Yes ! musique de Maurice Yvain, livret de Pierre Soulaine et René Pujol,mise en scène de Bogdan Hatisi et Vladislav Galard

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© Michel Slomka

Yes ! musique de Maurice Yvain, livret de Pierre Soulaine et René Pujol, chansons d’Albert Willemetz, mise en scène de Bogdan Hatisi et Vladislav Galard

Entre opérette et comédie musicale, cette œuvre créée avec succès au Théâtre des Capucines en 1928, trouve ici une nouvelle jeunesse avec neuf chanteurs et un trio de jazz, tous rompus à la comédie. Elle mérite d’être redécouverte pour la modernité de sa partition et la qualité des chansons d’Albert Willemetz présenté comme «lyriciste».

Maurice Yvain, illustre à l’époque pour la musique de chansons interprétées par Mistinguett ou Maurice Chevalier et celle de quelque dix-huit opérettes, avait réduit l’orchestre, vu l’exigüité du théâtre, à deux pianos. Ici, sous les doigts de Thibault Perriard (aussi aux percussions) et de Paul-Marie Barbier (également au vibraphone). Matthieu Bloch, lui, est à la contrebasse et à la guitare. Entre chanson populaire et jazz, avec des rythmes hispaniques. Cette musique a incité le Palazzetto Bru Zane-Centre de musique romantique française à Venise à accompagner dans cette aventure, l’ensemble Les Brigands, spécialiste de l’opérette.

Des trois actes du livret, le deuxième est le plus réussi et le dernier, plus bref,  a un dénouement un peu tiré par les cheveux mais cette histoire légère et burlesque reste séduisante. Maxime Gavard, fils du roi du vermicelle, pour échapper à un mariage forcé avec Marquita Negri, une riche héritière chilienne, contracte un mariage blanc en Angleterre avec Totte, une manucure. Il l’arrache ainsi à un fiancé  rêvant d’être chanteur de charme. L’union consommée, Totte et Maxime, amoureux l’un de l’autre, retrouvent au Touquet, son père à lui, furieux de cette mésalliance et qui a épousé, à la place de son fils, la fougueuse Marquita de Valpraiso… Il y a aussi Roger, l’ex-fiancé de l’héroïne qui est devenu un célèbre crooner. Au troisième acte, les amoureux ne peuvent se résoudre à divorcer, comme l’exige le tyrannique papa. L’action se déroule sous le regard de César, un domestique modèle et candidat communiste aux élections dans le XVI ème  arrondissement de Paris, ce qui donne à la pièce une couleur politique: en 1928, le Parti Communiste vient d’adopter une ligne dure et le gouvernement Poincaré n’hésita pas à arrêter ses députés Maurice Cachin et Paul Vaillant-Couturier. On compte d’autres personnages extravagants comme le couple Saint-Aiglefin, une fausse lady anglaise et une femme du peuple à la recherche d’un emploi (un personnage joué à la création par Arletty)…

La mise en scène, elle, frise parfois la vulgarité, comme dans la première séquence où les interprètes, très dénudés, semblent sortir d’une orgie nocturne. Mais chanteurs et musiciens sont vite convaincants: de sa voix chaude, la soprano Clarisse Dalles (Totte) s’oppose à la pétulante Emanuelle Goizé interprétant la belle Chilienne qui énumère ses amants. La chanteuse multiplie les aigus légers avec une belle amplitude dans les duos avec Maxime (Celian d’Auvigny à la voix agile). Son émouvante présence compense le manque de puissance de son timbre dans le fameux Yes mais il fait preuve de dynamisme dans Si vous connaissiez papa, un tube tout en allitérations.

Il y a aussi de beaux textes poétiques comme une berceuse: Charmantes Choses. D’autres parodiques comme le solo jazzy de Roger : Deux pianos, chanté par Flannan Obé assorti d’un numéro de claquettes ou le sulfureux Je suis de Valparaiso d’une Marquita Negri, toute de plumes vêtue. Très amusante, l’irruption de Clémentine dans Moi je cherche un emploi, un véritable clin d’œil au public à l’instar de la Valse d’adieu, le discours de remerciements du candidat César: «Bien que trop peu nombreux/Je veux vous dire quand même/Électeurs du Seizième, Adieu.» Et il remet à plus tard son ambition «d’abolir la finance et de faire du seizième, un arrondissement où l’on s’aime! »

Pur produit des années folles, cette œuvre met en valeur la fantaisie du parolier et l’audace du compositeur, un des premiers à introduire le jazz dans une opérette, ce qui préfigurait les comédies musicales contemporaines. Ici, piano ragtime, walking bass, batterie groovy, vibraphone, guitares hispaniques et même des ondes Martenot rythmant ce spectacle et il y a des improvisations accompagnent les changements de décor. François Gauthier-Lafaye a conçu une scénographie légère où quelques affiches, toiles peintes et costumes suggèrent les lieux de l’action.

Le public accueille avec un grand plaisir cette pièce enjouée et sautillante. Maurice Yvain a bien fait de dire: yes! au librettiste René Pujol,  un journaliste et scénariste qui lui suggéra d’adapter pour la scène Totte et sa chance, un roman de Pierre Soulaine, écrivain à la mode qui cosigna aussi le livret. Un beau divertissement pour cette fin d’année morose…

Mireille Davidovici

Jusqu’au 19 janvier, Athénée-Théâtre Louis Jouvet, Square de l’Opéra Louis Jouvet, Paris (IX ème) T. : 01 53 05 19 19.

Le 26 janvier, Palais des Beaux-Arts, Charleroi (Belgique).
Le 26 mars, Le Moulin du Roc, Niort (Deux-Sèvres) et le 31 mars, Relais Culture, Hagenau (Bas-Rhin).


