Hedda de Sigrid Carré-Lecoindre, mise en scène et jeu de Lena Paugam

Hedda de Sigrid Carré-Lecoindre, mise en scène et jeu de Lena Paugam

2019-hedda-5928En ces temps où le nombre des femmes tuées en France sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint, ne cesse de nous hanter, cette pièce offre une plongée très opportune dans la destruction d’une relation. Seule en scène, une femme dévide le fil de son histoire, depuis une rencontre amoureuse. Ici, point de souffrance sociale ou d’enfance maltraitée : le couple appartient à  la classe dite « moyenne supérieure ».

L’amour cimente leur relation et la petite fille qui naît va les rapprocher encore. On sait gré à l’auteure d’avoir pris le temps d’installer cette rencontre, de nous avoir laissé faire connaissance avec les protagonistes. Le temps de croire, nous aussi, à cet amour. Mais le diable dormait sous l’apparence d’une vie confortable… Elle, qui avait quelques difficultés à s’exprimer, a trouvé sa voie. Son succès professionnel éclate et renvoie son homme, du moins, le croit-il, du statut d’un Pygmalion, à celui de simple conjoint. Blessure narcissique. Début des crises de colère, puis des coups.

Sigrid Carré-Lecoindre accorde une place aussi forte au désespoir de l’homme, qu’à la terreur de la femme et n’adopte pas de discours moralisateur. Comment parler d’une folie où chacun joue sa vie, avec ses pauvres moyens, ambiguïtés, contradictions, et espoirs  mais aussi sa culpabilité ? L’autre, sur lequel sont projetés les fantasmes les plus fous, cristallise les peurs enfantines de dépossession et d’abandon. L’affaire se joue à deux. 

L’auteure offre une partition à plusieurs voix, tantôt dans le fil du récit comme une histoire qui nous serait rapportée par une narratrice tantôt dans l’intimité du ressenti de la femme, telle une adresse par-delà le temps qui a passé. Des années de silence se trouvent ramenées à la surface par cette catharsis  et à une distance qui évite le mélodrame. Même si l’homme s’exprime par le seul récit qu’elle rapporte, il n’est pas pour autant cloué au pilori. Vacarmes qui résonnent  dans le silence des humiliations dissimulées, détresses qui habitent les violences tues… Tout ce chaos émotionnel assigne l’un et l’autre à se tenir comme dans une forteresse assiégée. L’issue n’est  pas forcément tragique et le coup de trop peut devenir celui qui sauve : hospitalisation obligatoire et fin du silence.

Comment la violence peut-elle naître d’un amour? De circonstances infimes, de brisures à peine sensibles. Une terrible frustration qui succède à l’humiliation. Et la perte de contrôle n’est alors pas loin… Grâce à cette narratrice, nous pouvons rester à la lisière de l’histoire et éprouver, chacun pour notre compte, le possible dérapage. Lena Paugam navigue avec finesse au milieu des vagues émotionnelles, de la première rencontre amoureuse, à la sortie du tunnel conjugal. Aidée en cela par une création sonore qui  évite toute dramatisation.  Mais une direction d’acteur extérieure lui aurait sans doute permis d’aiguiser son jeu. Et lui aurait d’éviter de se perdre dans quelques déplacements approximatifs…

 Marie-Agnès Sevestre

 Jusqu’au 29 mars, Théâtre de Belleville, 16 passage Piver, Paris (XX ème). Le 6 février, Maison du Théâtre, 8 rue des Majots, Amiens (Somme).

Le 5 mars, Théâtre des Jacobins, 6 rue de l’Horloge,  Dinan (Côtes-d’Armor).

Le 2 avril, L’Agora, Scène Nationale de l’Essonne, allée de l’Agora, Evry (Essonne)  et du 7 au 9 avril, Le Liberté-Scène Nationale, place de la Liberté, Toulon (Var).

 


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