Anne, ma sœur Anne d’après La Barbe Bleue de Charles Perrault, texte et mise en scène de Jeanne Béziers

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Anne, ma sœur Anne d’après La Barbe Bleue de Charles Perrault, texte et mise en scène de Jeanne Béziers (à partir de huit ans)

La Barbe bleue, très ancien conte populaire, dont la version la plus célèbre est celle des Contes de ma mère l’oie (1697) de Charles Perrault qui inspira ensuite plusieurs opéras avec le premier, celui d’André Grétry (1789), puis celui de Jacques Offenbach (1866) et enfin de Bela Bartok. Jeanne Béziers avait, elle, créé une première version de cette comédie musicale en 2001. Au théâtre, il y eut Barbe Bleue, l’espoir des femmes (1999) de la dramaturge allemande Dea Loher et La petite Pièce en haut de l’escalier (2008)  écrite par la Canadienne Carole Fréchette. Et de nombreux films, dont un muet réalisé par Georges Méliès en 1901, La huitième Femme de Barbe Bleue, une comédie d’Ernst Lubitsch, puis Juliette ou la clé des songes de Marcel Carné (1951) et plus récemment, un film de Catherine Breillat (2009). Mais aussi un ballet de la grande Pina Bausch et… le nom d’un hôtel à Montréal. Trois siècles après, ce conte mythique reste solide! Et fait exceptionnel… adapté par quatre créatrices.

Un homme riche à la barbe dure et fournie donc bleue, ce qui le rend terrible a déjà été marié plusieurs fois mais personne ne sait ce que ses femmes sont devenues. Hélène, une voisine accepte de l’épouser mais un mois après, il lui annonce à qu’il doit voyager et il  lui confie un trousseau de clefs des portes du château dont un cabinet où il est strictement interdit de pénétrer.  Ce que, bien sûr, elle va faire  et découvrir… les corps accrochés au mur de ses précédentes épouses égorgées. Elle laisse tomber la clef qui se tache alors de sang, un sang qu’elle essayera en vain d’effacer… Barbe bleue revient et découvre qu’elle l’a trahi et il veut aussi l’égorger. Mais comme elle attend la visite de ses deux frères, elle le supplie de lui laisser un peu de temps. Il lui accorde un petit quart d’heure… Déjà le fameux: « Encore quelques minutes, monsieur le bourreau… »

Et sa sœur Anne, monte en haut d’une tour du château pour voir si leurs frères arrivent bien. Hélène lui demande s’ils viennent, avec les célèbres mots : « Anne, ma sœur »… qui ouvraient déjà le monologue de Didon dans L’Enéide de Virgile. Mais la pauvre aperçoit seulement «le soleil qui poudroie et l’herbe qui verdoie ».  Mais Barbe bleue revient et décide d’égorger son épouse, après avoir affûté son grand couteau sur un pupitre de musique. Heureusement, les deux frères arrivent enfin et le tuent à coup de revolver. Juste récompense, elle héritera de toute la fortune du très riche Barbe Bleue, ce qui lui permettra de fournir une dot à sa sœur…

C’est un travail rigoureux avec une scénographie efficace signée Emilie Bazus faite de quelques petits meubles et accessoires: un lit d’enfant en fer forgé avec un gros édredon rouge bien entendu, dans le fond, une chaise devant un petit rideau aussi rouge, un fauteuil avec un petit lavabo-cuvette en émail où Barbe Bleue se maquille et met une barbe et une poitrine poilue postiches, un carré d’herbe avec une grande cage à oiseaux vide. Ce qui laisse de la place au centre du plateau.

Et il y a quelques belles trouvailles comme ce lustre de cristal aux petites lumières qui, par moments, se met à virevolter, comme pour traduire toute l’angoisse de la situation, des cadres de tableaux pour enfermer parfois le visage des chanteurs mais aussi un jet de poudre rouge pour figurer le sang, un miroir qui reflète un jet de lumière pour suivre Barbe Bleue en fuite dans la salle…

Les acteurs-chanteursPierre-Yves Bernard, Jeanne Béziers, Martin Mabz, Cédric Cartaut, Hélène Darriot et Barbara Galtier en alternance avec Isabelle Desmero font le boulot… Et le texte souvent rimé, écrit par Jeanne Béziers est drôle, souvent parodique, et bien écrit: “En attendant, embrassez-moi, dit Barbe Bleue à Hélène, vous m’avez l’air d’avoir froid. Venez donc frissonner dans mes bras, Venez mon ange ne reculez pas. Vous êtes si blanche, une reine des neiges, Balancez bien vos reins de rêve. Sous mon étreinte, vous êtes une enfant. Mon Dieu, vous pleurez, je n’en demandais pas tant. Venez donc frissonner dans mes bras Venez mon ange ne reculez pas. »

