Hate me, tender (solo pour un Futur féministe) de Teresa Vittucci

©Yushiko Kusano

©Yushiko Kusano

 

Hate me, tender (solo pour un Futur féministe) de Teresa Vittucci

La performeuse suisse  a créé un solo de cinquante minutes : nue, elle nait au sol d’un tulle orange qui la recouvre, se dresse devant nous, le corps couvert  d’un maquillage tribal, dans l’esthétique des graphes muraux  de Jérôme Mesnager. Elle nous interpelle en anglais à propos de la Vierge Marie. «Avant d’en venir aux qualités qui me touchent chez Marie (vulnérabilité, compassion, amour), dit-elle  et  où je trouve des bases féministes et militantes pour un contrat social idéal, je suis obligée de m’interroger sur le plus grand des attributs de Marie : son corps intact. » Elle chante en se flagellant, introduit un voile dans son vagin, incitant  le public à entonner Virgin et prend les poses iconiques de la  Vierge.

Teresa Vittucci nous questionne, avec humour, sur la fonction fantasmée de l’hymen et évoque une étude scientifique texane de 2013 : un bon nombre d’adolescentes enceintes seraient restées vierges ! Une grossesse sans rapport sexuel, ont répondu certaines  jeunes filles. Il peut y avoir plusieurs causes: imprégnation religieuse, déni, atypie anatomique… L’artiste nous parle longuement de cette ambigüité, de l’hymen et du bruit imaginaire qu’il ferait lors de sa rupture. Entre deux discours, elle engage quelques pas de danse, fait onduler ses rondeurs qui rappellent celles des statues de Maillol et compare l’intérieur de sa chaussure montante à l’orifice vaginal.

 Elle a une forte présence  et le public entend ses propos sur la virginité et la féminité dans un recueillement quasi-religieux. Pour elle, «les femmes doivent irradier de fertilité, mais aussi de chasteté, être sexy et exclusives. C’est aussi le cas avec Marie : maternité et virginité se confondent pour former l’essence d’une féminité idéale».  Ce solo, à ne pas manquer,  nous a réveillés de notre trop fréquente torpeur de spectateur professionnel…

Jean Couturier

Spectacle joué dans le cadre du festival Faits d’hiver, les 15 et 16 janvier, au Centre Culturel Suisse, 32-38 rue des Francs-Bourgeois, Paris (III ème). T. 01 42 71 44 50.
Le festival Faits d’hiver se poursuit jusqu’au 8 février. Un autre spectacle de Teresa Vittucci sera présenté les 26, 27 et 28 février et une Carte blanche, le 29 février, au Centre Culturel Suisse.


Archive pour 17 janvier, 2020

Dépendances, texte et mise en scène de Charif Ghattas

Dépendances, texte et mise en scène de Charif Ghattas

Deux hommes dans un vaste loft qui a connu des jours meilleurs… La cinquantaine, un peu de ventre et du gris dans les cheveux, ils restent silencieux un moment. Ce malaise entre eux  donne le la d’un spectacle qui s’étire en mystères, essais de rapprochements et bribes de retour sur le passé. On comprend qu’ils sont frères et qu’ils attendent le troisième, un certain Carl, qui se fait prier. Un acte à signer ? Une cérémonie à accomplir ? Des retrouvailles avec la mère ? Tout est possible… Parfois, on entend au loin des rires des enfants : allusion à une ancienne complicité ? A l’insouciance d’une famille qui s’aimait ?

Mais, à force d’ensevelir les griefs de chacun dans l’épaisseur de phrases inachevées et de gestes interrompus, le propos se perd dans les sables mouvants. Les excellents Thibault de Montalembert et Francis Lombrail n’arrivent pas à donner un semblant de consistance à cette embrouille familiale. Carl est-il vivant ? Les  frères rejouent-ils l’attente, encore une fois d’un frère mort ? La tension décline, alors qu’elle devrait aller vers un climax. Le spectateur n’a pas besoin de connaître la vérité ?  Qui s’en soucie ?

En revanche, l’inconsistance des intentions dramaturgiques est accablante. Sans doute Charif Ghattas  a-t-il tenu à garder une position d’observateur de ses personnages et le metteur en scène qu’il est aussi, a-t-il par trop respecté les silences du texte. Ce portait de famille – déchirée certes et gardienne de ses secrets – devrait nous interpeller. Quelques sujets de discorde apparaissent (l’argent, la réussite) mais ce dialogue sombre dans un vague règlement de comptes, sans objet et sans cruauté… dont nous nous soucions peu. Les personnages répètent comme un mantra: «Je suis ton frère », ou «Tu es mon frère et je n’ai que toi ». Alors, à défaut de comprendre, on se raccroche à la tendresse, rugueuse et souterraine, que les frères laissent advenir….

Marie-Agnès Sevestre

Jusqu’au 9 février, Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt,  Paris (VIIIème)

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