Comparution immédiate II: une loterie nationale? de Dominique Simonnot et Michel Didym

©Eric Didym

©Eric Didym

 

Comparution immédiate II : une loterie nationale? de Dominique Simonnot et Michel Didym

Journaliste au Canard enchaîné depuis treize ans, spécialiste des affaires judiciaires après avoir créé à Libération la chronique Carnets de justice, l’auteure est passée par la case prison… Jeune éducatrice au Service pénitentiaire d’insertion et de probation, elle a conservé un fort attachement au devenir des personnes incarcérés et à leur parcours personnel. Dès 2017, Michel Didym s’est emparé de ses Chroniques pour créer au théâtre Comparution immédiate : une justice sociale?

Deuxième volet dans les sous-sols de ce qu’on appelait « les flagrants délits », Comparution immédiate II : une loterie nationale ? interroge de nouveau (le metteur en scène tient à ce point d’interrogation) les conditions dans lesquelles sont traités les prévenus : arrêtés sur le fait, jugés par des tribunaux surchargés, accompagnés par des avocats commis d’office, leur personnalité et leur passé judiciaire sont souvent des paramètres à charge.

Dominique Simonnot a écumé les tribunaux de la région parisienne : Versailles, Bobigny, Nanterre, Paris… mais aussi ceux de Rouen, Toulouse, Bordeaux, Nancy, Toulon, Lille, Boulogne-sur-mer… Partout, la même fatigue des procureurs qui reçoivent parfois, en cours d’audience, de nouveaux dossiers à traiter ; le même humour désenchanté des présidents ; la même impréparation des défenseurs. Elle retranscrit (sans en modifier les dialogues),  ce que le spectacle nous laisse appréhender : l’immense désolation des prévenus. Tous jeunes, quelquefois étrangers, la plupart  du temps des hommes, qui combinent vie précaire, alcoolisme, chômage, petite délinquance, violences familiales et, bien sûr, récidives.

Mais dans ce qu’il faut bien appeler le cirque de la justice expéditive, le spectacle s’attarde sur chacun et, grâce à l’interrogatoire de personnalité, se fait alors jour une enfance maltraitée, l’absence de diplôme, la peine à s’exprimer et quelquefois des antécédents psychiatriques. Michel Didym a choisi Bruno Ricci pour incarner tour à tour président, procureur, avocat, prévenu et même parfois huissier. Il enchaîne ces comparutions avec une grande délicatesse de touche, quand se joue une vie en mois de prison, avec ou sans sursis. Dans ce tour de France, on sent bien qu’on n’est pas jugé de la même manière à Paris, Lille ou Nancy. Les sensibilités personnelles comme la fatigue du président et les plaidoiries plus ou moins inventives des avocats, se combinent alors pour faire tourner la roue de la Justice.

Marius, Aziz, Kevin, Laurent, Eric, Karim, Samy, Milos, Eddy, Aurélien, Noël… existent à travers leur vie ici concentrée autour d’un délit : cambriolages, trafic de shit, aide à l’immigration illégale, conduite sans permis, violences conjugales. Au passage, un «gilet jaune». Et ces trois jeunes filles qui attaquent des personnes âgées : en quelques minutes, défile l’engrenage des difficultés, ce qu’on pourrait appeler le pas de chance… En filigrane, transparaît la pauvreté de ces tribunaux qui incarnent pourtant la puissance de l’Etat : fuites d’eau, manque de personnels, absence de suivi des dossiers, auditions tardives, parfois jusqu’à trois heures du matin !

Sans compassion particulière envers les prévenus, ni volonté d’instruire à charge contre l’institution judiciaire, Dominique Simonnot comme Bruno Ricci donnent à chaque audition la qualité d’un petit théâtre humain où les plus démunis sont confrontés à des lois dont ils ne  peuvent assimiler les termes. Ou qu’ils ne respectent pas, pour arriver à survivre dans les marges que la société leur a ménagées. Dans quel état sortiront-ils de ces peines de prison qu’on leur signifie à coups de marteau ? Tel est le vrai sujet de Dominique Simonnot qui a eu le temps de se confronter à   l’indigence des systèmes de réinsertion….