Mais désolé, le spectacle ne fonctionne pas vraiment à cause d’une mise en scène approximative et sans véritable rythme. Cela commence déjà mal avec des jets de fumigènes renouvelés par la suite, agrémentés de la fumée nauséabonde de cigarillos qu’elle aurait pu nous épargner… La dramaturgie est faiblarde: personnages esquissés et peu de dialogues, ce qui aurait été pourtant bien utile pour aérer une musique envahissante jouée trop fortement au piano à queue. Et on se demande ce que vient faire un régisseur-perchman silcencieux travesti en grande robe noire… Une citation de la mythique Classe morte de Tadeusz Kantor… avec un personnage presque identique, symbole de la Mort, armé d’un grand goupillon qui chasse les pauvres vieux… Et, faute d’une mauvaise balance, on entend mal les paroles des chansons souvent interprétées en force, et à la limite de la criaillerie chez les actrices. Il y a des longueurs dues en partie à un mauvais équilibre entre dialogues et chansons et une fausse fin: cela fait quand même beaucoup de défauts ou d’erreurs pour soixante-dix minutes.

« Nous, ce qu’on aime dans cette fable, dit la metteuse en scène, après avoir eu bien chaud, c’est la fraîcheur de l’ombre du Diable qui nous glisse le long du dos. Anne, ma sœur Anne est une histoire d’amour et de dévoration, d’innocence et de perversion, de liberté et de possession. L’équipe du spectacle expérimente depuis sept ans un théâtre tout public ambitieux et festif et créée des objets pluridisciplinaires.” Oui, bon, mais désolé, malgré ces bonnes intentions un poil prétentieuses et quelques bonnes idées, le spectacle reste sec et manque d’une véritable poésie. Et du côté: “inventivité́ jubilatoire”, « sacré profane, artisanal et magique” (sic),  il faudra repasser!
Alors, à voir? Pas sûr, et autant dire les choses, vous risquez d’être déçus, vous adultes comme vos enfants, par cette adaptation en comédie musicale du célèbre conte…

Philippe du Vignal

Jusqu’au 19 février, Théâtre 13 Seine, 30 rue du Chevaleret, Paris (XIII ème). T. : 01 45 88 62 22. 

 

 

 

 


Archive pour 8 janvier, 2020

Anne, ma sœur Anne d’après La Barbe Bleue de Charles Perrault, texte et mise en scène de Jeanne Béziers

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Anne, ma sœur Anne d’après La Barbe Bleue de Charles Perrault, texte et mise en scène de Jeanne Béziers (à partir de huit ans)

La Barbe bleue, très ancien conte populaire, dont la version la plus célèbre est celle des Contes de ma mère l’oie (1697) de Charles Perrault qui inspira ensuite plusieurs opéras avec le premier, celui d’André Grétry (1789), puis celui de Jacques Offenbach (1866) et enfin de Bela Bartok. Jeanne Béziers avait, elle, créé une première version de cette comédie musicale en 2001. Au théâtre, il y eut Barbe Bleue, l’espoir des femmes (1999) de la dramaturge allemande Dea Loher et La petite Pièce en haut de l’escalier (2008)  écrite par la Canadienne Carole Fréchette. Et de nombreux films, dont un muet réalisé par Georges Méliès en 1901, La huitième Femme de Barbe Bleue, une comédie d’Ernst Lubitsch, puis Juliette ou la clé des songes de Marcel Carné (1951) et plus récemment, un film de Catherine Breillat (2009). Mais aussi un ballet de la grande Pina Bausch et… le nom d’un hôtel à Montréal. Trois siècles après, ce conte mythique reste solide! Et fait exceptionnel… adapté par quatre créatrices.

Un homme riche à la barbe dure et fournie donc bleue, ce qui le rend terrible a déjà été marié plusieurs fois mais personne ne sait ce que ses femmes sont devenues. Hélène, une voisine accepte de l’épouser mais un mois après, il lui annonce à qu’il doit voyager et il  lui confie un trousseau de clefs des portes du château dont un cabinet où il est strictement interdit de pénétrer.  Ce que, bien sûr, elle va faire  et découvrir… les corps accrochés au mur de ses précédentes épouses égorgées. Elle laisse tomber la clef qui se tache alors de sang, un sang qu’elle essayera en vain d’effacer… Barbe bleue revient et découvre qu’elle l’a trahi et il veut aussi l’égorger. Mais comme elle attend la visite de ses deux frères, elle le supplie de lui laisser un peu de temps. Il lui accorde un petit quart d’heure… Déjà le fameux: « Encore quelques minutes, monsieur le bourreau… »

