Alice à travers le miroir de Fabrice Melquiot et Emmanuel Demarcy-Mota, d’après Lewis Carroll

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Alice à travers le miroir de Fabrice Melquiot et Emmanuel Demarcy-Mota, d’après Lewis Carroll

Après le succès rencontré par sa précédente création Alice et autres merveilles en 2016 et reprise les saisons suivantes, le metteur en scène a souhaité renouer avec les aventures de la petite Alice en lui faisant rencontrer de jeunes héroïnes de la littérature. Se sont alors imposées Dorothy du Magicien d’Oz, la Zazie de Raymond Queneau et une jeune fille d’aujourd’hui, Rose, une invention de Fabrice Melquiot, une nouvelle fois associé à l’aventure.

Ces jeunes filles ont-elles des jeux à partager ? Traversent-elles le temps comme Alice traversa le miroir ? Le regard de ces adolescentes est-il encore celui de l’enfance ? Le spectacle nous invite à les suivre de l’autre côté du miroir. Commencent alors des fantasmagories : munificence des tableaux (le jardin des fleurs qui parlent), renversement des directions (nous sommes de l’autre côté des apparences), énigmes des rêves qui rêvent du rêveur (Alice dans celui de Rose ?).

Notre imagination se laisse volontiers séduire par les changements incessants de décor, d’univers et par la stylisation impeccable des personnages (reine de cœur, cavaliers du jeu d’échecs), mais nous éprouvons des difficultés à raccorder tous les sauts de la narration. Manque d’audace dans l’écriture, excès de moyens qui ruinent une vraie poésie? Nous peinons à passer de l’autre côté des apparences, malgré la débauche de signes. 

Si l’imaginaire se laisse volontiers séduire par les changements incessants de décor, d’univers, par la stylisation impeccable des personnages (Reine de coeur, Cavalier des jeux d’échecs), l’esprit éprouve des difficultés à raccorder tous les sauts de la narration. Manque d’audace dans l’écriture ? Excès de moyens qui ruinent une vraie poésie ? Le spectateur peine à passer de l’autre côté des apparences malgré la débauche de signes qui lui sont offerts.

Le spectacle veut embrasser des attendus pseudo-philosophiques, au moins autant que la magie des perspectives qui se dérobent : «La vraie vie est toujours sur le point de disparaître… » « Les portes les plus importantes sont invisibles à l’œil nu… ». Tandis qu’Alice procède de case en case sur le jeu d’échecs, Zazie, lourdingue, jure comme il se doit, Dorothy se qualifie de sorcière de l’Ouest, et Rose… is a rose is a rose… C’est bien connu. Et Alice traverse le miroir, comme Rose traversait l’écran de La Rose pourpre du Caire de Woody Allen et  pose d’emblée la question du réel, de la « vraie vie ». Vit-on dans l’illusion de vivre? Le rêveur vit-il une vie en double ? Toutes ces énigmes que les enfants posent aux adultes, sont ici pesantes car ce sont des adolescentes, presque des jeunes femmes, qui jouent avec…

Lewis Carroll a créé des personnages devenus des emblèmes du non-sense à l’anglaise : Humpty-Dumpty, Jabberwocky, Tweedledum and Tweedledee… Ce qui manque exactement à ce spectacle qui réunit pourtant beaucoup de talents : la rhétorique débridée du Chat du Cheshire n’est pas celle de la relativité d’Einstein. A vouloir creuser profond dans les méandres de la science, les situations déconcertantes où est plongée Alice, perdent de leur folle légèreté. Et les paradoxes de la logique chers à Caroll se transforment ici en questionnements métaphysiques.

Pour autant, les enfants auront les yeux emplis de merveilles et ne s’attarderont sans doute pas à ces questions d’adultes plaquées sur des personnages qui n’en demandaient pas tant. Ici, la magie fonctionne pour les yeux, si ce n’est pour l’esprit…

Marie-Agnès Sevestre

Jusqu’au 12 janvier, Espace Cardin /Théâtre de la Ville, 1 avenue Gabriel, Paris (VIII ème).

 

 

 

 


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