Dépendances, texte et mise en scène de Charif Ghattas

Dépendances, texte et mise en scène de Charif Ghattas

Deux hommes dans un vaste loft qui a connu des jours meilleurs… La cinquantaine, un peu de ventre et du gris dans les cheveux, ils restent silencieux un moment. Ce malaise entre eux  donne le la d’un spectacle qui s’étire en mystères, essais de rapprochements et bribes de retour sur le passé. On comprend qu’ils sont frères et qu’ils attendent le troisième, un certain Carl, qui se fait prier. Un acte à signer ? Une cérémonie à accomplir ? Des retrouvailles avec la mère ? Tout est possible… Parfois, on entend au loin des rires des enfants : allusion à une ancienne complicité ? A l’insouciance d’une famille qui s’aimait ?

Mais, à force d’ensevelir les griefs de chacun dans l’épaisseur de phrases inachevées et de gestes interrompus, le propos se perd dans les sables mouvants. Les excellents Thibault de Montalembert et Francis Lombrail n’arrivent pas à donner un semblant de consistance à cette embrouille familiale. Carl est-il vivant ? Les  frères rejouent-ils l’attente, encore une fois d’un frère mort ? La tension décline, alors qu’elle devrait aller vers un climax. Le spectateur n’a pas besoin de connaître la vérité ?  Qui s’en soucie ?

En revanche, l’inconsistance des intentions dramaturgiques est accablante. Sans doute Charif Ghattas  a-t-il tenu à garder une position d’observateur de ses personnages et le metteur en scène qu’il est aussi, a-t-il par trop respecté les silences du texte. Ce portait de famille – déchirée certes et gardienne de ses secrets – devrait nous interpeller. Quelques sujets de discorde apparaissent (l’argent, la réussite) mais ce dialogue sombre dans un vague règlement de comptes, sans objet et sans cruauté… dont nous nous soucions peu. Les personnages répètent comme un mantra: «Je suis ton frère », ou «Tu es mon frère et je n’ai que toi ». Alors, à défaut de comprendre, on se raccroche à la tendresse, rugueuse et souterraine, que les frères laissent advenir….

Marie-Agnès Sevestre

Jusqu’au 9 février, Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt,  Paris (VIIIème)

 


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