Dans ce théâtre documentaire, l’acteur – central – est ici tous les hommes et donne à chacun ses raisons. Et lorsqu’il lit les lettres, poèmes ou textes écrits par des prisonniers dans un atelier d’écriture, leurs rêves et leurs désirs s’adressent à nous, à travers les barreaux…

 Marie-Agnès Sevestre

Jusqu’au 2 février, Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, Paris (VIII ème).

Les 4 et 5 février, Théâtre de Grasse, 2 avenue Maximin Isnard, Grasse (Alpes-Maritimes).


Archive pour 9 janvier, 2020

Rosa Luxemburg Kabarett, texte et mise en scène de Viviane Théophilidès

 Rosa Luxemburg Kabarett, texte et mise en scène de Viviane Théophilidès

Crédit photo : Pascal Gély.

Crédit photo : Pascal Gély.

L’auteure, metteure en scène et comédienne pensait depuis longtemps à  recréer  la célèbre militante politique qui fut assassinée par les Spartakistes. Et il y avait eu déjà une première version de ce spectacle au festival d’Avignon 2017 (voir Le Théâtre du Blog). Viviane Théophilidès a dessiné un portrait intuitif de cette icône mythique révolutionnaire.

«Rosa Luxemburg, née à Zamosc, le 5 mars 1871, en Pologne alors annexée par l’empire tsariste, dut quitter Varsovie pour Zurich où elle fit de brillantes études et devint aussi membre du Groupe des pairs où se retrouvaient des émigrés révolutionnaires polonais. Parmi eux Léo Joguiches dont la rencontre marqua toute la vie privée et publique de Rosa (…). L’un et l’autre étaient juifs et  fondèrent « la cause ouvrière », que Rosa rédigeait avant de partir pour l’Allemagne en 1898. » Ainsi s’exprimait Jack Ralite (1928-2017), longtemps maire d’Aubervilliers, ancien ministre, fondateur des Etats-Généraux de la Culture, que cite la metteuse en scène.

Rosa s’oppose là-bas au militarisme allemand, se lie avec Karl Liebknecht qui fut assassiné avec elle. En août 1914, après le vote des crédits de guerre par les députés sociaux-démocrates, Rosa Luxemburg connaît un moment de désespoir dans sa lutte sans fin contre les «Obscurants». Elle aura fait, entre Pologne et Allemagne plusieurs séjours en prison: des résidences forcées où elle écrira ses ouvrages et ses fameux discours. Libertaire, opposée aux courants nationalistes, cette femme politique était curieuse du monde: art, histoire, économie, sciences, géologie, ornithologie, plantes….

Sur le plateau nu de théâtre, quelques accessoires : des couvertures, livres et objets… Les interprètes habités par l’Histoire, participent  à ce cabaret à l’allemande aux courtes scènes dialoguées, avec des chansons et sketches aux anachronismes délibérés. Comment prendre la mesure de l’influence qu’eut à l’époque cette icône politique ? L’auteure émue évoque sa ville originelle de Poissy (Yvelines) et la haine de son grand-père pour Pétain, un traître selon lui comparable à Hitler et Staline. Le spectacle passe du XX ème au XXI ème siècle et Viviane Théophilidès essaye d’élucider un présent qu’elle a du mal à comprendre et dont elle est déçue…

Les interprètes font résonner une partition originale, à la fois poétique et musicale selon les  arrangements précis de Géraldine Agostini aux claviers et au chant. Et la vivante et gaie Anna Kupfer chante en allemand, en yiddish, en tzigane ou en français. D’un poème de Mörike ou d’une mélodie de Hugo Wolf, on se laisse emporter par les chansons de Viviane Théophilidès, musique de Géraldine Agostini et de Jacques Labarrière, par une complainte yiddish ou les paroles de La Fête continue de Jacques Prévert, musique de Joseph Kosma, L’Hirondelle, un poème de Louise Michel et enfin par un chant tzigane bien enlevé. Entre mélancolie et sourire, Viviane Théophilidès réussit à nous émouvoir avec cette évocation du personnage historique qui participa aux mouvements ouvriers révolutionnaires …

 Véronique Hotte

Les Déchargeurs, 3 rue des Déchargeurs Paris (Ier), jusqu’au 1er février. T. : 01 42 36 00 50.

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