Archive pour 23 décembre, 2019

Yes ! musique de Maurice Yvain, livret de Pierre Soulaine et René Pujol,mise en scène de Bogdan Hatisi et Vladislav Galard

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© Michel Slomka

Yes ! musique de Maurice Yvain, livret de Pierre Soulaine et René Pujol, chansons d’Albert Willemetz, mise en scène de Bogdan Hatisi et Vladislav Galard

Entre opérette et comédie musicale, cette œuvre créée avec succès au Théâtre des Capucines en 1928, trouve ici une nouvelle jeunesse avec neuf chanteurs et un trio de jazz, tous rompus à la comédie. Elle mérite d’être redécouverte pour la modernité de sa partition et la qualité des chansons d’Albert Willemetz présenté comme «lyriciste».

Maurice Yvain, illustre à l’époque pour la musique de chansons interprétées par Mistinguett ou Maurice Chevalier et celle de quelque dix-huit opérettes, avait réduit l’orchestre, vu l’exigüité du théâtre, à deux pianos. Ici, sous les doigts de Thibault Perriard (aussi aux percussions) et de Paul-Marie Barbier (également au vibraphone). Matthieu Bloch, lui, est à la contrebasse et à la guitare. Entre chanson populaire et jazz, avec des rythmes hispaniques. Cette musique a incité le Palazzetto Bru Zane-Centre de musique romantique française à Venise à accompagner dans cette aventure, l’ensemble Les Brigands, spécialiste de l’opérette.

Des trois actes du livret, le deuxième est le plus réussi et le dernier, plus bref,  a un dénouement un peu tiré par les cheveux mais cette histoire légère et burlesque reste séduisante. Maxime Gavard, fils du roi du vermicelle, pour échapper à un mariage forcé avec Marquita Negri, une riche héritière chilienne, contracte un mariage blanc en Angleterre avec Totte, une manucure. Il l’arrache ainsi à un fiancé  rêvant d’être chanteur de charme. L’union consommée, Totte et Maxime, amoureux l’un de l’autre, retrouvent au Touquet, son père à lui, furieux de cette mésalliance et qui a épousé, à la place de son fils, la fougueuse Marquita de Valpraiso… Il y a aussi Roger, l’ex-fiancé de l’héroïne qui est devenu un célèbre crooner. Au troisième acte, les amoureux ne peuvent se résoudre à divorcer, comme l’exige le tyrannique papa. L’action se déroule sous le regard de César, un domestique modèle et candidat communiste aux élections dans le XVI ème  arrondissement de Paris, ce qui donne à la pièce une couleur politique: en 1928, le Parti Communiste vient d’adopter une ligne dure et le gouvernement Poincaré n’hésita pas à arrêter ses députés Maurice Cachin et Paul Vaillant-Couturier. On compte d’autres personnages extravagants comme le couple Saint-Aiglefin, une fausse lady anglaise et une femme du peuple à la recherche d’un emploi (un personnage joué à la création par Arletty)…

La mise en scène, elle, frise parfois la vulgarité, comme dans la première séquence où les interprètes, très dénudés, semblent sortir d’une orgie nocturne. Mais chanteurs et musiciens sont vite convaincants: de sa voix chaude, la soprano Clarisse Dalles (Totte) s’oppose à la pétulante Emanuelle Goizé interprétant la belle Chilienne qui énumère ses amants. La chanteuse multiplie les aigus légers avec une belle amplitude dans les duos avec Maxime (Celian d’Auvigny à la voix agile). Son émouvante présence compense le manque de puissance de son timbre dans le fameux Yes mais il fait preuve de dynamisme dans Si vous connaissiez papa, un tube tout en allitérations.

Il y a aussi de beaux textes poétiques comme une berceuse: Charmantes Choses. D’autres parodiques comme le solo jazzy de Roger : Deux pianos, chanté par Flannan Obé assorti d’un numéro de claquettes ou le sulfureux Je suis de Valparaiso d’une Marquita Negri, toute de plumes vêtue. Très amusante, l’irruption de Clémentine dans Moi je cherche un emploi, un véritable clin d’œil au public à l’instar de la Valse d’adieu, le discours de remerciements du candidat César: «Bien que trop peu nombreux/Je veux vous dire quand même/Électeurs du Seizième, Adieu.» Et il remet à plus tard son ambition «d’abolir la finance et de faire du seizième, un arrondissement où l’on s’aime! »

Pur produit des années folles, cette œuvre met en valeur la fantaisie du parolier et l’audace du compositeur, un des premiers à introduire le jazz dans une opérette, ce qui préfigurait les comédies musicales contemporaines. Ici, piano ragtime, walking bass, batterie groovy, vibraphone, guitares hispaniques et même des ondes Martenot rythmant ce spectacle et il y a des improvisations accompagnent les changements de décor. François Gauthier-Lafaye a conçu une scénographie légère où quelques affiches, toiles peintes et costumes suggèrent les lieux de l’action.

Le public accueille avec un grand plaisir cette pièce enjouée et sautillante. Maurice Yvain a bien fait de dire: yes! au librettiste René Pujol,  un journaliste et scénariste qui lui suggéra d’adapter pour la scène Totte et sa chance, un roman de Pierre Soulaine, écrivain à la mode qui cosigna aussi le livret. Un beau divertissement pour cette fin d’année morose…

Mireille Davidovici

Jusqu’au 19 janvier, Athénée-Théâtre Louis Jouvet, Square de l’Opéra Louis Jouvet, Paris (IX ème) T. : 01 53 05 19 19.

Le 26 janvier, Palais des Beaux-Arts, Charleroi (Belgique).
Le 26 mars, Le Moulin du Roc, Niort (Deux-Sèvres) et le 31 mars, Relais Culture, Hagenau (Bas-Rhin).

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