Warm de Ronan Chéneau, mise en scène de David Bobée

Warm texte de Ronan Chéneau, installation et direction de David Bobée

 

 

©arnaud_bertereau

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Béatrice Dalle était Betty dans  37 ° 2 le matin (1986) de Jean-Jacques Beineix puis a joué dans de nombreux films. Au théâtre, elle a interprété il y a cinq ans, le rôle-titre  dans Lucrèce Borgia au château de Grignan, mise en scène par David Bobée. (voir Le Théâtre du Blog). Ici, dans cette performance qui se voudrait érotique, elle est debout côté cour, en bottines de cuir, pantalon moulant et T shirt noir, et micro à la main lit en hurlant, un texte sur fond de désirs, fantasmes sexuels et orgasme,  qu’elle lit sur un pupitre :  «Seule dans ma chambre, pas de drap sur le lit. » (..) « Explose moi » (…) « Chiens, chiens de rêve…» (…) « Les garçons ne sont pas réels attendant l’occasion de se mettre en danger Les garçons ne sont pas réels ils sont beaux, on les voit de loin Ressemblant de loin A ce qu’on voudrait voir de près Leur corps, leur sexe sont durs contre moi, et presque trop parfaits, je suis liquide, liquide sous leurs mains mouillée, liquide chiffonnée.” Un texte assez banal et loin du “poème incandescent” un peu trop vite annoncé dans la note d’intention…

En fond de scène, de grands miroirs reflétant le public (pas vraiment nouveau! ) qui trembleront à l’extrême fin. Côté cour et côté jardin, deux beaux murs de projecteurs qui irradient une très forte chaleur. Il doit faire dans la salle quarante degrés. Un rappel-citation de 37 ° le matin? Sans doute pour dire le côté torride de l’amour ? Ou pour mettre à l’épreuve -c’est le propre d’une performance au sens strict du terme- à la fois les artistes et pour le public- avec une grande chaleur tropicale et une «musique» aux basses continues en permanence. Pour David Bobée, « cette expérience,  pousse les limites de la relation au spectacle même : on est dans une performance immersive. » (…) «Le public ne perçoit plus la proposition uniquement  par l’ouïe et le regard. » Puisqu’il nous le dit… mais nous avons le droit d’être très sceptique!

Cet ensemble faussement provocateur mais bien timide, en effet ne fonctionne pas. Rien à faire! Nous sommes ici dans une vraie petite salle de théâtre au public sagement assis en rangs serrés, ce qui donne un côté figé à cette proposition. Il y a donc côté cour, une Béatrice Dalle, en maîtresse de cérémonie mais, même si on ne doute pas de sa sincérité, il faut se pincer pour y croire. Elle tire très souvent sur son T shirt pour découvrir son épaule et son soutien-gorge, histoire de nous persuader que ce texte est bien érotique?

©arnaud_bertereau

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Il y a heureusement de jeunes et beaux acrobates… Un porteur, Edward Aleman et un voltigeur Wimer Marquez enchaînent, virtuoses, positions et équilibres des plus risqués: le voltigeur sur les pieds de l’autre allongé, ou pieds joints sur la tête du porteur marchant lentement, etc. Brillantissimes… Le torse nu, dans une métaphore évidente du désir amoureux, ils se jettent parfois l’un sur l’autre et Béatrice Dalle s’en rapproche: «Venez, je dis.» Mais elle ne les dirige pas, comme David Bobée le prétend et ces fantastiques acrobates sont bien assez doués pour le faire eux-mêmes. Et on les regarde plus,  que Béatrice Dalle continuant à hurler, la bouche à deux centimètres du micro dans une pénombre permanente… Dissuasif!

On est donc entre une lecture et une véritable performance acrobatique mais sans relation véritable entre ces deux éléments. Le froid, le feu, le danger, la difficulté physique sont des éléments de constitutifs de la performance depuis les années soixante. Avec parfois, la mise en œuvre d’un texte, comme ensuite dans la poésie-action de Julien Blaine ou de Bernard Heidsieck. Avec un (e) artiste généralement au départ, peintre ou sculpteur ayant reçu une formation dans une école de Beaux-Arts. Comme dans le body-art avec Gina Pane, Orlan, Marina Abramovic…. Des voix de femmes qui commençaient à être singulièrement entendues. Et où le corps, comme ici, était soumis à rude épreuve selon un temps indéterminé mais de toute façon, peu commun.

En effet, même s’il y a parfois quelques éléments d’origine théâtrale ou du moins spectaculaire dans une performance, la notion même de temps et d’espace ne sont pas du tout les mêmes que sur un plateau de théâtre. Et à vouloir unir un récit fictionnel poétique ici donné chaque soir et une performance, réalisation par définition unique et in situ, David Bobée s’est planté.

Heureusement, il a convoqué ces acrobates. Quant à Ronan Chéneau, il a déjà écrit des textes pour le metteur en scène et ici spécialement pour Béatrice Dalle. Et si on a bien compris, c’est une séance masturbatoire et en même temps une revendication féministe- c’est dans l’air du temps mais pourquoi pas?- où une femme parle de ses envies sexuelles et de ses amants. Mais Béatrice Dalle, pleinement engagée -là n’est pas la question- lit son texte, les yeux rivés sur son pupitre d’un bout à l’autre!  On ne voit donc jamais son regard. Vous avez dit, un peu gênant? Il y a, en permanence, une « musique » électro assourdissante et David Bobée fait crier l’actrice au micro à quelques centimètres de sa bouche. Quelle erreur de direction! Du coup, le texte est le plus souvent à peine audible et il y a de curieux bruits parasites. Bravo.

David Bobée baptise le tout: « installation ». Ce que ce court spectacle -qui parait longuet- n’est pas vraiment. Et il y aurait fallu un sens beaucoup plus plastique des choses et une conscience artistique de l’espace. Et pourquoi ne pas avoir davantage mis en valeur ces merveilleux acrobates sans personne d’autre sur le plateau et  ailleurs que sur une petite scène frontale qui ne convient pas du tout. Et avec une voix, celle de Béatrice Dalle par exemple, disant quelques textes réellement érotiques de qualité… La littérature française n’en manque pas: du marquis de Sade à Guillaume Apollinaire, Georges Bataille, Dominique Aury/Pauline Réage, Virginie Despentes, etc.… Et cela aurait commencé à faire sens et à ressembler à une véritable performance.

Cela est sans doute indifférent au metteur en scène mais, en ces temps où on ne cesse de lutter contre le réchauffement climatique, quid de ces quelque quatre-vingt huit projecteurs spéciaux orange pour fournir une chaleur tropicale? Pour dire quoi? L’incandescence du sexe?  Il y a là quelque chose d’assez vain. Une fois de plus, vous n’avez rien compris et vous confondez tout, pauvre du Vignal. Sans doute mais à quelques dizaines de mètres du plateau, une image qu’on ne peut oublier quand on sort du théâtre : deux SDF pas très jeunes essayant eux de garder un peu de chaleur dans de vieux sacs de couchage mal isolés par des cartons, du bitume glacé… Décidément, la vie à Paris est mal faite et David Bobée pourrait les inviter le temps de la représentation sur le plateau, cela leur ferait un bien fou et du coup, sa petite « installation » prendrait alors une autre dimension.

Vous aurez compris que vous pouvez vous abstenir d’aller voir ce Warm comme on dit en bon français, salué debout par quelques hystériques criant au génie de David Bobée… Quelle tristesse! 

Philippe du Vignal

Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin-Roosevelt, Paris (VIII ème) jusqu’au 5 janvier. T. : 01 44 95 98 21.

 

 

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