Du Ciel tombaient des animaux de Caryl Churchill, mise en scène de Marc Paquien

©Giovanni Cittadini Cesi

©Giovanni Cittadini Cesi

 

Du Ciel tombaient des animaux de Caryl Churchill, traduction d’Elisabeth Angel-Perez, mise en scène de Marc Paquien

Un après midi d’été, quatre vieilles dames bavardent en prenant le thé. Sans doute banal… mais sous la plume de l’autrice anglaise, cela prend une tournure surréaliste. Du gâteau pour les grandes actrices ici réunies! La mystérieuse Mrs Jarrett (Dominique Valadié) fait figure d’intruse, porteuse d’un autre récit que le bavardage insipide de ses trois voisines parlant à bâtons rompus de leurs petits-enfants, séries télévisées et animaux de compagnie…. Elle passait par hasard, les aperçoit dans le jardin derrière la palissade… et vient alors s’immiscer dans leur papotage. Déjà âpres, les rapports se tendent de plus en plus entre Lena la râleuse (Charlotte Clamens), Sally, un médecin obsessionnelle, à la retraite (Danièle Lebrun) et une  ancienne coiffeuse à la douceur feinte (Geneviève Mnich). Les vieilles rancœurs ressurgissent: aux phobies de l’une pour les oiseaux et les chats, répondent les soupçons de l’autre sur l’assassinat de son mari: en état de légitime défense… l’a-t-elle poignardé avec un couteau de cuisine…

 Mrs Jarrett s’éclipse de temps à autre pour jouer les Cassandre des temps modernes : «Le vent créé par les promoteurs immobiliers se mit à souffler au début comme une brise sur la joue puis très vite, fort. L’armée projeta des filets pour attraper les voitures volantes mais la plupart tournoyaient des douzaines de personnes s’y cramponnaient en hurlant, et lâchaient prise les unes après les autres. Les immeubles quittèrent Londres pour Lahore, et Kyoto, pour Kansas City. » (… ) « Les bidonvilles furent rasés. Du ciel, il pleuvait des animaux. Un chaton devint célèbre… »

Ce récit sans queue ni tête s’enchevêtre avec celui des petites apocalypses de ses compagnes. Étonnante Dominique Valadié dont la présence insolite tranche avec les postures plus quotidiennes des autres comédiennes qui laissent cependant apparaître sous le vernis des mots, les fêlures de leur personnage. Et les cauchemars de leur vie ordinaire rejoignent les visions eschatologiques de Mrs Jarrett… Du ciel tombaient des animaux nous plonge dans un monde au bord du gouffre mais Caryll Churchill assaisonne son pessimisme de large pincées d’humour.  

Pourquoi connaît-on si mal, en France, cette figure majeure de la scène britannique contemporaine? Cœur bleu, d’après deux de ses pièces, avait été monté par des élèves de l’Ecole d’acteurs de Cannes (voir Le Théâtre du Blog). L’Arche Éditeur a publié en français Top girls, Septième ciel (Cloud Nine) et Copies (A Number). Créée en 2002 au Royal Court de Londres, elle a été consacrée meilleure nouvelle pièce par l’Evening Standard Award et a été  montée pour la première fois en  français par le Théâtre du Rideau de Bruxelles.

Ecrivaine engagée, militante de la cause des femmes, Caryl Churchill mêle dans son théâtre fantaisie et questionnement politique, en prise directe avec le présent. Dans A Number, elle s’attaque aux dérives de la science, à travers l’histoire d’un père et de ses fils clonés. Et avec Not not not enough oxygene, elle décrit un monde où les habitants vivent asphyxiés dans les tours «de Londres». Dans Drunk enough to say I love you, Caryl Churchill s’élève contre la guerre en Irak et avec Sam and Jack, Caryl Churchill met en scène George Bush et Tony Blair, un couple homosexuel alcoolique…

Créée au Royal Court à Londres sous le titre Escaped alone qu’elle écrivit à soixante dix-huit ans, cette pièce, Du ciel tombaient des animaux a de quoi nous régaler, en offrant aux comédiennes un magnifique terrain de jeu. Et la traduction d’Isabelle Angel-Perez reflète bien la richesse d’une langue très construite qui, sous couvert de réalisme, dérape sans cesse.

Malheureusement, le metteur en scène a du mal à faire émerger l’inquiétante étrangeté du texte. Lumières, bande-son, traitement de l’espace, ici, n’aident en rien les comédiennes, par ailleurs excellentes et on aurait aimé que la réalisation soit à la hauteur de leur grand talent ! Ce texte a été écrit pour des actrices «d’un certain âge » comme le précise Caryl Churchill, et qui ne trouvent pas souvent de rôles à leur mesure. En tout cas, Du Ciel tombaient des animaux prouve que les pièces de cette auteure mériteraient d’être plus souvent montées en France…

Mireille Davidovici

Jusqu’au 2 février, Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, Paris  (VIIIème). T. : 01 44 95 78 00.

