Une Femme se déplace, texte, mise en scène et musique de David Lescot

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

 

Une Femme se déplace, texte, mise en scène et musique de David Lescot

 L’auteur nous conte ici, en paroles, chansons et musique, le voyage d’une jeune femme dans plusieurs époques de son existence. Avec «l’idée d’écrire pour la scène, un portrait de femme, à l’échelle d’une vie». Il a confié ce rôle à Ludmilla Dabo qui, dans Portrait de Ludmilla en Nina Simone*, incarnait brillamment la chanteuse (voir Le Théâtre du Blog). Autour d’elle, des comédiens-chanteurs talentueux accompagnés par quatre musiciens.

Tout commence lors d’un banal déjeuner dans un restaurant à concept : on n’y sert que du fade… pour «discerner quelque chose derrière le rien». Ballet insidieux des serveurs, menu aux noms ronflants…La jeune femme parle avec une amie de sa vie de bobo parisienne, plate et sans histoires : elle aime son travail, son mari et ses enfants…  Survient alors des mini-catastrophes qui la déroutent. Paniquée, elle confond le brumisateur de table avec un chargeur de téléphone et tout disjoncte. Elle se retrouve dans un autre temps de sa vie. Grâce à cet artifice et guidée par une voisine de table au fait du processus, elle va effectuer des allers et retours  “intra-biographiques“  dans le passé et le futur. Et vers des moments et des personnages-clés de sa vie : un mari timide qui ne finit jamais ses phrases et qui dit oui à tout, un père coureur de jupons mais témoin de Jéhovah, une mère exubérante et criblée de dettes, une amie d’enfance dépressive et son amour d’adolescence, rebelle et inconséquent…

Le metteur en scène utilise les artifices artisanaux du théâtre : scénographie, son, lumières, chorégraphie et jeu d’acteurs mais sans recourir à la vidéo. Pour marquer les alternances temporelles, le décor épuré du restaurant Platitude repère pour le présent, change d’un épisode à l’autre pour accueillir des éléments du passé ou de l’avenir : lit, chaises, table basse… Il avance et recule, comme le temps, au vu et au su de l’héroïne. Les déplacements dans le futur embrouillent, plus qu’ils n’éclairent Gloria. Et ses incursions dans le passé déterrent fantômes et événements dramatiques effacés de sa mémoire : avortement, mariage de raison, suicide d’une amie, disparition d’un fiancé… Avec cette fable symbolique, David Lescot questionne les choix sur lesquels on bâtit une vie rangée. Il s’agit, comme le proposait le restaurant, de «discerner quelque chose derrière le rien».

A mesure que Gloria voyage dans sa propre histoire, doutes et regrets bousculent ses certitudes. Mais peut-on modifier le passé et réparer ses erreurs ? Pour David Lescot : «Le thème de la dette qui structure les relations familiales et amoureuses, irrigue la pièce toute entière.» Une chanson met en scène toute la famille qui enjoint l’héroïne à payer ses dettes ! «Il s’agit bien, dit l’auteur, de représenter le monde contemporain et ses diktats, les choix pour orienter sa propre existence, ou encore le dur de métier de vivre ensemble. »

 Mais foin de la mélancolie… Cette comédie aux interrogations existentielles mêle le burlesque aux émotions intimes. Et les situations et personnages, comiques et attachants, renvoient au monde de la petite bourgeoisie urbaine  actuelle. On pense à l’univers ironique d’une Claire Brétécher… Une Femme se déplace échappe au réalisme social grâce à la musique, au chant et à la danse. Où il y a un décalage des thèmes et une tension désamorcée.Dans le restaurant sont diffusés « des silences enregistrés en plusieurs points de la Planète »,  sinon l’orchestre mêle sons acoustiques et effets électroniques et glisse d’un genre musical à l’autre. Anthony Capelli signe les arrangements des vingt morceaux écrits pour piano électrique (Fabien Moryoussef),  basse (Philippe Thibault), guitare (Ronan Yvon) et batterie (Anthony Capelli).

Les chansons expriment des sentiments dans la pure tradition lyrique; elles sous-tendent aussi des échanges dialogués ou bien s’articulent avec la musique, sur le mode du parlé/chanté. Avec des arias tristes, comme celle que chante l’amie dépressive. D’autres enjouées comme celle où le le mari déclare :  « Oui. Je dis oui à tout » qui sonne comme un tube. Et il y a plusieurs morceaux de bravoure comme le solo du fils, un futur “geek“, s’excitant sur le fonctionnement du G.P.S. Ou un inventaire de biens lors d’une saisie  : récriminations de la mère, ballet et chœur des huissiers brandissant les meubles. La chorégraphie de Glysleïn Lefever a conçu une chorégraphie discrète avec les allers et venues des serveurs ou des uns et des autres mais aussi une danse endiablée (la séquence de la dette). Et elle a imaginé un tendre duo entre Gloria et son premier amour. Et un acrobatique défilé des amants en tout genre…

 Grâce à un détour par la science-fiction, se dessine la vie d’une femme de trente-cinq ans, sous les traits d’une actrice solaire. Autour d’elle, jouant plusieurs rôles: Candice Bouchet, excellente mère et, tout aussi solides : Elise Caron, Pauline Collin, Marie Desgranges, Matthias Girbig, Alix Kuentz ,Emma Liégeois, Yannick Morzelle, Antoine Sarrazin et Jacques Verzier. Une comédie musicale en deux heures quinze qui vaut le déplacement !

 Mireille Davidovici

 Jusqu’au 21 décembre, Théâtre des Abbesses, 31 rue des Abbesses Paris (XVIII ème)  T. :01 42 74 22 77.

Les  27 et 28 février, Théâtre Molière-Scène nationale archipel de Thau, Sète.

Le texte de la pièce est publié par Actes Sud-Papiers.

 *Portrait de Ludmilla en Nina Simone:  reprise du 13 au 21 décembre au Théâtre des Abbesses, Paris (XVIII ème).

 

 

 

 

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