Adieu Claude Régy

Adieu Claude  Régy

Photo Pascal Victor/ArtComPress

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Il s’est éteint tout à l’heure à quatre-vingt seize ans. Une coïncidence, un signe du destin. Nous pensions à lui il y a deux jours, en rangeant des livres de théâtre… Nous tombions sur le texte de La Chevauchée sur le lac de Constance de Peter Handke qu’il avait superbement monté. en 72; ce spectacle lançait le tout jeune Gérard Depardieu  et il le fit encore jouer dans plusieurs de ses spectacles.

Plus de soixante ans de carrière et autant de spectacles! Nous l’avions souvent interviewé, notamment dans son petit appartement de la rue Beaubourg. Ce qui frappait chez lui : la grande élégance de son langage plein d’humour mais aussi la précision quand il parlait de son travail, essentiellement sur des œuvres d’auteurs contemporains et en même temps son rapport au temps, à la lumière qu’il voulait souvent faible, au corps, au silence qui pour lui faisait partie du spectacle. « Le silence dans la parole est une ouverture sur l’infini ; c’est le moment où l’imaginaire trouve sa place et où le spectateur peut ressentir la profondeur de l’esprit, du questionnement. La respiration fait partie de la traduction du texte, elle met en valeur la ponctuation. » (…) « C’est la jouissance du texte.  » Tous éléments qu’il savait imposer au public qui avait fini par le suivre, malgré certains textes un peu obscurs depuis une dizaine d’années qui nous fascinaient moins.

Son exigence scénique était assez rare et les jeunes metteurs en scène la remarquaient aussitôt. Comment  tout détailler de cette si longue carrière? Nous avons vu la plupart de ses mises en scène mais nous garderons surtout en mémoire Les Viaducs de la Seine-et-Oise de Marguerite Duras en 62. Puis ensuite et Claude Régy nous fit découvrir des  œuvres d’auteurs étrangers comme La prochaine fois je vous le chanterai de James Saunders ou Témoignage irrecevable de John Osborne. Et en 66 et 67, Le Retour et L’Anniversaire d’Harold Pinter et encore la même année, cette pièce au titre magnifique: Rosencrantz et Guildenstern sont morts de Tom Stoppard, une peu longuette mais remarquablement interprétée.

Et surtout des années plus tard Trilogie du revoir et  Grand et petit qui firent découvrir Botho Strauss au  public avec la fascinante Christine Boisson. Et quelques années plus tard, un texte difficile mais-intéressant avec en 83 Par les villages de Peter Handke avec Andrej Seweryn et de nouveau Christine Boisson, puis Des Couteaux dans les poules de David Harrower. Mais toujours aussi exigeant, il monta aussi  des auteurs considérés comme plus difficiles… Sarah Kane, Jon Fosse, Arne Lygre… Et il savait choisir ses acteurs entre autres: ceux que nous avons cités mais aussi Isabelle Huppert, Delphine Seyrig, Jean Rochefort, Michel Bouquet, Jean-Pierre Marielle ou Pierre Brasseur… Un feu d’artifice!

Il avait créé son dernier spectacle Rêve et folie de Georg Trakl il y a trois ans, au Théâtre de Nanterre-Amandiers. « Comment mieux dire l’absence de Dieu et la solitude absolue de l’homme? Le poète évoque le poids sur ses épaules, d’une race maudite: celle de la faute et du péché, écrivait notre amie Véronique Hotte dans Le Théâtre du Blog.  Après une telle expérience, on relit Claude Régy: «Il y a un courage dans la vitalité, incompréhensible, fabuleux, de vivre jour après jour. (…) Il y a, probablement, une force de vie qui est en nous, qui est déposée, qui fait qu’on encaisse tout, parce qu’on a besoin de continuer.» Rêve et Folie témoigne de cette persévérance à être, et à exister malgré tout, grâce à Georg Trakl, Claude Régy et Yann Boudaud.« 

Merci à Claude Régy d’avoir apporté une curiosité et une rigueur exceptionnelle dans  ses mises en scène, ce qui n’était pas un luxe dans le théâtre français de l’époque. Ces dix dernières années, nous avions eu un peu de mal à le suivre dans des mise en scènes disons expérimentales qui n’aurait pas dû être rendu publiques. Mais  il aura mené tout au long de sa vie un travail exemplaire surtout dans la recherche de textes étrangers et dans sa direction d’acteurs, cela n’est pas si fréquent et mérite d’être encore salué, au moment où il nous quitte à jamais.

Philippe du Vignal

 


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