Faire son temps exposition de Christian Boltanski

Faire son temps exposition de Christian Boltanski

«J’essaye, dit l’artiste, dans mon théâtre comme dans mes expositions, de fabriquer des lieux d’errance». Il nous entraîne ici dans une déambulation à travers son œuvre, de 1967 à aujourd’hui… De pièce en pièce, de l’ombre à la lumière, on pénètre dans un univers de souvenirs, fait d’objets personnels ou anonymes, de photos fixant des instants de vie de l’artiste ou d’inconnus…Ces histoires, le visiteur peut se les raconter, en suivant ces traces accumulées sur des séries de boîtes en fer blanc, exposées dans des vitrines, agencées sur des châssis ou derrière des voilages, véroniques fantomatiques où s’impriment des visages estompés…

Christian Boltanski a toujours eu partie liée avec théâtre, depuis sa première exposition au Théâtre du Ranelagh à Paris en 1968 : avec, à côté de marionnettes grandeur nature, un film intitulé La Vie impossible de Christian Boltanski. Par la suite, il réalisera quelques courts-métrages fantastiques dont L’Homme qui tousse qui ouvre Faire son temps. «Le théâtre m’a appris à faire des choses qui ne soient que racontables», dit-il  et il admet volontiers une filiation à Bob Wilson, Tadeusz Kantor ou Pina Bausch, dans ses «spectacles d’images». «Le son, le froid, l’odeur sont des éléments importants pour moi. »En tout cas, la dernière partie de mon œuvre tient beaucoup de ces expériences théâtrales. » Et il fait la part belle aux éclairages comme aux sons que l’on entend surgir au détour des allées et venues : battements de cœur humain, chants de baleines, aboiements …

réserve: les suisses morts

réserve: les suisses morts

Il a toujours fabriqué des fictions à partir d’images, objets, livres dont il veut montrer la banalité mais qui, tels des reliques, sont aussi empreintes d’une forte charge affective. Les boîtes à biscuits en fer blanc (1969) par exemple, deviendront, à partir de 1986, un élément essentiel de son vocabulaire plastique.

On les retrouve ici dans plusieurs salles. Dans Réserve : Les Suisses Morts (1991), elles sont empilées à contre- jour, devant une baie vitrée du musée, de façon à  créer une ville de gratte-ciels en marge de l’exposition. Sur chaque boîte, la photo d’un défunt, publiée dans les pages nécrologiques du journal suisse Le Nouvelliste.

On voit ces mêmes boîtes, avec des portraits d’ouvriers, venus des archives de la mine du Grand-Hornu en Belgique. Ce Registre du Grand-Hornu (1997) accompagne Le Terril Grand-Hornu (2015) fait d’une montagne de manteaux noirs. Avec ce même art de la mise en scène, il y a dans Les Tombeaux, des cercueils couverts de tissu noir posés à différentes hauteurs, éclairés par des ampoules à filament et sur les murs de la salle, des voiles noirs masquent des photos, si toutefois, on a la curiosité de les soulever…

le-terril-grand-hornu

le-terril-grand-hornu

Nous pénétrons dans un monde spectral où Christian Boltanski questionne la frontière entre absence et présence et où il entend orchestrer sa propre disparition: «Plus on travaille et plus on disparait, et plus on devient son œuvre.» Ce sont des légendes, mais elles sont créées par quelqu’un dont on ne se souviendra plus.»  Et l’artiste, né à Paris en 1944 d’une mère catholique et d’un père juif ayant passé la guerre caché sous le parquet, raconte une fois de plus son histoire une mythologie personnelle qui parle à tous  : « On est montreur, on n’est que montreur, on n’a plus de vie, tout comme un acteur de théâtre.» Il faut le suivre dans cette plongée sensible et ludique où la mémoire individuelle se fond dans la mémoire collective.

Mireille Davidovici

Jusqu’au 14 mars, Centre Georges Pompidou, place Georges Pompidou, Paris (IV ème). T. : 01 44 78 12 33.

Du 10 au 12 janvier Fosse, spectacle de Christian Boltanski, Jean Kalman, Frank Krawczyk.

 

 


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