Xenos, par l’Akram Khan Company

Xenos, par l’Akram Khan Company

f-0af-5d2f223425075Le danseur présente son dernier solo, accompagné de cinq musiciens-chanteurs, (contrebasse, percussions, saxophone, violon, et konnacol, une technique de percussion vocale des consonnes en Inde du Sud).  A l’heure où le gouvernement français met en cause le départ à la retraite à quarante-deux ans des danseurs de l’Opéra de Paris, Akram Khan -il en a quarante-cinq- a voulu montrer qu’il était encore capable de danser. La pièce a été créée au festival Montpellier-Danse 2018 (voir Le Théâtre du Blog), une commande de l’organisation 14-18 Now pour le centenaire de la première guerre mondiale.  Rendant  hommage au million quatre cents mille soldats indiens, les Sepoys, venus se battre en Europe auprès de l’armée britannique.

Livrant une bataille contre son corps, Akram Khan incarne ici un jeune danseur enrôlé dans cette guerre. Au pied d’un plan incliné qui peut figurer une tranchée, emprisonné par des cordes (des câbles reliaient les soldats entre eux), il est couvert de terre essayant de lutter contre un éboulement. Nous retrouvons tout ce qui caractérise son style, du kathak indien, aux danses contemporaines, entre autres, le hip hop. Après avoir un des interprètes d’Anne Teresa De Keersmaeker, il a nourri ses chorégraphies de différentes rencontres : entre autres, Sidi Larbi Cherkaoui, Sylvie Guillem, Israel Galvan. Avec des rotations sur lui-même impressionnantes. Sa manière de déployer ses mains, de frapper le sol avec le pied en font un danseur exceptionnel…

De très beaux moments ponctuent ces soixante-dix minutes. Dans une scénographie proche de celles conçues pour les films de Federico Fellini, avec une balançoire, une guirlande de lumière, un tapis enroulé, des chaises de bistrot… Un musicien et un chanteur interprètent des musiques traditionnelles, et au moment où le soldat s’engage pour la guerre, tous ces accessoires, attachés à des cordes, glissent et disparaissent derrière la tranchée qui va se recouvrir peu à peu de terre.

Vers la fin, le danseur  bouge de façon animale sur un extrait du Requiem en D mineur K.626 de Wolfgang Amadeus Mozart, un moment d’intense beauté. Akram Khan se retrouve souvent ici dans un état de stupeur, totalement impliqué à la fois sur les plans physique et psychique: «Pour entrer dans cet état du corps très particulier, dit-il, j’ai travaillé sur le “choc de l’obus“. Un trouble qui a atteint les soldats dans les tranchées mais dont personne à l’époque ne devait parler. Xenos : étranger, en grec. Avec cette création, le danseur-chorégraphe réussit à donner corps et voix à ces Indiens oubliés de l’Histoire.
Au début de la pièce, nous entendons au lointain : «Ce n’est pas la guerre, c’est la fin du monde». Une prophétie dans l’esprit de son Outwitting the Devil présenté au dernier festival d’Avignon (voir Le Théâtre du Blog). Akram Khan, avec ces spectacles très réussis, aura marqué fortement cette saison de son empreinte.

 Jean Couturier

Jusqu’au 22 décembre, dans le cadre de la programmation du Théâtre de la Ville hors-les-murs,   Grande Halle de la Villette, 211 avenue Jean Jaurès (Paris XIX ème). T. 01 40 03 75.

 


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