseurs à riz (en coréen : cuckoo) aux formes ultra-contemporaines, oblongs, métallisés et munis de cadrans interactifs,  à la pointe de la technologie du bonheur ménager en Corée du Sud, trônent sur une table. Sur l’ écran en fond de scène, un tout autre contexte, celui de la crise financière de 1997. Les conditions léonines imposées au pays par le FMI, en contrepartie du «sauvetage» de l’économie, le sentiment d’humiliation nationale, les milliers d’emplois supprimés et l’endettement colossal supporté par toute la population, jettent les manifestants dans la rue. Réprimés avec une violence inouïe – dont nos sociétés occidentales sont tout de même peu coutumières – ces affrontements se poursuivent tout au long de la décennie. Les suicides (un, toutes les trente-sept minutes !) accompagnent la destruction des emplois et le mépris des travailleurs.

Le jeune homme qui entre alors sur le plateau, est  né en 1997, l’année du début de cette crise, raconte l’histoire de son pays sur ces vingt dernières années. Qui s’entrelace avec la sienne, celle d’une génération sous pression, soumise à une  grave crise économique et qui a, pour seul horizon, le travail et la réussite financière. Sa recherche artistique vers une création «post-humaine» (il fait parler ses cuiseurs de riz grâce à quelques astuces technologiques), est la deuxième partie de la trilogie Hamartia qu’il consacre à des conférences-performances. Son objectif : réaliser des spectacles à partir de son vécu, de ses opinions, de documents et de matériaux, qu’il laisse  dialoguer pour construire ce qu’il appelle « un petit théâtre ». Jaha Koo travaille ainsi à créer un monde, en équilibre entre informations et récit de vie. Il réussit, par exemple, à relier les décisions gouvernementales et le sort d’un homme d’entretien dans le métro, avec de simples informations techniques, glaçantes, sur les horaires de travail.

De façon plus personnelle, il engage une relation avec ces cuiseurs auxquels il a donné un prénom et qui lui tiennent compagnie, métaphore possible d’une société réduite à  l »ultra-moderne solitude » et soutenue par une  technologie de pointe. La modestie du dispositif,  confronté au caractère macro-économique du sujet, à l’hyper-violence des images et au confort domestique procuré par ces cuiseurs de riz, crée une obligation pour le public : choisir son niveau de réception. De l’humour, à l’horreur. Mais la pauvreté du dialogue instauré par les cuiseurs n’est pas vraiment à la hauteur du drame social et politique évoqué par Jaha Koo. Son récit passionne plus que ses compagnons à vapeur qui peinent à sortir de leur statut de gadgets… La confrontation puissante entre images et récit laisse peu de place aux onomatopées cocasses de ces demi-robots.

Heureusement, une dernière scène, plus forte, accapare l’acteur : le riz, une fois cuit, sert à la construction d’un immeuble miniature sur la table. Surmonté d’une petite figurine humaine qui tremble, puis tombe dans le vide. Tout est dit.

Marie-Agnès Sevestre

Théâtre de la Bastille, 76 rue de la Roquette, Paris (XIème), jusqu’au 13 décembre (dans le cadre du Festival d’Automne à Paris). T. : 01 43 57 42 14.

 

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