 


Archive pour 12 janvier, 2020

Du Ciel tombaient des animaux de Caryl Churchill, mise en scène de Marc Paquien

©Giovanni Cittadini Cesi

©Giovanni Cittadini Cesi

 

Du Ciel tombaient des animaux de Caryl Churchill, traduction d’Elisabeth Angel-Perez, mise en scène de Marc Paquien

Un après midi d’été, quatre vieilles dames bavardent en prenant le thé. Sans doute banal… mais sous la plume de l’autrice anglaise, cela prend une tournure surréaliste. Du gâteau pour les grandes actrices ici réunies! La mystérieuse Mrs Jarrett (Dominique Valadié) fait figure d’intruse, porteuse d’un autre récit que le bavardage insipide de ses trois voisines parlant à bâtons rompus de leurs petits-enfants, séries télévisées et animaux de compagnie…. Elle passait par hasard, les aperçoit dans le jardin derrière la palissade… et vient alors s’immiscer dans leur papotage. Déjà âpres, les rapports se tendent de plus en plus entre Lena la râleuse (Charlotte Clamens), Sally, un médecin obsessionnelle, à la retraite (Danièle Lebrun) et une  ancienne coiffeuse à la douceur feinte (Geneviève Mnich). Les vieilles rancœurs ressurgissent: aux phobies de l’une pour les oiseaux et les chats, répondent les soupçons de l’autre sur l’assassinat de son mari: en état de légitime défense… l’a-t-elle poignardé avec un couteau de cuisine…

 Mrs Jarrett s’éclipse de temps à autre pour jouer les Cassandre des temps modernes : «Le vent créé par les promoteurs immobiliers se mit à souffler au début comme une brise sur la joue puis très vite, fort. L’armée projeta des filets pour attraper les voitures volantes mais la plupart tournoyaient des douzaines de personnes s’y cramponnaient en hurlant, et lâchaient prise les unes après les autres. Les immeubles quittèrent Londres pour Lahore, et Kyoto, pour Kansas City. » (… ) « Les bidonvilles furent rasés. Du ciel, il pleuvait des animaux. Un chaton devint célèbre… »

Ce récit sans queue ni tête s’enchevêtre avec celui des petites apocalypses de ses compagnes. Étonnante Dominique Valadié dont la présence insolite tranche avec les postures plus quotidiennes des autres comédiennes qui laissent cependant apparaître sous le vernis des mots, les fêlures de leur personnage. Et les cauchemars de leur vie ordinaire rejoignent les visions eschatologiques de Mrs Jarrett… Du ciel tombaient des animaux nous plonge dans un monde au bord du gouffre mais Caryll Churchill assaisonne son pessimisme de large pincées d’humour.  

Pourquoi connaît-on si mal, en France, cette figure majeure de la scène britannique contemporaine? Cœur bleu, d’après deux de ses pièces, avait été monté par des élèves de l’Ecole d’acteurs de Cannes (voir Le Théâtre du Blog). L’Arche Éditeur a publié en français Top girls, Septième ciel (Cloud Nine) et Copies (A Number). Créée en 2002 au Royal Court de Londres, elle a été consacrée meilleure nouvelle pièce par l’Evening Standard Award et a été  montée pour la première fois en  français par le Théâtre du Rideau de Bruxelles.

Ecrivaine engagée, militante de la cause des femmes, Caryl Churchill mêle dans son théâtre fantaisie et questionnement politique, en prise directe avec le présent. Dans A Number, elle s’attaque aux dérives de la science, à travers l’histoire d’un père et de ses fils clonés. Et avec Not not not enough oxygene, elle décrit un monde où les habitants vivent asphyxiés dans les tours «de Londres». Dans Drunk enough to say I love you, Caryl Churchill s’élève contre la guerre en Irak et avec Sam and Jack, Caryl Churchill met en scène George Bush et Tony Blair, un couple homosexuel alcoolique…

Créée au Royal Court à Londres sous le titre Escaped alone qu’elle écrivit à soixante dix-huit ans, cette pièce, Du ciel tombaient des animaux a de quoi nous régaler, en offrant aux comédiennes un magnifique terrain de jeu. Et la traduction d’Isabelle Angel-Perez reflète bien la richesse d’une langue très construite qui, sous couvert de réalisme, dérape sans cesse.

Malheureusement, le metteur en scène a du mal à faire émerger l’inquiétante étrangeté du texte. Lumières, bande-son, traitement de l’espace, ici, n’aident en rien les comédiennes, par ailleurs excellentes et on aurait aimé que la réalisation soit à la hauteur de leur grand talent ! Ce texte a été écrit pour des actrices «d’un certain âge » comme le précise Caryl Churchill, et qui ne trouvent pas souvent de rôles à leur mesure. En tout cas, Du Ciel tombaient des animaux prouve que les pièces de cette auteure mériteraient d’être plus souvent montées en France…

Mireille Davidovici

Jusqu’au 2 février, Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, Paris  (VIIIème). T. : 01 44 95 78 00.

 

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