Et sa sœur Anne, monte en haut d’une tour du château pour voir si leurs frères arrivent bien. Hélène lui demande s’ils viennent, avec les célèbres mots : « Anne, ma sœur »… qui ouvraient déjà le monologue de Didon dans L’Enéide de Virgile. Mais la pauvre aperçoit seulement «le soleil qui poudroie et l’herbe qui verdoie ».  Mais Barbe bleue revient et décide d’égorger son épouse, après avoir affûté son grand couteau sur un pupitre de musique. Heureusement, les deux frères arrivent enfin et le tuent à coup de revolver. Juste récompense, elle héritera de toute la fortune du très riche Barbe Bleue, ce qui lui permettra de fournir une dot à sa sœur…

C’est un travail rigoureux avec une scénographie efficace signée Emilie Bazus faite de quelques petits meubles et accessoires: un lit d’enfant en fer forgé avec un gros édredon rouge bien entendu, dans le fond, une chaise devant un petit rideau aussi rouge, un fauteuil avec un petit lavabo-cuvette en émail où Barbe Bleue se maquille et met une barbe et une poitrine poilue postiches, un carré d’herbe avec une grande cage à oiseaux vide. Ce qui laisse de la place au centre du plateau.

Et il y a quelques belles trouvailles comme ce lustre de cristal aux petites lumières qui, par moments, se met à virevolter, comme pour traduire toute l’angoisse de la situation, des cadres de tableaux pour enfermer parfois le visage des chanteurs mais aussi un jet de poudre rouge pour figurer le sang, un miroir qui reflète un jet de lumière pour suivre Barbe Bleue en fuite dans la salle…

Les acteurs-chanteursPierre-Yves Bernard, Jeanne Béziers, Martin Mabz, Cédric Cartaut, Hélène Darriot et Barbara Galtier en alternance avec Isabelle Desmero font le boulot… Et le texte souvent rimé, écrit par Jeanne Béziers est drôle, souvent parodique, et bien écrit: “En attendant, embrassez-moi, dit Barbe Bleue à Hélène, vous m’avez l’air d’avoir froid. Venez donc frissonner dans mes bras, Venez mon ange ne reculez pas. Vous êtes si blanche, une reine des neiges, Balancez bien vos reins de rêve. Sous mon étreinte, vous êtes une enfant. Mon Dieu, vous pleurez, je n’en demandais pas tant. Venez donc frissonner dans mes bras Venez mon ange ne reculez pas. »

Mais désolé, le spectacle ne fonctionne pas vraiment à cause d’une mise en scène approximative et sans véritable rythme. Cela commence déjà mal avec des jets de fumigènes renouvelés par la suite, agrémentés de la fumée nauséabonde de cigarillos qu’elle aurait pu nous épargner… La dramaturgie est faiblarde: personnages esquissés et peu de dialogues, ce qui aurait été pourtant bien utile pour aérer une musique envahissante jouée trop fortement au piano à queue. Et on se demande ce que vient faire un régisseur-perchman silcencieux travesti en grande robe noire… Une citation de la mythique Classe morte de Tadeusz Kantor… avec un personnage presque identique, symbole de la Mort, armé d’un grand goupillon qui chasse les pauvres vieux… Et, faute d’une mauvaise balance, on entend mal les paroles des chansons souvent interprétées en force, et à la limite de la criaillerie chez les actrices. Il y a des longueurs dues en partie à un mauvais équilibre entre dialogues et chansons et une fausse fin: cela fait quand même beaucoup de défauts ou d’erreurs pour soixante-dix minutes.

« Nous, ce qu’on aime dans cette fable, dit la metteuse en scène, après avoir eu bien chaud, c’est la fraîcheur de l’ombre du Diable qui nous glisse le long du dos. Anne, ma sœur Anne est une histoire d’amour et de dévoration, d’innocence et de perversion, de liberté et de possession. L’équipe du spectacle expérimente depuis sept ans un théâtre tout public ambitieux et festif et créée des objets pluridisciplinaires.” Oui, bon, mais désolé, malgré ces bonnes intentions un poil prétentieuses et quelques bonnes idées, le spectacle reste sec et manque d’une véritable poésie. Et du côté: “inventivité́ jubilatoire”, « sacré profane, artisanal et magique” (sic),  il faudra repasser!
Alors, à voir? Pas sûr, et autant dire les choses, vous risquez d’être déçus, vous adultes comme vos enfants, par cette adaptation en comédie musicale du célèbre conte…

Philippe du Vignal

Jusqu’au 19 février, Théâtre 13 Seine, 30 rue du Chevaleret, Paris (XIII ème). T. : 01 45 88 62 22. 

 

 

 

 

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